Julien Doré en tournée : « Chaque soir, c’est totalement différent »

Quel regard portez-vous sur toute l’aventure de ce « Pestacle » et le succès qu’il remporte ?
C’est un émerveillement pour moi de me dire que ce travail et ce soin, apportés notamment à sa mise en scène particulière, ont donné envie à ceux qui m’avaient peut-être vu sur la précédente tournée de revenir me voir. J’ai eu la chance de le jouer et le rejouer.
Il y en a autant pour les yeux que les oreilles. Vous y réfléchissiez déjà en réalisant l’album « Imposteur » ?
Non, parce que c’était un projet dans lequel je me lançais sans trop savoir si j’allais aller au bout. Je partais du principe que j’étais tout à fait capable de construire un nouveau spectacle avec les chansons que j’avais déjà, sans pour autant en écrire de nouvelles. Finalement, cet album de reprises est venu se greffer à la mise en scène que j’avais commencé à travailler. Mais il est certain qu’aujourd’hui, l’approche que je veux de mes spectacles est totale. Il y a pour moi une grande importance à amener des univers, des choses extrêmement visuelles. Ce qui m’importait, c’était ce que les effets allaient apporter à mon spectacle, qu’ils soient cohérents avec la poésie de mes chansons. J’ai essayé de faire en sorte que les choses s’imbriquent, qu’elles se nourrissent les unes avec les autres…
Certaines idées ont-elles été plus difficiles à mettre en place que d’autres ?
(Il éclate de rire) Oh oui, et elles sont nombreuses. La principale c’est l’écran, qui est segmenté en plusieurs morceaux, verticaux, qui tournent sur eux-mêmes. J’avais à cœur, quand j’ai commencé à dessiner la scène, de pouvoir faire apparaître des choses et les faire disparaître en moins de 5 secondes. Pour concevoir ça, ça nous a pris des mois. Dans la même ligne de difficulté, il y a un moment où un immense nuage de fumée vient envahir la scène. À ce moment-là, le public ne voit plus rien et lorsque je reviens, une immense forêt apparaît. Là encore, en 5 secondes. Toutes ces choses-là ont pris énormément de temps parce que ça représente des challenges techniques, de fabrication de décors, et ensuite, même une fois qu’ils sont là, il faut des heures pour les monter, les faire vivre, les démonter, les faire voyager et que le lendemain ils soient à nouveau prêts à fonctionner ! Mais derrière, il y a une équipe technique de quelque 60 personnes chaque soir.
Vous êtes-vous inspiré d’autres univers que de celui de la musique ?
J’ai regardé des tonnes de vidéos sur des décors d’opéra, des spectacles de magie, etc., qui effectivement m’inspirent beaucoup. À un moment d’ailleurs, quand on chante « Nous », au-dessus du public se mettent à tomber des bulles remplies d’une fumée. Quand elles chutent et explosent, une volute de fumée s’en libère. Eh bien ça, c’est une œuvre d’un artiste qui avait fait ça dans une galerie, avec des bulles énormes. En voyant ce dispositif, j’ai voulu faire fabriquer des machines qui pouvaient produire des bulles de savon par milliers, dans lesquelles on a insufflé un petit nuage de fumée. C’est assez fou. C’est souvent au travers de l’art contemporain, de la magie, de l’opéra, du théâtre… que je trouve des idées comme celle-là.
Sur chaque date, vous amenez un petit truc en plus : une entrée différente, un invité…
Cette part d’improvisation est essentielle pour moi. Il y a aussi un moment où je suis au piano et où j’improvise ce qui me vient. Au début du spectacle par exemple, après la première chanson, je m’adresse aux personnes qui sont venues me voir, et tous les soirs, les choses sont différentes. Beaucoup d’artistes ont peut-être un peu plus de mal avec ça, avec l’improvisation. Donc tout est cadré, mis sur prompteur. Moi, au contraire, c’est vraiment la zone dans laquelle je m’amuse beaucoup, donc l’improvisation et l’humour entre les chansons sont très importants pour moi, et pour le coup, oui, chaque soir, c’est totalement différent.









