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De plus en plus de personnes sont atteintes de la maladie de Parkinson

En Belgique, plus de 50.000 personnes sont atteintes par cette pathologie neurologique.
Journaliste Temps de lecture: 7 min

La maladie de Parkinson touche actuellement plus de 50.000 personnes en Belgique et 12,5 millions dans le monde. Les autorités sanitaires s’attendent à ce que ce chiffre atteigne 25 millions en 2050 ! Une hausse exponentielle que l’on peut attribuer au vieillissement de la population, mais aussi aux effets du mode de vie et de la pollution environnementale. La maladie de Parkinson est une pathologie neurologique dégénérative, dont les symptômes moteurs sont les plus connus. Elle débute la plupart du temps aux alentours de 55 ans. Environ 10 % des cas concernent toutefois des personnes de moins de 40 ans. Cette maladie, que l’on peut soigner mais pas encore guérir, affecte énormément la qualité de vie. Raison pour laquelle la recherche de traitements innovants et performants se poursuit inlassablement.

Une vilaine protéine…

En quoi consiste exactement la maladie de Parkinson ? « Il s’agit d’une pathologie dans laquelle une protéine, appelée alpha-synucléine, se comporte anormalement en s’autoagrégeant dans les neurones du cerveau. Elle se propage alors de neurone en neurone, allant du bas du tronc cérébral jusqu’aux régions corticales. Le début du processus biochimique n’est pas bien connu, mais cette protéine pourrait provenir d’au-dehors du cerveau », nous explique le Dr Margot Van Cauwenberge, neurologue, cheffe de clinique adjointe aux Cliniques universitaires Saint-Luc, spécialisée dans les mouvements anormaux.

Ce qu’il se passe alors, c’est que, peu à peu, la protéine détruit les neurones du cerveau et surtout les cellules de la substance noire qui produisent de la dopamine. Or, la dopamine module les circuits des noyaux gris pour permettre un mouvement fluide et contrôlé. Quand les cellules de la substance noire diminuent jusqu’à moins de 30 %, les signes moteurs de la maladie se manifestent. Entre le début de la maladie et ces premières manifestations motrices, il peut se passer plus de dix ans.

Les symptômes moteurs

Ils sont au nombre de quatre et typiquement asymétriques (soit le côté gauche, soit le côté droit).

  • Les tremblements, qui peuvent affecter les mains, les jambes ou la tête au repos, sont les plus connus.
  • L’extrême lenteur des mouvements et ce, à un âge trop précoce pour l’attribuer à la vieillesse. On a l’impression d’être en « slow motion ».
  • La rigidité dans les bras, les jambes, le cou, le dos. On se sent raide, les muscles sont tendus.
  • Un problème de marche, de posture ou d’équilibre. La marche peut être « à petits pas » et le balancement du bras en marchant est réduit ; on peut pencher vers l’avant ou un côté, perdre l’équilibre et parfois tomber si on ne parvient pas à se rattraper.

Les présymptômes

Quand les symptômes moteurs apparaissent, cela signifie que la maladie est déjà présente dans le cerveau depuis quelques années. Mais même avant cela, des signes avant-coureurs peuvent déjà éveiller les soupçons. Encore faut-il y penser… On dénombre ainsi pas moins d’une trentaine de présymptômes, dont cinq apparaissent très souvent. Le Dr Van Cauwenberge nous les détaille :

  • La diminution de l’odorat (dite « hyposmie ») qui concerne environ 80 % des patients.
  • Une agitation durant les rêves : le dormeur bouge, parle ou reproduit dans la réalité les gestes de son rêve, pendant le sommeil paradoxal, ce qui n’est plus normal à l’âge adulte.
  • La constipation, lorsqu’elle n’est pas présente depuis toujours.
  • La dépression ou trouble anxieux. Au moment du diagnostic, 30 % des personnes avec la maladie de Parkinson auront connu au préalable un épisode de dépression. Il arrive ainsi que quelqu’un se voie diagnostiquer un « burn out » ou une angoisse soudaine puis, deux ans après, commence à trembler d’un côté.
  • Des problèmes de vessie, par exemple se lever plusieurs fois la nuit pour faire pipi.

« Chacun de ces symptômes peut avoir d’autres causes que la maladie de Parkinson, prévient la neurologue. La dépression par exemple, est très fréquente dans la population générale, et la plupart n’ont pas la maladie de Parkinson. La perte d’odorat est bien connue en cas d’infection virale et les problèmes urinaires peuvent être dus à un souci de prostate. Mais c’est la combinaison de ces présymptômes ou des éléments atypiques qui doivent alerter, d’où l’importance de la sensibilisation des médecins généralistes. »

Des traitements personnalisés

Au stade précoce de la maladie, la personne atteinte de Parkinson peut déjà agir dans le but de ralentir la progression de sa maladie ; c’est le cas des activités sportives régulières qui ont clairement un effet de ralentissement sur la maladie. Plus étonnant : des études ont démontré que la consommation de caféine réduit le risque de développer la maladie de Parkinson. « On n’a pas encore trouvé de médicament pour guérir de Parkinson. L’idéal serait de disposer d’un médicament qui agisse avant qu’il soit trop tard, c’est-à-dire au stade où la protéine alpha-synucléine n’a pas encore atteint le cerveau. Il existe déjà des thérapies qui essaient de détruire les agrégations de cette protéine dans le cerveau, mais c’est encore difficile, explique le Dr Van Cauwenberge. En attendant, on peut déjà mesurer la protéine mal formée dans certains tissus du corps, via par exemple le liquide céphalorachidien ou la peau. »

Quand le diagnostic de la maladie de Parkinson est confirmé, les traitements envisagés sont adaptés au cas par cas. Généralement, le premier traitement consiste à entretenir le système moteur en combinant des séances de kinésithérapie et la prise d’un médicament destiné à compenser le manque de dopamine dans les noyaux gris. Le plus souvent, on utilise la lévodopa, qui se transforme en dopamine dans le cerveau et améliore bien les symptômes moteurs et certains symptômes non moteurs de la maladie.

Les agonistes dopaminergiques, eux, agissent en stimulant les récepteurs à la place de la dopamine. Après un certain temps, la durée d’action de la lévodopa diminue malheureusement, l’effet peut devenir moins constant ou la dose du médicament ne peut plus être augmentée sans que le corps reprenne ses symptômes moteurs de façon fluctuante. Des nouvelles méthodes ont récemment été développées pour administrer la lévodopa autrement et ainsi mieux gérer ces fluctuations, comme des pompes qui permettent d’administrer le médicament de façon constante, mais elles restent pour l’instant coûteuses (environ 40.000 euros par an) et sont réservées à des cas sélectionnés.

Par contre, s’ils provoquent moins de fluctuations sur le plan moteur, les agonistes dopaminergiques peuvent entraîner des effets secondaires difficiles à gérer, notamment des comportements compulsifs (addiction aux jeux, achats compulsifs, hypersexualité, grignotages). « Une nouvelle classe d’agonistes est attendue sur le marché dans les prochaines années, qui pourra limiter ces effets-là », annonce la neurologue. Enfin, d’autres classes de médicaments peuvent venir à la rescousse des neurologues. Ce sont par exemple des traitements pouvant stabiliser ou prolonger les effets de la lévodopa, d’autres qui traitent les fluctuations motrices, ainsi que des médicaments qui peuvent améliorer les problèmes de dépression, d’angoisses, de vessie et de constipation.

Stimulation du cerveau

Si les médicaments ne produisent plus d’effets, à un stade avancé de la maladie, il existe encore une autre solution thérapeutique, à discuter avec le médecin : la stimulation cérébrale profonde (SCP). « La stimulation cérébrale profonde (SCP) consiste à implanter dans le cerveau une puce électronique qui agit sur les noyaux gris du cerveau (le gauche et le droit) en les stimulant pour rééquilibrer leur fonctionnement, ce qui réduit la raideur, la lenteur et les tremblements. Grâce à ces effets, on peut normalement réduire la dose des médicaments dopaminergiques, ce qui diminue les fluctuations motrices », nous explique le Dr Van Cauwenberge.

L’avenir est prometteur : des systèmes commencent à voir le jour, qui peuvent détecter l’activité dans les noyaux gris. Les médecins apprennent comment les utiliser pour adapter la stimulation en temps réel. C’est ce qu’on appelle la stimulation cérébrale profonde adaptative. En attendant, un jour peut-être, où ce ne sera plus le médecin, ni même le patient, qui devra réajuster le système de stimulation, car il se fera automatiquement.

Les avancées précitées visent surtout à améliorer les symptômes moteurs de la maladie de Parkinson. Mais elles ne devraient pas nous faire oublier ce qui compte réellement dans la vie quotidienne des patients et de leurs proches. En effet, la dépression, l’anxiété (à propos de l’avenir), les troubles du sommeil, la stigmatisation, la perte des activités ou d’autonomie, l’isolement, les difficultés dans la relation avec le partenaire ou les enfants… sont souvent les premiers éléments que les patients évoquent. C’est face à ce type de difficultés que le soutien des proches du patient joue un rôle essentiel.

Les contacts réguliers avec le kinésithérapeute, le médecin généraliste, les soignants à domicile et les associations de patients jouent un rôle clé. « S’il faut retenir une chose, c’est que pour préserver la qualité de vie des malades de Parkinson, il est plus important encore de soutenir le patient (et son aidant proche) dans son bien-être et son autonomie au quotidien que de se concentrer uniquement sur le traitement des symptômes moteurs », conclut la neurologue.

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