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Décès de Prince : dix après, son héritage musical résonne toujours aussi fort

Starisé par « Purple Rain », jaloux de son talent, magnétique, ainsi était Prince. Son héritage musical résonne toujours dix ans après sa mort.
Journaliste Temps de lecture: 3 min

Un Prince au nom prédestiné. Un prince de la musique. Extravagant créateur, capable d’envolées artistiques, plus poseur que posé, mais diablement inspiré et attirant. Prince est mort le 21 avril 2016 dans des circonstances peu glorieuses. Ce jour-là, on le retrouve sans vie, allongé dans un ascenseur de ses studios de Paisley Park. Il a 57 ans, une carrière à se pâmer, des collaborations royales… et des addictions en pagaille.

La drogue comme compagne

La course de Prince s’achève par une overdose de Fentanyl, une drogue cent fois plus puissante que la morphine. La même contre laquelle les autorités américaines se battent encore aujourd’hui tant elle se répand comme un poison mortel. Trop d’opioïdes, trop de doses, trop d’entêtement aussi : devenue Témoin de Jéhovah, la star refuse obstinément de se laisser opérer à la hanche. Prince souffre le martyre et multiplie les prises, seul remède à un mal qui le taraude H24. Il vient de rentrer d’un concert au Fox Theater d’Atlanta. Il a été pris d’un malaise dans son jet privé. Il camoufle ses problèmes. Il joue avec le feu. Il s’est consumé. Mort d’un Prince de sang né sous le signe de la musique, père pianiste, mère chanteuse de jazz. Le gamin est précoce. Il sort un premier morceau de son cru à 7 ans.

Sur scène, Prince se voulait l’égal de Jimi Hendrix.
Sur scène, Prince se voulait l’égal de Jimi Hendrix. - Content Curation

Prince est un touche-à-tout de génie. Pop, funk, rock, RnB, soul, rien ne lui résiste. Il appréhende et redéfinit. Une telle virtuosité créative ne court pas les rues. Il endosse tous les rôles : auteur-compositeur-interprète, multi-instrumentiste, producteur, danseur, acteur, il dévore la vie comme un supersonique ! Il pourrait migrer vers Los Angeles ou New York, il reste fidèle à Minneapolis, sa ville de naissance et de cœur. Prince est un enfant terrible, un surdoué qui sait jouer de son image, qui teste ses limites et se montre toujours très indépendant face au métier : ni concessions ni pardon. Prince laisse un héritage de plus ou moins 150 millions de dollars, que se disputeront les membres de sa famille. Une saga pourrie, désolante, comme on en rencontre parfois. Tyka, sa sœur préférée disparue en 2024, gère l’artistique.

Il collabore avec Madonna et Céline Dion

Prince laisse surtout un legs autrement précieux : 30 albums depuis 1978, de nombreux tubes et des tas de morceaux en jachère sur lesquels il travaillait. En 1984, il sort « Purple Rain », son apogée, un coup de maître qui le fait connaître du grand public. Une vague pourpre balaye les hit-parades. En 1993, il surprend tout le monde avec un pictogramme censé le représenter. « Love Symbol » apparaît, raillé par une partie de la critique, à vrai dire si peu nécessaire vu son originalité créative.

Le film « Purple Rain », en 1984, fera exploser sa notoriété. Il change de dimension.
Le film « Purple Rain », en 1984, fera exploser sa notoriété. Il change de dimension. - Content Curation

Précédé d’une réputation flatteuse, il se met au service d’autres stars. La liste est longue, de Carmen Electra à Sheila E, en passant par Sinead O’Connor décédée en juillet 2023 avec le fameux « Nothing Compares 2 U ». Il compose pour Earth Wind & Fire. Il signe « Like a prayer » pour Madonna. Il travaille avec Kate Bush et Céline Dion. Sa patte est appréciée, comme un gage de succès.

Une personnalité inclassable

Mais où se situe-t-il ? Quels sont ses points d’ancrage ? Quelque part entre James Brown et Stevie Wonder, sans oublier Chuck Berry et Little Richard. Il copine avec Sly and the Family Stone. Prince sort des pépites. Sa personnalité intrigue. Ses prises de position attirent l’attention. Il veut contrôler tout son travail, la chaîne de production, comme le feront après lui d’autres artistes. Il se brouille avec Warner qui finit par le libérer en décembre 1996. Il claque la porte des majors, libre ! De s’autoproduire, de distribuer ses disques, de faire en somme un pied-de-nez aux magnats de l’industrie musicale qu’il bouscule et toise du haut de ses envies.

En 1984, il irradie déjà la scène, avant le succès mondial de « Purple Rain ».
En 1984, il irradie déjà la scène, avant le succès mondial de « Purple Rain ». - Content Curation

Il va influencer Bruno Mars et Pharrell Williams, l’homme de « Happy » passé chez Louis Vuitton. Côté guitare, on le rapproche de Jimi Hendrix. Lui se réclame plutôt d’un jeu à la Carlos Santana. Prince sent le vent. Mieux, il décide des anticyclones. Côté amour, il reste séducteur. Il entame une liaison avec Kim Basinger, qui a incendié les écrans avec « Neuf semaines et demie ». Ils projettent un album ensemble, « Hollywood Affair », qui ne verra jamais le jour. Prince n’est jamais débordé que par ses propres envies. Un jour, il décide de vendre son album « Musicology » avant ses concerts. Une autre fois avec le concours d’un journal. En Belgique, il choisit « Het Nieuwsblad ». Prince est un non-aligné. Il manque pourtant de nez en mésestimant le Net et ses corollaires, YouTube et le streaming. Il reste marqué par le disque, les concerts, le buzz et l’argent du buzz. Il se veut rétif, ne participe pas à l’enregistrement de « We are the world ». Il marque sa différence avec Michael Jackson. Prince se construit une aura qui persiste encore aujourd’hui. Au fil du temps, il devient une référence, celui dont on salue la mémoire, comme l’a fait Bruce Springsteen.

Quelques happenings à Bruxelles

La Belgique existe sur la carte de ses désirs. Il se produit à Forest National en août 1986 dans le cadre de sa tournée « Hit n Run – Parade Tour », avec son groupe « The Revolution », en costume blanc, tel un showman accompli. Il joue au Sportpaleis d’Anvers en 2014 devant 20.000 personnes. Mais il réserve aussi des surprises. Des happenings dans les boîtes bruxelloises, le Mirano, le Who’s Who’s Land. Il débarque pour un concert surprise, sur base du bouche-à-oreille.

Les fans n’en croient pas leurs yeux. Prince en petit comité, à portée de main, pour une prestation à tomber. Il l’a fait ! Il publie un tweet : rendez-vous au « Botanique ». La demande s’envole. On fait la queue. Seulement 400 privilégiés dans la salle en 2014, deux ans avant sa mort. Rebelote au « Viage », la salle-casino près de la Bourse. La nuit est jeune. Prince ne lâche pas prise. On en ressort à 7 heures du matin. L’artiste varie les genres et les approches. Il crée de l’attente, de la magie. Il performe. Il comble ses fans. Prince justifie son statut. Mais il souffre. Le physique ne suit plus. Il donne le change, fantasque, capricieux, addict à la scène. La fin approche, brutale. Emporté par sa frénésie.

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