Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Livin’ on my own »

Enregistré entre deux concerts de Queen et sorti trois mois avant le Live Aid, le premier album solo de Freddie Mercury, parsemé de hauts et de bas, a reçu en 1985 un accueil plutôt mitigé de la critique et n’a connu qu’un succès commercial modeste.
Quatre décennies plus tard, une nouvelle réédition vinyle de luxe du mix remasterisé de 2019 ne lui confère pas le statut de « classique méconnu », mais elle nous rappellera avec plaisir que même Mercury, dans un registre cabaret disco-jazz désinvolte et éphémère, pouvait encore faire preuve de flashes de génie pop-rock olympien.

Mercury affirmait à l’époque avoir créé Mr. Bad Guy pour explorer un territoire musical inaccessible à son groupe habituel, mais avec le recul, la pomme n’est pas tombée bien loin de l’arbre. Mise à part la réduction des solos de guitare wagnériens, la palette sonore rappelle inévitablement Queen dans sa phase la plus lisse des années 1980, notamment son adoption de la synth-pop, du disco et du funk sur « Hot Space » (1982) et « The Works » (1984). « Mister Bad Guy » a été enregistré dans le légendaire studio de Musicland à Munich, avec le producteur et ingénieur allemand Reinhold Mack.
Certains des morceaux les plus marquants de cet album ont d’abord été écrits pour Queen, notamment « There Must Be More to Life Than This », une ballade orchestrale riche et envoûtante, dans le style des Beatles, initialement enregistrée en duo avec Michael Jackson et destinée à l’album « Hot Space ».
Les sources divergent quant à la raison pour laquelle cette version exceptionnelle a été mise de côté, mais certains affirment que Mercury s’est opposé à ce que Jackson amène son lama, ou son chimpanzé, en studio ! Des décennies plus tard, après de longues batailles juridiques, la version originale en duo a finalement vu le jour sur la compilation « Queen Forever » de 2014.
Tellement seul...
Plusieurs autres morceaux de « Mr. Bad Guy » ont également été réincarnés par la suite sous forme de titres de Queen. Après tout, cet album a failli s’intituler « Made in Heaven », d’après la puissante ballade lyrique aux voix superposées que le reste du groupe a ensuite retravaillée pour leur dernière compilation posthume avec la voix de Freddie, également intitulée « Made in Heaven ».
Autre morceau remarquable, « I Was Born to Love You », un mélodrame romantique au rythme enveloppé de pulsations de synthétiseur teintées de « Radio Gaga », a été revisité et réutilisé sur le même album.
Pourtant, les points faibles de « Mr. Bad Guy » persistent : des compositions peu travaillées, des arrangements insipides, trop de morceaux de remplissage futiles comme « Foolin’ Around » et « Let’s Turn it On », voire une tentative malvenue de reggae sur « My Love is Dangerous » qui, heureusement, ne tombe pas dans le piège du « blackface » musical à la Sting.
Mais les clins d’yeux aux clubs gays hi-NRG de Munich, l’excès majestueusement baroque de l’utilisation d’un orchestre complet sur le morceau titre, le futur tube de club contagieusement entraînant « Living On My Own », ainsi que de riches compositions comme « Man Made Paradise », avec ses guitares à la Queen et ses voix exquisément entrelacées, sont autant d’indices alléchants de l’excellent album que cela aurait pu être, avec quelques hymnes de plus, pleins de fougue et un contrôle qualité plus rigoureux.
La vidéo de « Living On My Own » résume parfaitement le message de la chanson de Freddie : s’éclater en pleine fête, entouré de gens ou d’« amis », le sourire aux lèvres, mais au final, on rentre chez soi, tout seul, et là, ça nous frappe : on a envie de s’effondrer et de pleurer, on se sent seul (tellement seul) quand on vit tout seul… Freddie Mercury nous quittera le 24 novembre 1991.









