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Marie-Paule s’est fait la belle : à jamais « La Parisienne »

La chanteuse est décédée le 25 juillet à 80 ans. « La Parisienne », Barbara, Serge Lama et Jacques Brel ont marqué sa vie.
Par Jacques Pessis, correspondant à Paris
Temps de lecture: 5 min

Au mois de mai dernier, Marie-Paule avait choisi de mettre un terme à 56 ans de carrière, en donnant à Paris, au Théâtre de Passy, une série de concerts, « Au revoir et merci ». Forte d’une énergie intacte et d’une voix qui n’avait pas perdu sa couleur, elle avait justifié sa décision en expliquant qu’elle préférait quitter la scène sur une bonne note plutôt que de prendre le risque du combat de trop.

Un cancer tapi dans l’ombre

Pour ne pas céder à la tentation d’un éventuel retour, elle avait discrètement mis en vente son piano Steinway, dont l’estimation frisait les 30.000 euros. Personne n’imaginait alors qu’un cancer du sein diagnostiqué voici 25 ans, dont elle était parvenue à guérir, allait l’emporter deux mois plus tard.

La musique a été toute sa vie, depuis ses jeunes années entre Nice et Pont-Sainte-Maxence, à 60 km de Paris, une commune où son père a été médecin généraliste. Pour celui-ci, il est évident, au départ, que sa fille va assurer la relève familiale. L’incapacité de l’adolescente à comprendre les mathématiques et des bulletins scolaires où les professeurs écrivent systématiquement « Merci de nous faire rire » changent la donne.

Une passion précoce

Au lendemain d’un baccalauréat qu’elle obtient presque miraculeusement, elle monte à Paris pour suivre des études de psychologie. Tout en préparant à la Faculté un mémoire sur l’asthme – une maladie dont elle souffre –, elle passe de longues soirées à composer des mélodies.

En 1978, elle a 32 ans.
En 1978, elle a 32 ans. - BelgaImage

Sa passion pour la musique est née au lendemain de ses… 3 ans, quand sa mère, musicienne amateur, lui fait prendre des cours de piano. Pendant onze ans, elle va suivre une formation classique et passer plusieurs heures par jour devant son clavier. Elle ne s’en plaint pas, bien au contraire. Un copain de lycée, Michel Grisolia, futur romancier, commence à mettre des paroles sur ses mélodies.

Ses amitiés belges

À 17 ans, elle s’inscrit à un concours intitulé « Chapeau », réservé aux chanteurs inconnus, parrainé par Télé Monte-Carlo. À l’issue d’une longue série d’éliminatoires, elle accède à la finale et remporte le premier prix : l’enregistrement d’un 45 tours composé de deux titres. Il se vend à quelques centaines d’exemplaires, mais elle ne se décourage pas pour autant. Elle passe une audition à L’Écluse, un cabaret de 80 places, où Barbara a débuté. Elle est engagée et entame le parcours du combattant des jeunes espoirs : se produire plusieurs fois par nuit sur des petites scènes, afin de gagner de quoi survivre, en attendant mieux. Elle court d’un lieu à l’autre et vit parfois des moments surréalistes. Un soir, à Montmartre, elle se retrouve devant des Japonais qui l’applaudissent sans comprendre la moindre parole. Repérée par Philippe Bouvard, elle est invitée dans son émission de télévision « Samedi soir », où elle interprète deux chansons, « Wolfgang et moi » et « Nosferatu ». Dès le lendemain de la diffusion, le téléphone commence à sonner : on l’invite dans les médias, et l’album qu’elle a enregistré, presque en catimini, est mis en avant dans les magasins.

Par l’intermédiaire d’une amie, elle fait la connaissance de la romancière belge Françoise Mallet-Joris qui, hasard ou destin, habite juste en face de « L’Échelle de Jacob », l’un des cabarets où Marie-Paule a débuté. Elles deviennent inséparables. Elle commence à composer les musiques des « Mystères », des mini-comédies musicales écrites par Françoise et jouées pour le plaisir pendant les fêtes de Noël par des membres de la famille et des amis proches.

Michel Grisolia complète le duo

Michel Grisolia entre dans la bande. Pendant de longues années, le trio va signer plusieurs dizaines de chansons, en touchant à tous les genres, du dramatique au comique, de « Berlin des années 20 » aux « Petits patelins ». Il y a surtout « La Parisienne ». La mélodie est née par hasard, au cours d’une partie de Scrabble avec Michel Grisolia. Quand elle a commencé à fredonner des notes qui lui venaient à l’esprit, elle s’est dirigée vers le piano, et son complice a immédiatement ajouté un couplet, en s’inspirant d’une de leurs conversations où elle avait expliqué qu’elle n’était pas parisienne… La chanson terminée, ils décident de l’inclure dans leur prochain « Mystère » de fin d’année, « Le sabot de l’orpheline ».

En 1976, en manque de titres joyeux sur un nouveau 33 tours, elle l’enregistre en une seule prise. Elle n’imagine pas qu’il lui sera désormais impossible de terminer un concert sans l’interpréter.

Serge Lama, le grand frère

À cette époque, Serge Lama la repère et lui propose d’assurer la première partie des quelque 300 concerts qu’il donne alors chaque année à travers la France. Il devient un « grand frère » avec lequel elle passe des journées à parler, à rire de tout. « Nous avons dîné ensemble au mois d’avril. Nous savions, l’un et l’autre, que c’était la dernière fois qu’on se voyait », a-t-il déclaré au lendemain de son décès, en ajoutant : « C’est une sœur que je perds. » Ils ont en effet toujours été présents l’un pour l’autre.

Au début des années 80, quand une hépatite B la terrasse pendant des mois, Serge va passer de longs moments à la soutenir moralement, à la pousser à reprendre le chemin des studios, alors qu’elle se demande si elle ne doit pas mettre un terme à sa carrière.

Barbara, son modèle

Barbara a également énormément compté dans le parcours de Marie-Paule Belle. Un soir, à l’Olympia, à la fin d’un récital de « la dame en noir », elle se rend en coulisses pour la féliciter. Elle reçoit un accueil qui la stupéfie. En l’apercevant, l’interprète de « L’aigle noir » interrompt une conversation, se précipite vers elle, et lui dit : « J’aime beaucoup ce que vous faites, voyons-nous vite ! »

C’est ainsi que va naître « Mon nez », des couplets communs enregistrés par Barbara. Après son décès, Marie-Paule Belle lui a rendu hommage en reprenant ses classiques dans un spectacle qui a affiché complet pendant plusieurs années, en France mais aussi au Japon. « Elle demeure pour moi un modèle, au même titre que Jacques Brel », confiait Marie-Paule, en ajoutant : « Adolescente, j’écoutais leurs disques en boucle. Sans eux, je n’aurais sans doute pas chanté. »

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