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Tout part d’un entrefilet de quelques lignes dans le New York Times. Nous sommes en novembre 1959. Truman Capote, le dandy qui fait vibrer Manhattan avec Petit déjeuner chez Tiffany, tombe sur le récit d’un massacre au fin fond du Kansas : dans la petite ville de Holcomb, quatre membres de la famille Clutter ont été froidement abattus dans leur ferme. Fasciné par cette tragédie sans mobile apparent, l’écrivain décide de quitter ses soirées mondaines pour mener l’enquête sur place.
Il ne s’y aventure pas seul. Son amie d’enfance, Harper Lee – dont le roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’apprête à devenir un classique –, lui sert de caution morale auprès des habitants. Car à Holcomb, Capote détonne. Pour gagner la confiance des locaux, il écoute, observe et interroge sans sortir de magnétophone ou de calepin. Pour lui, ces instruments brident la sincérité de ses interlocuteurs ; il consigne tout de mémoire.
Le documentaire de Julien Gaurichon et Frédéric Bas retrace avec une précision chirurgicale les cinq années de cette enquête toxique qui va révolutionner la littérature. En effet, le 6 janvier 1960, l’affaire bascule : les tueurs, Perry Smith et Richard Hickock, sont arrêtés. Capote change alors radicalement de perspective, délaissant la population locale pour se consacrer au mobile du crime et à la psychologie des deux hommes. Il obtient un accès illimité à leur prison et se prend d’une affection trouble, presque intime, pour Perry Smith. « Nous sommes devenus très proches, voire intimes », avouera plus tard l’écrivain dans un entretien d’archive.
Cette quête faustienne devient vite une épreuve exténuante. Capote est piégé entre son attachement pour les condamnés et son besoin obsessionnel de finir son livre. Pour clore les dernières pages de ce qu’il nomme son « roman-vérité », il doit attendre leur mort. Le film montre comment il finit même par souhaiter secrètement que la sentence soit exécutée. Le 14 avril 1965, il assiste finalement, à leur demande, à leur pendaison.
Si la parution de De sang-froid en 1966 lui apporte un succès mondial et une postérité éclatante, le prix à payer est colossal. Truman Capote ne se remettra jamais de cette incursion dans les abîmes de la violence. Son élan créatif est brisé net. À travers des images d’archives magnétiques et des analyses d’experts, ce premier volet de la collection « Faits divers » d’Arte explore la métamorphose d’un auteur consumé par son propre chef-d’œuvre.
« 6 morts dans la nuit : “De sang-froid” », Truman Capote », Arte, 22h45.








