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« Moi, j’aime autant qu’il sorte » : Jean-Denis Lejeune donne son avis sur une éventuelle libération de Marc Dutroux

Trente ans après l’arrestation de Marc Dutroux, « Soir mag » a réuni, en exclusivité, deux hommes que l’affaire a liés à jamais : Michel Bourlet et Jean-Denis Lejeune. Ensemble, ils évoquent notamment une éventuelle libération du criminel.
Entretien -
Par Rodrigue Jamin et Benoît Franchimont
Temps de lecture: 4 min

Au cours d’un long entretien accordé à « Soir mag », l’ex-procureur du roi de Neufchâteau Michel Bourlet et le père de la petite Julie, Jean-Denis Lejeune, ont évoqué une potentielle libération de Marc Dutroux, trente ans après son arrestation.

Marc Dutroux remplit les conditions légales pour demander sa libération. Peut-il sortir un jour ?

Michel Bourlet : Évidemment non, il ne sortira jamais. J’ai cessé de prendre connaissance du dossier le jour de ma retraite. Je ne connais pas les rapports psychiatriques déposés à chaque demande de libération ; je n’ai que ce que j’en lis dans la presse. Mais apparemment, les experts continuent de conclure à la perversité du personnage, exactement comme ils le faisaient déjà aux assises de 2004. Je n’imagine pas un juge d’application des peines faire fi de ce genre de rapports, et de l’impact de cette affaire, pour libérer Dutroux. Il n’a pas changé d’un iota en trente ans, au contraire : on a encore retrouvé dans sa cellule 200 photos pédopornographiques dont on ignore la provenance.

Au-delà des expertises, il y a ce que représenterait une telle libération pour la société belge.

M.B. : En tant que magistrat, on est censé ne pas en tenir compte. On juge sur la personnalité de celui qui est en cause et sur son évolution, pas sur ce que l’opinion publique ou la presse peuvent en dire. Inconsciemment, ça peut jouer, je ne le nie pas. Mais je suis formel : si les experts concluent que rien n’a changé depuis 2004, je vois mal une décision de libération.

Jean-Denis Lejeune : Je partage l’avis de Michel. Sauf qu’on vient quand même de libérer le plus ancien détenu de Belgique, après 47 années de prison. Ce n’est écrit nulle part qu’à un moment donné, Dutroux ne pourrait pas sortir. Il faut rester vigilant.

Trente ans après, quel traumatisme c’est encore ?

J.-D.L. : Honnêtement, c’est comme si c’était hier. J’ai toujours une révolte en moi. Je ne sais pas s’il faut l’écrire, mais je vais te le dire, j’ai une envie de vengeance, ça c’est clair.

Il vaut mieux que Dutroux ne sorte pas, en fait ?

J.-D.L. : Moi, j’aime autant qu’il sorte. Ça, ce serait une solution. Tu me dis l’heure à laquelle il sort, et l’affaire est réglée. On n’en parlera plus. Ça va durer cinq jours dans la presse, après c’est fini. Mais revenir tous les six mois avec des demandes de libération conditionnelle, ça n’arrête pas. C’est tout le temps. Tout le temps. On parle de Dutroux depuis trente ans.

Vous pensez vraiment que s’il sort, ça ne va rester que cinq jours dans la presse ?

J.-D.L. : Vous ne voyez pas où je veux en venir ?

On imagine bien…

J.-D.L. : Voilà. Il y aura ses funérailles, je ne sais pas s’il y aura du monde, je m’en fous. Je ne sais pas faire une journée sans parler de Dutroux, sans avoir une pensée pour lui. Il y a toujours quelque chose. Et maintenant, ce sont les fameuses dates anniversaires. Il n’y a rien à faire, ça reste. Aux fêtes de fin d’année, je ressens un truc, vous n’imaginez pas. Dernièrement, une dame vient vers moi : « Jean-Denis, comment vas-tu ? Tu ne me reconnais pas ? J’étais à l’école avec Julie. » Une femme de 40 ans. Et moi, je ne sais pas imaginer ma fille à 40 ans. Ma fille, elle a 8 ans. Sa vie a duré huit ans et demi, basta, c’est fini. Je n’aurai jamais une photo d’elle à 20 ans, ni à 30.

Vous n’avez jamais imaginé qu’elle aurait 39 ans aujourd’hui, jamais imaginé ce qu’elle serait devenue ?

J.-D.L. : Mais non, comment voulez-vous ? Pour moi, c’est fini. Ma fille, sa vie a duré huit ans et demi, basta. Mais ça fatigue de tout le temps en parler.

Pourquoi avoir accepté cet entretien, alors ?

J.-D.L. : Si j’ai accepté d’être là aujourd’hui, c’est dans un objectif : changer les mentalités, revoir les méthodes de travail. Certaines choses ont évolué – l’accompagnement psychologique, le fonctionnement des polices, la justice. Il y a eu des aménagements. Pour moi, ce n’est pas encore assez. Et l’histoire des libérations conditionnelles reste problématique. Ce que je veux, ce sont des peines claires. La perpétuité doit être la perpétuité, pas trente ans. Une partie civile entend « trente ans ferme », elle se dit que justice est faite, qu’elle est tranquille. Et ce n’est pas vrai. Il faut arrêter de mentir aux gens.

Lire l’interview complète ici.

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