Accueil Marc Ysaye

Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Tears in Heaven »

Cette semaine, Marc Ysaye évoque un titre rock devenu culte : « Tears in Heaven », Eric Clapton (1991).
Par Marc Ysaye
Temps de lecture: 3 min

En ce jour fatidique du 21 mars 1991, Conor, le fils d’Eric Clapton et de l’actrice Lory Del Santo, joue dans l’appartement new-yorkais de sa mère. Au 53ᵉ étage d’un gratte-ciel new-yorkais. Il a 4 ans. Conor échappe quelques instants à la surveillance de sa nounou, une fenêtre qui vient d’être nettoyée est restée ouverte, le jeune garçon s’y faufile et tombe. Eric et la mère de Conor ne sont pas présents.

uri

La veille, Clapton avait emmené Conor au cirque à Long Island, c’était la première fois qu’il passait une journée entière seul avec son fils. Clapton déclarera plus tard que cette expérience lui avait permis de comprendre véritablement ce que signifiait être père. L’appel que reçoit Eric Clapton fait voler son monde en éclats. Son fils, sa bouée de sauvetage qui l’avait aidé à vaincre ses démons de l’alcool et de la drogue, n’est plus.

La descente aux enfers

Dévasté, le guitariste fonce sur les lieux du drame pour découvrir une scène cauchemardesque. Les secours sont déjà là, mais ne peuvent que constater l’évidence atroce. Clapton sombre dans un état second. Anéanti par le chagrin, il se mure dans le silence pendant des mois, incapable de jouer ou de composer.

La douleur est trop vive, l’absence trop cruelle. Il faudra l’opportunité de la bande originale du film « Rush » pour qu’il trouve enfin un exutoire salvateur. Les premiers mots de « Tears in Heaven » coulent alors de sa plume : « Would you know my name If I saw you in Heaven ? » /« Me reconnaîtrais-tu si je te voyais au Paradis ? »

Un cri du cœur, une tentative désespérée d’établir un dialogue impossible avec son fils disparu. Conscient que la chanson a un potentiel cathartique puissant, mais qu’il lui faut de l’aide pour lui donner corps, Clapton fait appel au parolier Will Jennings. Réticent au départ à l’idée de mettre en mots une expérience aussi intime et douloureuse, Jennings comprend vite que « Tears in Heaven » est vitale pour son ami, et il accepte de relever le défi. Ensemble, ils cisèlent ce qui deviendra un monument de la musique pop, une ode poignante à l’amour filial.

En 1992, lorsque Clapton livre au public sa version acoustique de « Tears in Heaven » sur le plateau de l’émission « MTV Unplugged », l’émotion est palpable. Le dépouillement de l’arrangement et la sincérité brute de l’interprétation transcendent la simple performance musicale.

Les vingt millions d’exemplaires vendus de l’album live qui en sera tiré et la pluie de Grammy Awards qui s’abat sur le morceau en 1993 prouvent à quel point Clapton a touché une corde sensible et universelle. Au-delà de la musique, la disparition de Conor l’a métamorphosé en profondeur.

Loin de sombrer dans la spirale infernale des addictions, il a puisé dans ce drame la force de se reconstruire. Son combat pour rester sobre ne s’est jamais relâché. Son engagement dans la prévention des accidents domestiques touchant les enfants non plus, que ce soit en sensibilisant le public sur la sécurisation des fenêtres en hauteur ou en soutenant des associations dédiées à la cause.

La chanson a remporté trois Grammy Awards. Clapton a fini par cesser de l’interpréter en concert en 2004, expliquant qu’il s’était remis de son chagrin et ne ressentait plus la douleur vive et intense nécessaire pour se connecter de manière authentique aux émotions profondes de la chanson, bien qu’il l’ait ensuite reprise lors de concerts exceptionnels.

L'actu en vidéo

 

Aussi en Marc Ysaye

Voir plus d'articles

À la Une