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De plus en plus de non-fumeurs touchés par le cancer du poumon

Le combat contre le cancer du poumon est plus que jamais d’actualité. La recherche avance, mais la prévention reste essentielle.
Journaliste Temps de lecture: 4 min

Depuis une dizaine d’années, l’incidence du cancer du poumon a eu tendance à diminuer chez les hommes (-1 %), tandis qu’il a augmenté chez les femmes (+4 %). « Il est difficile de trouver une raison à l’augmentation de cas de cancer du poumon chez les femmes, observe le Pr Pierre Coulie (UCL), coprésident de la Fondation contre le cancer. On peut cependant trouver une ébauche d’explication dans le fait qu’ayant commencé à fumer plus tard que les hommes, les femmes ne développent la maladie que maintenant. Les causes d’un cancer sont en effet à rechercher 5, 10, voire 15 années avant le diagnostic. » Les chiffres ne risquent d’ailleurs pas de s’arranger de sitôt si l’on se réfère à la tendance du vapotage, appréciée par ceux qui croient – à tort – qu’elle est moins nocive que le tabagisme. « Il est clair que l’industrie du tabac a mis la main sur ce business, s’inquiète le Pr Coulie. La plupart des e-cigarettes contiennent de la nicotine, dont on connaît le caractère puissamment addictif, mais également d’autres substances nocives pour la santé. »

Mais si 80 à 90 % des cas peuvent toujours être attribués au tabac, force est de reconnaître qu’un nombre toujours croissant de non-fumeurs sont concernés par cette pathologie… Selon les projections du Registre belge du cancer (BCR), il faut s’attendre, d’ici à 2035, à une augmentation de 20 % de diagnostics de cancer du poumon… même de plus de 50 % chez les femmes. « Dans 10 à 20 % des cas, il s’agit de non-fumeurs, observe le Pr Coulie. La raison de la différence remarquable entre les hommes et les femmes n’est pas claire non plus. On n’exclut pas qu’il puisse s’agir d’une raison hormonale, mais c’est encore à l’étude. » Toujours est-il que, de manière générale, les cas de cancer du poumon chez les personnes qui ne fument pas peuvent vraisemblablement être attribués à la pollution atmosphérique (émanations de produits toxiques, butagènes, radon, particules fines, métaux lourds…). « Le lien entre ces substances et le cancer du poumon est vraisemblable. Il est en revanche moins clair entre cette maladie et les pesticides qui semblent davantage causer des lymphomes », nous explique le Pr Coulie, rappelant au passage que le cancer survient lorsqu’apparaissent des anomalies génétiques dans certaines cellules. « C’est au petit bonheur la chance : régulièrement, nos cellules se divisent et lorsqu’elles se divisent, le matériel génétique est “recopié”, ce qui ne se fait pas sans erreurs. Ces mutations persistent dans toutes les cellules filles. Avec le temps, une cellule peut ainsi accumuler plusieurs mutations, débouchant sur une division cellulaire incontrôlée, ensuite un cancer. »

Des traitements innovants

L’immunothérapie constitue désormais pour certains patients le premier traitement du cancer du poumon, auquel on a recours avant la chirurgie. « On opère d’office après, car même si le scanner montre que la tumeur a diminué, voire disparu, vous n’êtes jamais sûr qu’il ne reste pas de cellules cancéreuses. Mais la suite du traitement est alors beaucoup plus simple. Cette manière de traiter était encore impensable il y a dix ans », se réjouit le Pr Coulie. Le problème, c’est que l’immunothérapie fonctionne très bien chez certaines personnes et pas du tout chez d’autres. Une chercheuse belge, Els Wauters (UZ Leuven), travaille d’ailleurs actuellement sur un projet visant à expliquer ce phénomène. « Cela pourrait être dû au fait que la capacité du système immunitaire est différente d’un patient à l’autre, mais aussi au fait qu’il y a des tumeurs qui deviennent résistantes, à cause de changements génétiques », avance le Pr Coulie. Enfin, il ne faut pas oublier les « thérapies ciblées » (dont seule une petite proportion de patients peuvent bénéficier en fonction du profil génétique de leur tumeur) qui vont agir spécifiquement sur l’anomalie provoquée par une mutation précise. Les médicaments permettant ce ciblage sont de plus en plus nombreux sur le marché. Ils ne sont utiles que pour certains patients, mais peuvent donner moins d’effets secondaires que les chimiothérapies classiques.

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