Cali de retour avec un 13e album : « On a tous besoin d’amour »

Vous avez toujours considéré l’amour comme un moteur de vie. Ici, vous parlez de l’amour qui meurt. Pourquoi ?
Si je devais mettre des mots sur cet album, je mettrais « abandon », « séparation » et « lâcher-prise ». Se confronter au lâcher-prise, c’est un des plus gros obstacles qu’on peut rencontrer dans sa vie. On s’habitue à des choses, on s’installe dans des choses. Et lâcher prise, ça veut dire qu’il faut laisser derrière, le passé, le présent aussi, laisser tout. En tout cas, abandonner toutes ces choses qu’on ne peut plus porter. Ça peut être une personne, une séparation, un pays, une addiction… Je parle beaucoup de ça dans ce disque.
En vieillissant, on aborde l’amour différemment ?
Est-ce qu’on change la valeur qu’on attribue aux choses et à l’amour au fil des ans ou est-ce qu’on regarde celui-ci différemment ? Est-ce qu’on s’use ? Ce serait mentir que de dire non. Par contre, ce serait terrible de dire qu’on ne recherche pas toujours l’envie de vivre et d’aimer. C’est une quête. On a tous besoin d’amour, et celui qui nous bouffe le ventre, qui nous brûle et qui nous fait faire n’importe quoi, c’est la quête absolue de la vie. Je trouve ça très beau de vieillir ensemble, d’avoir de la tendresse, c’est super.
Qu’en est-il de votre relation à la mort ?
C’est lié à la vie. J’ai toujours eu, dans ma vie, des moments où je me suis dit : « Tiens, il y a une mauvaise période, là, qui est assez terrible. » On perd des amis, on vieillit. Et puis c’est la roue qui tourne. On perd toujours des proches, des gens qu’on aime ou même des acteurs qui nous ont fait rêver, des chanteurs qui nous ont aidés à aller au lycée le matin en les écoutant. Je prends conscience de ce cycle de vie.
À qui vous adressez-vous dans « Tu es mort » ? À votre père ?
J’ai évidemment beaucoup pensé à mon papa. Il est mort à l’âge de 56 ans. Son papa est mort à 56 ans également. Sinéad O‘Connor avait 56 ans également. Tout comme le magnifique musicien irlandais Glen Hansard. Il y a comme un club des 56… J’ai passé ce cap maintenant, mais je n’étais pas sûr de l’atteindre. Je pensais que 56 ans serait mon âge de fin. C’est bizarre de se dire ça, alors que je ne suis pas négatif dans la vie, je suis plutôt très déconneur et positif. Bref, pour revenir à cette chanson, elle pouvait être pour mon papa, pour ces gens, mais aussi pour moi. Le refrain, il est pour moi. Quand je dis : « Tu m’as dit de dire à tes enfants que tu étais un ivrogne, un rêveur, un être faible, un fou. Mais tu m’as dit aussi de ne jamais leur dire que tu ne les as pas aimés jusqu’au bout », c’est de moi que je parle…
Ne plus toucher l’autre, ne plus pouvoir mettre la tête sur son épaule, comment trouver les bons mots pour parler d’un sentiment à la fois fort et intime ?
La quête absolue pour tous les chanteurs ou ceux qui écrivent des chansons, c’est la chanson parfaite, la meilleure qu’on puisse écrire. Mais on n’atteindra jamais ça.
Je pars du principe que je crache des mots et qu’il faut qu’ils me fassent soit très mal, soit un bien fou. Dans les deux cas, je rejoins le ventre qui remue et je me sens vivant. Quand je parle de ne plus pouvoir poser ma tête sur son épaule, je pense à mon ami Nilda Fernandez, j’étais à ses côtés quand il a posé le couvercle… À Jacques Higelin aussi, à Bashung, Jane Birkin, Dani… Tous ces gens qui ont fait partie de ma vie et m’ont fait du bien.
En même temps, il y a une universalité dans ces mots-là parce que ce sont des petits gestes qu’on fait tous et auxquels on donne peut-être réellement de l’importance quand la personne n’est plus là…
J’aime bien ça. Vous pouvez dire que c’est moi qui l’ai dit ? (Rires) Pour revenir sur les mots, s’ils sont importants dans la vie, les silences le sont aussi. Écrire une chanson, c’est aussi remplacer ces silences importants.
Avec « Allumette », vous parlez d’un autre amour, celui d’un père et son enfant. C’était important aussi de mettre ça en musique ?
Oui, mais ce n’était pas prémédité. J’écris des chansons et après je vois ce que j’ai écrit. Je vois les chansons comme un Polaroïd de ma vie, qui me permet ensuite de voir où j’en suis dans ma tête, dans mon cœur. Là je m’adresse à ma fille, mais ça aurait pu être pour un garçon. On a tous une horloge différente pour passer de l’enfant à l’adulte. L’adolescence est parfois une période insurmontable parce qu’il y a des enfants qui ont une telle pureté, qui sont tellement à fleur de peau, qu’il est impossible pour eux de se confronter au monde réel, stupide et cynique. La pureté a du mal à se frotter au mur de ce que la vie nous propose. Dans cette chanson, je lui dis qu’accepter la douleur, c’est accepter la vie. Ces enfants peuvent rapidement tomber dans des addictions, des choses terribles, de la solitude… Cette chanson parle d’un entourage précieux, qui peut-être essaie de trouver les bons mots, les bons gestes, pour la reconstruction, pour ne pas se sentir seul. Parce que le mal de notre société, c’est cette putain de solitude !









