Programme télé de ce samedi 31 octobre : notre sélection

Halloween oblige, l’épouvante s’invite ce soir sur Arte avec un diptyque taillé sur mesure. En ouverture, les amateurs d’hémoglobine retrouveront l’éternel Prince des ténèbres : qu’il ait les traits de Christopher Lee ou de Gary Oldman, le vampire de Bram Stoker s’inspire des forfaits bien réels du sanguinaire prince roumain Vlad l’Empaleur. Mais passé ce frisson gothique, place en seconde partie de soirée à une captivante plongée historique et sociologique au cœur du mythe avec le documentaire « Zombies, la fascination des morts-vivants ».
Sous leurs allures de cadavres en lambeaux, ces morts-vivants en racontent bien plus sur notre société que les aristocrates aux canines acérées. Le film explore d’emblée les racines coloniales de cette figure née en Haïti durant la traite négrière. Dérivé du terme kimbundu « nzùmbe » (l’esprit des morts), le zombie incarnait la tragédie de l’asservissement total : un être spolié de sa conscience et de sa liberté. Victime d’un poison rituel à base de tétrodotoxine, l’individu tombait dans un état de mort apparente avant d’être déterré par un sorcier vaudou, puis condamné aux travaux forcés perpétuels dans les plantations de canne à sucre…
En 1968, le réalisateur George A. Romero offre à la créature son passeport pour la modernité. « La Nuit des morts-vivants » capte les névroses de son époque : le carnage du Vietnam et les tensions raciales, incarnées par un héros noir froidement abattu à l’épilogue par une milice. Dix ans plus tard, la horde erre dans un centre commercial : la métaphore de la consommation de masse est évidente. Au début des années 2000, dans « 28 Jours plus tard », finie la marche traînante du zombie : il court à toute vitesse, rendant la menace physique et immédiate ! Propulsé par un virus foudroyant, il incarne désormais nos angoisses de pandémie planétaire et de chaos.
Last but not least, le film s’intéresse aussi à la place des femmes, longtemps cantonnées aux cris d’horreur et aux rôles de proies. Là encore, les lignes ont bougé : de Francine « Fran » Parker prenant les armes dans « Zombie » à Alice (Milla Jovovich) dégommant du revenant dans « Resident Evil », l’héroïne est devenue une combattante à part entière. Des réalisatrices contemporaines, comme Shamila Lengsfeld avec son court-métrage « Echo », confirment cette mue en plaçant la résistance féminine au cœur de l’action.
Preuve que, sous leur masque putride, ces monstres nous tendent un miroir bien plus intime qu’il n’y paraît…








