L’historienne Hélène Carrère d’Encausse est décédée
Elle avait 94 ans.

Première femme élue à la tête de l’Académie française en 1999, ancienne députée européenne, Hélène Carrère d’Encausse, décédée samedi à Paris à l’âge de 94 ans, était historienne, grande spécialiste des questions russes. On la voyait encore récemment dans les médias commentant l’invasion russe de l’Ukraine, à propos de laquelle son discours s’était durci.
Cette femme vive et élégante avait été, en 1990 (l’année même où l’Union soviétique était dissoute), la troisième femme admise à l’Académie, créée en 1635, après Marguerite Yourcenar et Jacqueline de Romilly.
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Elle avait indiqué en 1999 qu’il faudrait l’appeler « Madame le Secrétaire perpétuel », sans féminiser la fonction. Car, selon elle, « il n’y a qu’un seul Secrétaire perpétuel depuis trois siècles et demi. C’est cette idée de continuité qui doit prévaloir. C’est une lignée qui se poursuit ».
Un parcours brillant
Née à Paris le 6 juillet 1929, elle était la fille d’une Italienne et d’un philosophe géorgien émigré en France, Georges Zourabichvili (qui sera plus tard assassiné). Elle apprend le russe avant le français.
Née apatride, elle acquiert la nationalité française en 1950 et épouse, deux ans plus tard, Louis Carrère, dit Carrère d’Encausse, un assureur. Le couple aura trois enfants : l’écrivain Emmanuel, qui a évoqué sa famille dans son livre, « Un roman russe », Nathalie, avocate, et Marina, médecin et consultante dans les médias.
Élève brillante, Hélène obtient le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris et un doctorat ès-Lettres. Elle enseignera l’histoire à la Sorbonne puis à Sciences-Po ainsi qu’au collège d’Europe de Bruges.
Reconnue dans le cercle des kremlinologues et régulièrement consultée par le monde journalistique, elle fait en 1978 une entrée fracassante dans l’édition avec « L’Empire éclaté ». Elle y prédit, avant beaucoup d’autres, l’éclatement de l’URSS confrontée au problème des minorités.
S’appuyant sur des tonnes d’archives, elle s’emploie à retrouver « une mémoire historique collective, à chercher la logique interne des événements ».
Professeur invité de nombreuses universités étrangères, en Amérique du Nord et au Japon surtout, elle a été décorée en 1998 par le président russe Boris Eltsine de l’Ordre de l’amitié entre les peuples « pour son étude de la Russie ». En 1997, elle a reçu en France le Prix des Ambassadeurs pour son ouvrage « Nicolas II : la transition interrompue ». En 2023, elle s’était encore vu décerner le prestigieux prix espagnol Princesse des Asturies pour les sciences sociales.
Depuis 1999, elle a eu l’occasion d’exprimer son opposition à la féminisation des titres et fonctions pour les femmes dans la langue française, puis, des années plus tard, à l’écriture inclusive, tout en s’efforçant de « regarnir l’Académie » en grands romanciers.
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