Fleurs du temps, fleurs du mal : l’œillet lisboète
Lisbonne, 25 avril 1974. À l’aube, ce jour-là, la ville portugaise ne s’éveille pas au son des cloches, mais au rythme de la chanson interdite « Grândola, Vila Morena », diffusée sur les ondes de Radio Renascença. C’est le signal. Dans la moiteur matinale, les chars du Mouvement des Forces Armées (MFA) s’ébranlent, investissant les artères stratégiques de la capitale. Les soldats, calmes mais le cœur battant à l’unisson de celui d’un peuple opprimé qui se réveille, encerclent les ministères. Le régime d’António de Oliveira Salazar – quarante et un ans d’une dictature qui a imposé le silence – vacille. Il ne s’agit là pas seulement de la mutinerie d’un seul groupe, mais du désir profond de changement de tout un peuple.
Le peuple dans la rue
Les Portugais bravent d’ailleurs l’ordre de rester en sécurité chez eux, calfeutrés : ils descendent en masse dans les rues lisboètes, non pour combattre, mais pour encourager ceux qui les libèrent.










