Eurovision : la sécurité renforcée

Entre chansons calibrées pour le streaming et performances audacieuses, l’Eurovision s’apprête à souffler ses 70 bougies la semaine prochaine à Vienne. Une édition organisée dans un climat festif mais sous haute sécurité, en raison de la controverse liée à la participation d’Israël.
À chaque année sa polémique et c’est la candidate roumaine Alexandra Capitanescu qui fait parler d’elle cette année avec « Choke Me », certains ayant décelé dans sa chanson des paroles normalisant la strangulation lors de rapports sexuels.
La provocation est typique de la tradition « Eurotrash » du concours, définie par la chercheuse Galina Miazhevich, de l’université de Cardiff, comme « un défi au bon goût valorisant l’excès ».
Les tendances folkloriques, dont beaucoup de pays de l’Est se sont servis par le passé pour affirmer leur identité post-soviétique, sont, elles, moins présentes, et la pop domine.
Le choix australien d’envoyer une star confirmée, Delta Goodrem, a d’ailleurs suscité une forte curiosité médiatique, l’intérêt dépassant largement le cercle des fans du concours.
Selon les parieurs, elle figure parmi les favoris, aux côtés des artistes sélectionnés par la Finlande, la Grèce, le Danemark et la France.
Le diffuseur ORF a décidé de faire un clin d’œil à l’origine autrichienne de la carte postale, inventée par un certain Emanuel Herrmann au XIXe siècle, lors du petit clip qui présente chaque candidat entre deux performances.
Et pour donner une touche glamour à l’animation, il a notamment choisi une personnalité, Victoria Swarovski, issue de la célèbre famille fondatrice du groupe tyrolien, un leader mondial du cristal taillé.
Demi-finales
Les demi-finales mardi et jeudi permettront de faire une première sélection avant le grand show, longtemps jugé kitsch ou ringard, mais dont le caractère spectaculaire impose désormais le respect.
Il sera diffusé en direct le samedi et supervisé par l’Union européenne de Radio-Télévision (UER).
L’année dernière, selon l’UER, ils étaient 166 millions à écouter devant leur poste le prélude du Te Deum de Charpentier, qui fait figure de générique mythique.
La compétition est par ailleurs de plus en plus présente sur les réseaux sociaux. Les styles musicaux s’y succèdent, de la pop à la folk, en passant par le rock ou l’électro.
Si des artistes ont choisi de chanter en anglais, de nombreuses autres langues seront entendues sur scène à Vienne, où 35 pays sont en lice, avec le retour de la Bulgarie, de la Moldavie et de la Roumanie.
« Défi complexe »
Mais ce chiffre est le plus faible de ces dernières années, l’Espagne, l’Irlande, l’Islande, les Pays-Bas et la Slovénie ayant boycotté le programme pour marquer leur désaccord avec la participation d’Israël. Plus d’un millier d’artistes ou groupes ont également appelé au boycott, dont Peter Gabriel ou Massive Attack.
Des manifestants ont prévu de se mobiliser. Ils reprochent notamment à Israël la conduite de la guerre à Gaza, en représailles à l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas sur son territoire.
L’un d’entre eux, Ernst Wolrab, 67 ans, regrette qu’une « tribune » soit offerte sur la scène internationale au gouvernement israélien, lui permettant de « légitimer » son action.
Depuis 2024, l’UER a renforcé ses règles de neutralité pour éviter tout dérapage et les artistes s’exposent à des sanctions s’ils utilisent le concours comme une tribune politique, rappelle le chercheur spécialiste de l’Eurovision Dean Vuletic.
95.000 billets ont été vendus aux fans venant de 75 pays à travers le monde, selon l’UER, qui parle d’une « forte demande » aux États-Unis, en Australie, au Brésil, au Japon ou en Afrique du Sud.
Protection des délégations, gestion des nombreuses festivités organisées en parallèle dans la ville : accueillir l’Eurovision est donc un « défi complexe », a déclaré à l’AFP Dieter Csefan, le vice-président de la police de Vienne.
Il y a onze ans, l’Autriche, un pays d’Europe centrale comptant 9,2 millions d’habitants, avait déjà accueilli avec succès l’évènement, mais « la situation mondiale » a changé depuis et le risque de cyberattaque est plus élevé, estime le responsable, qui évoque un soutien du FBI.
Avec l’accueil de nombreux congrès et d'organisations internationales, comme l’ONU ou l’OPEP, la capitale autrichienne dispose cependant « d’expérience dans l’organisation de grands événements », ajoute-t-il.
Les services de renseignement ont contrôlé le profil des 16.000 professionnels qui interviendront dans le cadre de l’Eurovision, pour écarter tout potentiel fauteur de troubles.
Quant aux 3.500 tonnes de matériel acheminées vers la salle de spectacle, la Stadthalle, elles ont été méticuleusement scannées.
Le lieu jouit en outre du même niveau de sécurité qu’un aéroport international, selon les services de sécurité, qui veulent éviter une annulation, comme celle des concerts à Vienne de la star américaine Taylor Swift en 2024 suite à une menace d’attentat.
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