Programme télé de ce lundi 29 juin : notre sélection

À ma droite, Gina Lollobrigida, Claudia Cardinale et Sophia Loren, trois brunes iconiques du cinéma italien dont la carrière est née dans les années 50, ayant connu leur apogée au cours des deux décennies suivantes. À ma gauche, deux blondes dont Monica Vitti est cinéphiliquement la plus célèbre, et une autre venue d’ailleurs, aux origines… franco-belges, sa cadette Catherine Spaak. Différence fondamentale : Monica Vitti n’a pas franchi le cap omniprésent du fenestron transalpin alors que l’autre s’y est littéralement engouffrée. En attendant qu’un docu lui soit consacré, c’est fait pour l’aînée, puisque la chaîne culturelle franco-allemande lui dédie cette soirée dominicale ouverte par un film de Michelangelo Antonioni datant de 1962, troisième titre commun aux époux légitimes, deux ans après « l’Avventura ». Il y aura aussi « La notte » où elle partage la vedette avec Jeanne Moreau, et, après « L’éclipse », « Le désert rouge », der en couleurs avant le divorce de 1967.
Atouts majeurs de cette « Éclipse », la présence d’Alain Delon, qui connaît alors une énorme popularité en Italie depuis le triomphe de « Rocco et ses frères », l’un des chefs-d’œuvre du grand Visconti. Une sorte de « romance inachevée » entre deux êtres que tout doit opposer, une femme sortant d’une séparation en plein mal-être, et un dandy au cœur d’une tourmente boursière, dans un environnement urbain en pleine transition. Les fabuleux cadrages du film sont la signature de l’auteur, dont la muse balade sa nonchalance sobre à l’opposé de ses rivales pulpeuses.
Libérée d’Antonioni, Monica Vitti devient furtivement la rivale féminine de James Bond dans le « Modesty Blaise » de Losey trop parodique, et multiplie les passages chez les Vadim, Salce, Monicelli, Sordi, De Sica, Scola, Buñuel, Risi, Cayatte et Zampa. Elle y véhicule inlassablement l’image d’une femme libérée, tout le contraire de « Sois belle et tais-toi » avec, au passage, deux titres de son deuxième mari, Carlo Di Palma, dont « Une blonde, une brune et une moto » donne lieu à de vrais crêpages de chignon avec Claudia Cardinale. Chaque étape de sa carrière est évoquée dans le docu d’une heure sous-intitulé « L’avventura d’une icône italienne », laquelle se livre, pour la dernière fois en 1989, dans un « Scandale secret » dont elle est scénariste et réalisatrice, avec son troisième et dernier mari, de 15 ans son cadet, Roberto Russo. Il va veiller sur elle jusqu’au dernier jour. La dame est depuis 20 ans victime d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer et s’éteindra à son domicile romain le 2 février 2022.
« L’éclipse », 20h55, Arte – Trois étoiles






