Matthieu Delormeau sur son addiction à la drogue : « Je ne me suis pas du tout vu chuter »

Les téléspectateurs le connaissent pour avoir présenté « Les Anges de la téléréalité » au début des années 2000 et pour son rôle de chroniqueur aux côtés de Cyril Hanouna, dans « Touche pas à mon poste » et dans « Tout beau, tout n9uf » ensuite. Mais c’est en tant qu’auteur que Matthieu Delormeau a répondu à nos questions.
Il dévoile son livre « Addictions » dans lequel il revient sur son combat contre la drogue. La chute, le déni, les heures sombres, le sevrage et la lutte quotidienne : il se raconte, sans filtre.
Pour un premier livre, ça ne doit pas être facile de se livrer autant.
Oui, mais c’est payant je crois. Je ne connaissais pas le monde de l’édition mais on a atteint les 15.000 exemplaires vendus et c’est beaucoup, paraît-il. Ce qui me fait aussi plaisir, ce sont les gens qui ressentent que c’est vrai. Il ne faut jamais prendre le public pour des imbéciles : ils reconnaissent quand une histoire est réelle. Si le livre se vend, c’est qu’ils me croient. Je me rends compte aussi, en rencontrant les lecteurs, que certains souffrent. Je ne le pensais pas.
Vous étiez sportif, vous buviez peu, vous aviez un rythme presque militaire. Puis vous êtes tombé dans la drogue. C’est étonnant de passer d’un extrême à l’autre.
On peut tout perdre et on perd tout avec la drogue. Tu perds ta famille, tes amis, ton travail, ton estime de toi, ton argent. Toutes les addictions sont perfides. Je ne me suis pas du tout vu chuter. Quand j’y repense, je revois ces soirées glauques, ma vie glauque… La cocaïne t’emmène au fond mais dans le déni.
C’est la dépression qui vous a amené à prendre de la drogue ?
Dès que j’en prenais, tous mes problèmes s’en allaient. Je n’avais plus aucune anxiété. J’étais chez moi, tranquillement, je faisais un petit poker sur mon ordinateur, je regardais la télévision. Plus rien n’existait, je n’avais plus de soucis. Dès que j’arrêtais d’en prendre, tout revenait. Très rapidement, mon cerveau, qui était malade, a compris. Je me disais : « C’est pas mal ce truc… » À aucun moment je ne me suis dit : « Mec, tu prends de la cocaïne quand même ! » Il est là le piège. Au début, jusqu’à ce que tu sois addict, c’est formidable la drogue. Tu es génial, tu en fais plus au sport, tu es de bonne humeur, tu fais des blagues, tout le monde te trouve super. Tu fais en deux heures ce que tu faisais en quatre avant. C’est formidable ! Et au moment où tu es addict et que tu ne peux plus t’en passer, c’est l’horreur. Tu es paranoïaque, agressif, tu perds tout ton entourage parce que tu leur envoies des messages d’une agressivité sans nom. La drogue, c’est comme une pieuvre qui t'engloutit petit à petit. Elle enroule ses tentacules autour de toi. Heureusement, moi j’ai réussi à m’en défaire, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Comme Loana, par exemple.
Vous citez aussi Pierre Palmade dans le livre. Est-ce qu’il y a un lien entre la célébrité et les addictions ?
Non, aucun. C’est ça qui est très pénible. Une fois, dans l’émission de Cyril Hanouna, Raymond (Aabou, Ndlr) a dit que la drogue, la cocaïne, c’était festif. L’accident de Pierre Palmade, c’est festif. Mon psychiatre m’a demandé de lui dire que c’était faux. C’est une maladie. S’il y a des centres d’addictologie, de neurologie, de psychiatrie dans les hôpitaux, ce n’est pas parce qu’on avait trop de place. Il l’a compris et je fais aussi attention à ma parole à l’antenne. Donc non, ça n’a pas de lien avec la télévision. On m’a aussi dit que c’était une addiction pour les gens qui ont de l’argent. Faux ! Aujourd’hui, si tu vas en boîte de nuit, une majorité des mômes de 20, 22, 23 ans prennent de la drogue. Mais ils prennent de la 3-MMC qui est une drogue de synthèse. Au lieu de payer 70 euros/gr, ils paient 10 euros. Et ils vont tenir à trois ou quatre dessus pendant une soirée, voire 72 heures.
Comment prend-on la décision d’aller en cure ?
Il faut attendre que ça vienne des malades. Ce n’est pas la peine de dire aux gens : « Va en cure ! » Il ne faut pas les culpabiliser. S’ils n’y vont pas, c’est qu’ils n’ont pas encore eu le déclic. C’est comme si tu disais à quelqu’un qui a un cancer : « Mais active là, avec ta chimio ! » Non. C’est un malade, ça prend du temps. Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle des « patients ».
Pour moi, ça a été tout bête. Un matin, ma société ne marchait plus du tout. Je n’y étais plus. Mon associé m’appelait en me disant que c’était une catastrophe. Là, je me suis dit : « J’arrête tout. » J’avais 3gr chez moi et j’ai tout jeté. Je me suis mis devant mon ordi et j’ai compris. Je voyais flou, je n’arrivais pas à lire mes mails, je transpirais tellement que je me changeais cinq fois par jour. Je devais reprendre de la drogue pour pouvoir travailler. J’ai compris que, sans drogue, je ne pouvais même pas envoyer un SMS à quelqu’un. Plus rien ne se déclenchait dans mon cerveau. Croyez-moi, vous avez peur.
Comment ça se passe ?
Les trois premières semaines de cure, tu passes par un sevrage physique. Les cinq premiers jours, on te met dans une chambre fermée. Tu n’en sors pas et on t’amène des plateaux-repas. Généralement, tu ne touches à rien. Tu es trop mal. C’est comme une grippe qui ne passe pas. Il faut s’accrocher, ce n’est pas facile. Une fois que les conséquences sont soignées, il faut s’attaquer aux causes. Quand on prend de la drogue, c’est qu’il y a une raison. En général, tu es gavé d’anxiété. On te donne des anxiolytiques. Après ton sevrage de drogue, il faut faire le sevrage médicamenteux. Une fois rentré chez soi, les médecins ne sont plus là et il faut tenir. J’arrive au bout de la première année de sevrage maintenant et c’est le bonheur. Mais le chemin a été dur, je ne vais pas mentir.
Que voudriez-vous dire aux jeunes qui trouvent que la drogue, c’est cool ?
Lisez le livre, je vous en supplie. Empruntez-le si vous n’avez pas d’argent. Si vous vous droguez, peu importe la drogue, ce que je raconte dans ce livre vous arrivera. Personne n’est plus fort que la drogue. J’aurais aimé avoir ce livre avant. Ce sont les vraies coulisses de l’addiction que personne ne raconte. Je l’ai écrit un peu égoïstement ce livre parce qu’en aidant les autres, je m’aide moi. C’est le plus beau projet de ma vie.










