Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Sowing the seeds of Love »

Sortie en 1989, « Sowing the Seeds of Love » de Tears for Fears est une chanson pop parfaite aux accents psychédéliques « néo-beatlesiens », si vous me permettez ce néologisme. Son extraordinaire production emprunte à « I Am the Walrus » des Beatles pour livrer un hymne sociopolitique d’une grande beauté et d’une extrême puissance.
Ce single a coûté une fortune à enregistrer ! Pour « Sowing the Seeds of Love », les conditions d’enregistrement ont été longues, changeantes et très coûteuses. Le projet de l’album « The Seeds of Love » a traversé plusieurs studios, plusieurs producteurs et a pris un temps fou à se stabiliser. Une source de synthèse sur l’album parle de neuf studios et de quatre producteurs, avec un coût d’environ un million de livres. À l’époque, c’était gigantesque !
Tears for Fears assume
Nous sommes dans l’hommage aux Beatles, certes, mais nous sommes surtout dans un pastiche assumé des Beatles période « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » et particulièrement de « I’m the Walrus » de Lennon, qui paradoxalement n’est pas sur « Sgt. Pepper’s ».
Tout ici est fait avec brio : cuivres panoramiques, cordes et orchestrations luxuriantes. Le texte est engagé et vise ouvertement la politique de Margaret Thatcher. Pour la chanson elle-même, Roland Orzabal a expliqué que le titre existait d’abord sur son Fairlight : il chantait la chanson complète sur cette maquette, puis l’équipe est allée enregistrer la base en live, avec Chris Hughes à la batterie. Il ajoute qu’après les mixages initiaux, ils ont encore passé environ six mois à remixer le morceau.

On peut donc résumer les « conditions exactes » ainsi : travail très fragmenté, beaucoup d’essais en studio, prise live pour la structure de base, puis longue phase de remixage et de peaufinage. Les sessions étaient aussi marquées par des désaccords créatifs : Ian Stanley et Chris Hughes ont quitté le projet à un moment donné, ce qui montre à quel point l’enregistrement a été mouvementé. Sorti près de quatre ans après le précédent album de Tears for Fears, « Songs from the Big Chair » en 1985, le single précurseur « Sowing the Seeds of Love » écrit par Roland Orzabal et Curt Smith a fait l’effet d’une véritable bombe, s’inspirant sans vergogne du psychédélisme britannique de la fin des années 60. Ironiquement, ce genre de référence allait devenir extrêmement à la mode quelques mois plus tard lors du « New Summer of Love » britannique inspiré par le mouvement « Madchester ». Avec des interludes de trompette à la « Penny Lane » et un long final à la « Hey Jude », « Sowing the Seeds of Love » est en même temps tout à fait dans l’air du temps grâce à son utilisation des nouvelles technologies d’échantillonnage et de synthétiseurs, tout comme l’avaient été les deux précédents albums de Tears for Fears.
La combinaison de l’ancien et du nouveau, associée aux paroles sans concession de Roland Orzabal sur le thème « All you need is love », est d’un pathos presque écrasant, mais la chanson va tellement loin dans l’exagération qu’elle finit par devenir presque admirable dans ses excès. C’est du moins ce que beaucoup pensaient à sa sortie.










