Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Like a Rolling Stone »

Voilà une prestation qui fait toujours débat 61 ans plus tard… Le 25 juillet 1965, Bob Dylan monte sur la scène du Newport Folk Festival et donne son tout premier concert électrique, créant l’une des prestations les plus controversées et les plus influentes de l’histoire du rock. Pendant des années, on a raconté cette histoire comme la nuit où Dylan aurait « trahi » le mouvement folk.
Vingt minutes de chaos
Plus tôt dans le week-end, il avait interprété des morceaux acoustiques lors d’un atelier. Mais peu avant sa prestation du dimanche soir, il décide en dernière minute de jouer en électrique. Il réunit des membres du Paul Butterfield Blues Band, le guitariste Mike Bloomfield, le bassiste Jerome Arnold et le batteur Sam Lay, ainsi qu’Al Kooper à l’orgue et Barry Goldberg au piano. Dylan n’a répété ce set que la veille au soir.
Vêtu d’une veste en cuir noir et muni d’une Fender Stratocaster à la place de sa guitare acoustique habituelle, il ouvre avec « Maggie’s Farm », puis enchaîne « Like a Rolling Stone » et « Phantom Engineer ». Le concert ne dure qu’une vingtaine de minutes avant que le groupe ne quitte la scène au milieu d’un mélange d’acclamations, de huées et de confusion. Peter Yarrow, du groupe Peter, Paul & Mary, persuade Dylan de revenir sur scène, histoire qu’il ne se fasse pas lyncher. Il le fera brièvement.
La polémique est devenue presque aussi célèbre que la musique elle-même. Beaucoup pensaient que le public avait rejeté Dylan parce qu’il avait abandonné le folk acoustique au profit du rock. D’autres, notamment Al Kooper, l’ingénieur du son Joe Boyd et plusieurs personnes présentes sur place, ont longtemps soutenu que la frustration tenait en grande partie à la mauvaise qualité du son et à la durée inattendue du concert, plutôt qu’aux instruments électriques eux-mêmes. Même la célèbre anecdote selon laquelle Pete Seeger aurait voulu couper les câbles du micro à la hache a été largement réfutée comme étant un mythe. Cela dit, pour avoir assisté à plusieurs concerts de Dylan, lorsqu’il chante on a parfois beaucoup de mal à suivre les paroles, et cela peut aller jusqu’à ne pas reconnaître les morceaux.
« Judas ! »
L’épisode le plus fameux de cette guerre-là ne se déroulera pourtant qu’un an plus tard, le 17 mai 1966, au Free Trade Hall de Manchester. Un spectateur hurle « Judas ! ». Manifestement déstabilisé, Dylan lui répond « You’re a liar », « Tu es un menteur ». Dans la foulée, il demande à son groupe de jouer le plus fort possible, avec l’énergie primaire qu’on trouve dans le rock, et se lance dans une version hallucinante de « Like a Rolling Stone ».
À qui s’adresse ce titre ? Peut-être à Edie Sedgwick, égérie de Warhol en 1965 et petite amie de Dylan pendant quelques mois. Autre possibilité, Joan Baez pourrait être la cible du morceau. Une autre théorie, plus probable à mon sens, est que Dylan s’adresse à lui-même. Il peine à gérer sa rupture avec le folk, entamée sur son album précédent, il se rapproche de positions contestataires et se radicalise de plus en plus. Serait-ce une séparation d’avec la personne qu’il était, pour devenir tout autre ?
Quelle qu’ait été l’opinion du public ce soir-là à Newport, l’histoire a rendu son verdict. La prestation de Dylan est devenue l’un des moments fondateurs de la musique populaire, accélérant la fusion entre le folk et le rock. Plus de six décennies plus tard, ces trois chansons jouées en électrique comptent toujours parmi les minutes les plus analysées et les plus influentes jamais interprétées sur une scène.









