À la ménopause, la santé bucco-dentaire trinque : « C’est à la fois normal et inquiétant »

Ce sont principalement des femmes, entre 45 et 60 ans. Jusque-là, elles n’avaient jamais eu de problèmes dentaires sérieux. Mais cette fois, si elles poussent la porte du cabinet de l’orthodontiste, c’est parce qu’elles ont senti leurs dents bouger. « C’est à la fois normal et inquiétant, observe le Pr Maria Orellana, directrice du service d’orthodontie de l’Hôpital Erasme (ULB) et fondatrice des cliniques privées Smiles à Bruxelles et Anvers. La ménopause déclenche en effet une perte importante d’œstrogènes, qui affecte les tissus osseux et gingivaux. Résultat : une perte de densité osseuse. Or, si l’on perd de l’os, on perd de la gencive aussi, ce qui peut déboucher sur une exposition des racines et un déplacement progressif des dents. On peut se retrouver ainsi avec des espaces interdentaires, une perte de dent(s) ou un encombrement dentaire. »
Les années de mastication et de vieillissement naturel mais aussi le bruxisme (grincement des dents surtout durant la nuit) sont d’autres facteurs qui favorisent l’apparition de maladies parodontales… lesquelles s’aggraveront encore par la perte osseuse liée à la ménopause. Il faut dire que les œstrogènes jouaient jusque-là un rôle capital : ils protègent les dents et maintiennent la densité osseuse et la santé de la gencive dont ils stimulent la cicatrisation naturelle, tout en assurant une bonne salivation (moins l’on a de salive, plus le risque de caries est élevé).
Six signes doivent alerter qu’il y a un problème : un déplacement dentaire, un encombrement, la mobilité d’une dent, un saignement de la gencive, des douleurs au chaud et au froid dues à la récession dentaire et une mauvaise haleine chronique. « Les gens ont souvent le mauvais réflexe d’arrêter le brossage des gencives lorsqu’ils se rendent compte qu’elles saignent, déplore l’orthodontiste. Or, en faisant cela, ils aggravent la situation ! Un bon brossage est absolument essentiel. »
Traiter s’impose !
Le premier conseil de la spécialiste est de consulter son gynécologue, au moment de la ménopause, pour demander un soutien hormonal afin de pallier la chute des œstrogènes. Ensuite, il convient de consulter son dentiste et/ou un parodontologue (spécialiste des gencives) afin de vérifier si l’on ne présente pas une diminution salivaire (auquel cas il existe des produits pouvant améliorer la situation), des caries, du tartre, de la plaque dentaire ou un problème aux gencives. « Dans tous les cas, il faut d’abord avoir traité tous les problèmes dentaires et gingivaux avant de consulter un orthodontiste, rappelle le Pr Orellana. Une fois la bouche assainie, on pourra envisager un traitement d’alignement des dents, qui sera bénéfique non seulement pour la santé bucco-dentaire, mais pour la santé générale. » En effet, une infection dans la sphère bucco-dentaire peut aussi entraîner des problèmes cardiovasculaires ou digestifs (dus aux difficultés pour mastiquer certains aliments).
Si l’on ne souhaite pas de traitement, mais que l’on veut éviter que les dents bougent davantage, on peut opter pour une gouttière de contention transparente à porter uniquement la nuit. Le traitement orthodontique peut se faire via un appareil classique (les plaquettes) ou encore à l’aide de gouttières transparentes, option très prisée par les adultes car très efficace et esthétique (elle ne se remarque presque pas). Et surtout… on peut avoir recours à l’orthodontie à tout âge. « Mon patient le plus âgé en cours de traitement a 76 ans, sourit le Pr Orellana. Il faut compter environ 1 an, 1 an et demi avant d’arriver au résultat final et actuellement, il existe des systèmes de monitoring à distance qui alertent les orthodontistes au cas où l’un de leurs patients a un problème, permettant un suivi hebdomadaire plus précis et limitant les déplacements des patients en cabinet. »









