Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Total eclipse of the Heart »

Impressionnée par l’album « Bat Out of Hell » de Meat Loaf, Bonnie Tyler demande à sa maison de disques, CBS, de contacter Jim Steinman, l’auteur-compositeur attitré de Meat Loaf, en vue d’une collaboration à la production et à l’écriture de chansons. Jim Steinman refuse d’abord l’offre – il venait d’essuyer un revers suite à une brouille et à un litige avec Meat Loaf. Après avoir écouté les démos de Tyler, il accepte. Il estime que Tyler possède de grandes qualités dans son registre vocal, mais surtout sa voix cadrait à merveille avec son style d’écriture. Lorsqu’il apprend que ce ne serait pas lui qui chanterait la chanson, Meat Loaf est furieux. Il déclare : « Cette chanson m’était destinée ! » Et voici comment Bonnie Tyler est devenue la diva par excellence de la « power ballad » grâce à « Total Eclipse Of The Heart », avec plus d’un milliard d’écoutes sur les plateformes à ce jour !
Une collaboration inédite

Sur le papier, ce partenariat semblait pourtant étrange. D’un côté, Bonnie Tyler, chanteuse pop et country, fille d’un mineur originaire d’un village gallois, qui avait conquis les classements mondiaux en 1977 déjà avec « It’s A Heartache ». De l’autre, Jim Steinman, compositeur et producteur new-yorkais, célèbre pour avoir révélé au grand public le rock théâtral grandiloquent de Meat Loaf grâce à l’album « Bat Out Of Hell », sorti la même année et vendu à ce jour à plus de 35 millions d’exemplaires.
Après son quatrième album studio, « Goodbye To The Island », sorti en 1981, Tyler prend ses distances avec ses managers, auteurs-compositeurs et producteurs Steve Wolfe et Ronnie Scott, qui continuaient à l’orienter vers un style country-rock aseptisé. Bonnie Tyler avait une voix naturellement bluesy et rauque – accentuée par une opération de la gorge visant à retirer des nodules – et elle souhaitait changer de registre pour « chanter des chansons plus osées, des chansons avec plus d’énergie ».
Au premier degré, la chanson explore la fin douloureuse d’une relation amoureuse et l’incapacité d’y renoncer. L’obscurité et l’effondrement : les couplets répètent l’expression « Turn around » (Retourne-toi) et décrivent une immense solitude ( « Every now and then I get a little bit lonely »). La narratrice est piégée dans ses souvenirs avec un sentiment d’impuissance.
La métaphore de l’éclipse : l’éclipse totale du cœur symbolise le moment où le triomphe de l’ombre est complet. Toute la lumière (le bonheur, l’espoir) est bloquée par le traumatisme de la rupture.
Un amour toxique mais absolu : les paroles traduisent une dépendance affective extrême ( « We’re living in a powder keg and giving off sparks » – Nous vivons sur un baril de poudre et faisons des étincelles).
Jim Steinman a révélé plus tard qu’il avait initialement écrit ce titre pour un projet de comédie musicale sur Nosferatu et les vampires. Le titre original devait d’ailleurs être « Vampires in Love ». Si l’on garde cela en tête, les paroles prennent un sens beaucoup plus gothique et charnel : « Once upon a time there was light in my life, but now there’s only love in the dark » (Autrefois il y avait de la lumière dans ma vie, maintenant il n’y a plus que l’amour dans le noir.)
Bonnie Tyler, de son vrai nom Gaynor Hopkins, vient de nous quitter ce mercredi 8 juillet. Elle avait 75 ans.









