Vipère au poing, de Hervé Bazin (1948)

Hervé Bazin. BELGAIMAGE
Hervé Bazin. BELGAIMAGE

Succès français d’après-guerre, Vipère au poing a de quoi donner froid dans le dos. Malgré la tournure romancée à travers le personnage de Jean (deuxième prénom de l’auteur), l’histoire de Hervé Bazin enfant n’en est pas moins autobiographique. La froideur de sa mère – comparée à une vipère – marquera sa vie au fer rouge pour finalement faire de lui, bien malgré elle, un grand écrivain.

Issu d’une famille bourgeoise de politiques et de juristes, le monde de Hervé s’écroule lorsque ses grands-parents décèdent, eux qui tissaient chaque jour ses petits bonheurs d’enfant. N’ayant pas revu ses parents partis en voyage depuis des années, il s’attend à trouver du réconfort; il ne reçoit que punitions, discipline acharnée et fourchettes dans la main lorsqu’on estime qu’il ne se tient pas bien à table.

Une éducation à la dure? Cela va bien plus loin

Hervé, dont les tentatives de rapprochement avec sa mère sont systématiquement rejetées, décide de lui tenir tête et prend goût à la vengeance en faisant tout pour lui déplaire. Entre un frère aîné timoré, un benjamin qu’il appelle «fayot» et un père trop lâche, Hervé déclare la guerre à cette femme glaciale dont l’âme impénétrable ne manifeste que cruauté envers la chair de sa chair. Elle ne sera jamais «Maman» mais bel et bien renommée «Folcoche» – folle et cochonne – telle une ennemie digne de ce nom. Sa mère n’est pas non plus en reste: elle fait renvoyer tous les membres du personnel de maison qui s’aventurent à exprimer un tant soit peu d’affection à Hervé ou ses frères; sadique, elle leur rase la tête pour les humilier, les prive d’oreillers, de chauffage pendant l’hiver… Des années durant, ils s’observent, élaborent des stratégies pour mieux se torturer l’un l’autre, constamment happés par cette fascination destructrice mutuelle, jusqu’au départ de Hervé en pensionnat. Il tentera par tous les moyens d’exister en dépit du manque d’amour maternel dont il souffre; pourtant, chacun de ses actes d’adulte transpire l’aigreur qui a régi son enfance. Il part étudier les lettres à Paris, toute forme d’art étant exécrée par sa mère; il s’engage dans un parti d’extrême gauche uniquement pour la provoquer, étant le symbole même de la bourgeoisie conservatrice de droite. Après quelques essais littéraires infructueux, Hervé Bazin crève enfin l’abcès à l’âge de 37 ans: dans un élan de rage, il écrit Vipère au poing d’une traite. Le livre est un succès unanime; il a à peine changé les noms mais tout de sa vraie famille est reconnaissable! On imagine assez bien la réaction de Folcoche à la lecture de cette déclaration… de haine. Jusqu’à sa mort, Hervé Bazin aura été cet homme «qui marche une vipère au poing», faussement victorieux des sévices de sa mère. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il n’a jamais réellement trouvé la paix auprès d’une femme, même après quatre mariages. À son innocence brisée, nous devons quelques terribles mais sublimes citations telles que «J’entre à peine dans la vie et, grâce à toi, je ne crois plus à rien, ni à personne». Si détester ses parents est à la portée de tous, haïr sa mère devient tout un roman!

 
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