Marilyn Monroe souffrait d’endométriose

On a dit qu’elle s’était suicidée. Puis qu’elle avait été assassinée à des fins politiques. D’autres thèses ont soutenu qu’elle avait abusé de barbituriques, avant que ne soit évoquée l’erreur médicale… Qui croire ? Aujourd’hui, l’hebdomadaire féminin français "Cheek Magazine" tente de mettre fin à toutes ces théories en présentant une nouvelle piste : celle dont parle dans son livre "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les règles sans jamais avoir osé le demander" le Dr Martin Winckler, le chirurgien américain qui a opéré Marilyn Monroe pour une appendicite, au Cedars of Lebanon Hospital, en 1952. Cet ouvrage révèle qu’en l’opérant, le chirurgien avait constaté que la jeune femme souffrait d’endométriose à un stade avancé. Aussi, pendant les dix années qui suivirent, terrassée par la douleur chaque fois qu’elle avait ses règles, Marilyn subit-elle pas moins de sept opérations destinées à la soulager. Mais rien n’y fit, et comme il n’existait alors aucun médicament susceptible de traiter l’endométriose en tant que telle, l’actrice se livrait à une grande consommation d’analgésiques et de tranquillisants. Maurice Zolotow, l’un de ses nombreux biographes, confirme la violence des maux de ventre qui la torturaient, en relatant une scène qui se serait déroulée à plusieurs reprises, alors que la jeune Norma Jeane Baker débutait à Hollywood : l’actrice, au volant de sa petite voiture, freine brutalement, s’élance hors du véhicule et s’accroupit sur le bord de la route, ployée sous l’effet de la douleur… Marilyn Monroe souffrait donc d’endométriose. Mais de quoi s’agit-il ?

L’endomètre à l’extérieur de l’utérus

Le mot vient de l’"endomètre", c’est-à-dire le revêtement qui tapisse l’intérieur de l’utérus. Cet endomètre est hormono-dépendant et s’élimine chaque mois via les menstruations. Mais il arrive que, chez certaines femmes, l’endomètre se place à l’extérieur de l’utérus. Cela peut provoquer des lésions, des adhérences et des kystes ovariens, principalement dans les organes génitaux et le péritoine, mais cette colonisation peut aussi s’étendre aux appareils urinaire, digestif et parfois même pulmonaire (rare). « Lorsqu’il y a endométriose, des taches, noires ou rouges, apparaissent sur l’endomètre, ainsi que des saignements au niveau du péritoine », nous explique le Pr Jean-Luc Squifflet, chirurgien-gynécologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc. « Au niveau des ovaires, il peut y avoir des kystes qui se remplissent de sang, que l’on surnomme "kystes chocolat". Ces kystes sont bénins mais hormono-dépendants et donc ne grandissent plus à la ménopause lorsque la production des hormones par les ovaires s’arrête. Quand l’endométriose est profonde, la patiente peut présenter des nodules au fond du vagin, au niveau du col de l’utérus, qui peuvent causer des douleurs importantes lors des règles et des rapports sexuels. »

5 % des femmes concernées

Les fortes douleurs durant les règles constituent le symptôme principal amenant à consulter. Les fillettes non encore réglées et les femmes ménopausées ne souffrent donc pas (ou plus) d’endométriose. Pour les autres, le diagnostic est établi le plus souvent suite à des douleurs pendant la période menstruelle. Il existe parfois un délai important entre l’apparition des premiers symptômes et la mise en évidence de la maladie. Le deuxième symptôme amenant à consulter est la difficulté à concevoir un enfant. Dans les deux cas, le diagnostic pourra être établi par laparoscopie ou par cœlioscopie. On retrouve de l’endométriose chez 50 % des femmes consultant pour infertilité. « Cela ne signifie pas toujours qu’elle représente la seule cause de l’infertilité mais cela a un impact sur la proposition de prise en charge des couples », précise le Pr Squifflet. « En traitant l’endométriose chirurgicalement, en la "brûlant" au laser, on augmente les chances de grossesse par la suite, explique encore le spécialiste. Mais les kystes ovariens doivent être traités dans des centres spécialisés, par des équipes expérimentées dans ces techniques, afin d’éviter d’endommager les ovaires. » On estime entre 5 et 10 % le nombre de femmes en âge de procréer concernées par cette maladie chronique. Et environ 10 % des couples éprouvent des difficultés à enfanter. « Quand on traite une jeune fille pour des douleurs menstruelles, on la traite pour endométriose et on voit généralement que sa fertilité est dans la moyenne. Il n’y a pas de raison de penser que cela posera un problème par la suite. En revanche, une femme qui consulte pour infertilité bénéficiera d’un suivi plus particulier », précise le Pr Squifflet.

Hérédité et environnement

Les scientifiques ont observé sept fois plus de risques pour une femme de souffrir d’endométriose si sa mère en a souffert avant elle. Mais ils pensent aussi que les facteurs environnementaux, comme l’alimentation et les produits toxiques, pourraient bien avoir leur part de responsabilité. Enfin, des facteurs hormonaux sont également des causes possibles d’endométriose. « Ce qui est important, c’est de savoir "pourquoi" la patiente consulte, précise le gynécologue. Douleurs ou infertilité ? En cas de douleurs, tout traitement hormonal en continu (pilule ininterrompue, stérilet, implant…) agira sur le symptôme de manière efficace, mais, si cela permet de contrôler le symptôme, cela ne viendra pas à bout de la maladie. Chez les patientes plus jeunes, on se tourne donc plus rapidement vers la chirurgie. Aux plus âgées, qui n’ont plus de projet d’enfant, on proposera les traitements hormonaux précités, de manière à simplement soulager leurs douleurs. Avec le risque, lié à ce type de traitement en continu, de connaître de petits saignements inopinés. » Le traitement le plus radical pour venir à bout de l’endométriose est celui qui consiste à "ménopauser" la patiente qui ne souhaite plus avoir d’enfant, soit par une médication, soit par chirurgie. Mais cela augmente le risque de maladie cardiovasculaire et d’ostéoporose. Qui plus est, le fait d’enlever les ovaires d’une femme touche à une symbolique forte : celle de ne plus se sentir capable d’enfanter. Dans un contexte de fragilité, cela peut être difficile à vivre.

D’après Maurice Zolotw, l’un de ses biographes, Marilyn Monroe disposait sur la coiffeuse de sa loge pas moins de 14 boîtes d’analgésiques destinés pour la plupart à combattre les douleurs menstruelles.
D’après Maurice Zolotw, l’un de ses biographes, Marilyn Monroe disposait sur la coiffeuse de sa loge pas moins de 14 boîtes d’analgésiques destinés pour la plupart à combattre les douleurs menstruelles.

Bon à savoir…

* Les traitements ne résolvent pas tout : certaines lésions sont en connexion avec les nerfs, ce qui peut entraîner par la suite des douleurs pelviennes résiduelles.

* L’endométriose n’a rien à voir avec un cancer.

* Mal soignée, elle présente un risque de complications pouvant conduire à l’infertilité.

* La bonne nouvelle : le fait d’avoir eu des enfants diminue le risque de récidive d’endométriose.

* Il ne faudrait pas oublier que la grande majorité des femmes qui ont mal lors de leurs règles ne souffrent pas pour autant d’endométriose.

 
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