Persépolis, 12 octobre 1971 : l’extraordinaire festin du shah d’Iran 

Isopix.
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Les manuels scolaires à Téhéran en font mention encore aujourd’hui, mais en des termes moins complaisants. Car la Révolution islamique est passée par là. Il est loin, le régime de l’empereur Pahlavi qui s’était autoproclamé, posant ensuite une couronne sur la tête de son épouse. Loin aussi l’époque où ce souverain tout-puissant entendait asseoir davantage encore son prestige en faisant rayonner son état à l’échelle planétaire. Nous sommes à l’aube des années 60 lorsque naît l’idée d’une célébration des 2.500 ans de la monarchie perse. La référence est celle de la mort du fondateur, Cyrus II Le Grand, en -530. Ce qui met les festivités en… 1971.

Il faut faire vite, car les infrastructures hôtelières manquent cruellement. Un comité de planification, sous la houlette de l’impératrice Farah, se met en place, avec le projet d’une ville de tentes au cœur du site archéologique de Persépolis. « Surréaliste et impossible », estime le shah. Et pourtant, le temps avançant, c’est la solution trouvée. Problème : Persépolis, son climat désertique infesté de serpents et de scorpions, se prête mal à des célébrations de grande ampleur. L’Iran se tourne vers la France et mandate l’entreprise de décoration parisienne Jansen pour développer cette ville, faite d’une soixantaine de tentes pour les invités ainsi qu’une gigantesque tente-palais de réception. Un projet pharaonique, digne d’un James Bond qui, au final, coûtera la bagatelle de… 300 millions de dollars !

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Alka Seltzer et tranquillisants

Les autorités font couler des kilomètres de bitume pour relier Persépolis à la capitale, Téhéran, afin d’acheminer les convives. Les jardiniers français recomposent un immense parc arboré, en plein désert. On fait venir... 50.000 oiseaux. Mais en trois jours, avec un mercure à 32 degrés le jour et zéro la nuit, aucun ne survit. On achemine de Paris tout le personnel de chez Maxim’s, qui ferme ses portes durant quinze jours ! 18 tonnes de nourriture, 12.000 bouteilles de whisky et 25.000 flacons des meilleurs vins français arrivent trois jours avant les agapes, stockés dans une tente frigo dernier cri. Le défilé des têtes couronnées est sans précédent : 69 chefs d’État, dont l’empereur d’Éthiopie Hailé Selassié, accompagné de son chien Cheecheebee et son collier en diamants, le roi Frederik 9 de Danemark, Rainier et Grace, Baudouin et Fabiola, le prince Philip d’Edimbourg, aux côtés de Tito et Ceaucescu, pas peu fiers de parader dans cet antre du diable anticommuniste !

Pour chaque couple, un pavillon individuel, avec deux chambres, un salon, une pièce pour la valetaille et une cuisine. Cadeau personnel du shah : une tapisserie à l’effigie de chaque souverain, au-dessus du lit. Et dans la table de nuit : un Alka Seltzer et… un Tampax ! On n’est jamais trop prudent. En cuisine, c’est la panique : le personnel travaille en short et torse nu tellement il fait chaud. Le chef du Maxim’s leur commande même des tranquillisants ! Mais au final, le festin servi est incroyable : œufs de caille farcis au caviar de la Caspienne, selle d’agneau rôtie aux truffes, paons farcis au foie gras, le tout arrosé de Lafitte Rothschild 1945 et champagne Moët et Chandon 1911. Au total, la fête de Persépolis va durer cinq jours, avec une parade militaire reproduisant les grands faits de guerre de la dynastie Achéménide, discours et feu d’artifice. Seul le café fut un vrai problème : une seule machine sur place, capable de ne faire que deux tasses à la fois ! Aujourd’hui ne reste du camp qu’une ville d’ossatures métalliques. Les tentes devaient être récupérées par le Club Med, mais le vent salé est passé par là et a tout ravagé. Ultimes traces de ce qui fut le plus beau coup d’éclat, à la face du monde, du dernier “roi des rois” de l’empire perse.

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Signé Stéphane Bern