La fille de Claude François: «Je veux raconter toute la vérité!»

Mathieu Golinvaux
Mathieu Golinvaux

En 1997, la presse française dévoile l’existence de Julie Bocquet, une Belge née d’une brève histoire d’amour entre Claude François et l’une de ses jeunes fans flamandes. Plus de vingt ans plus tard, la fille cachée de l’interprète de « Comme d’habitude » raconte son histoire émouvante dans « Regarde dans le miroir – L’histoire de la fille de Claude François » (éd. Luc Pire). Julie, qui habite à Bruges, revient sur son adolescence semée de questions existentielles mais aussi sur sa rencontre avec sa mère biologique lorsqu’elle a 17 ans, Fabienne. Un ouvrage émouvant qui a permis à Julie de retracer son histoire.

Pourquoi avez-vous choisi de sortir du silence en écrivant ce livre ?

Ce livre était thérapeutique mais, surtout, je voulais pour une fois raconter toute la vérité. J’ai aussi voulu expliquer aux gens ce que c’était d’être une enfant adoptée, le sentiment que cela procure.

Quelle relation entretenez-vous aujourd’hui avec votre mère adoptive ?

Quand je parle de ma « vraie maman », je parle de Fabienne, ma mère biologique. Mais je considère ma mère adoptive autant que Fabienne comme ma « mère ». D’ailleurs, nous nous voyons très souvent, finalement comme une mère avec sa fille !

Et avec Fabienne, votre maman biologique ?

C’est un petit peu plus complexe. Il y a déjà la distance qui nous sépare, elle habite dans le sud de la France. Et puis, elle a aussi vécu un traumatisme, comme moi, et elle l’a géré d’une façon différente. Parfois, j’ai le sentiment qu’elle est difficile d’accès. Elle se renferme sur elle-même.

Comment a-t-elle réagi à la sortie de votre livre ?

Pas très bien… Elle n’aime pas que son histoire avec Claude soit ainsi exposée à tous. C’était son histoire, cela lui appartenait. Personne ne peut toucher à cette histoire entre eux deux, même pas moi. Pour elle, c’est encore une relation sacrée.

C’est à Bruges que Julie Bocquet a trouvé la sérénité, bien loin des tourments de son enfance. Mathieu Golinvaux.
C’est à Bruges que Julie Bocquet a trouvé la sérénité, bien loin des tourments de son enfance. Mathieu Golinvaux. - Photos : Mathieu Golinvaux

Votre mère adoptive et Fabienne sont-elles toujours en relation ?

Oui, cela leur arrive de se téléphoner. En général, ce sont des inquiétudes de mamans. Quand elles ne savent pas comment réagir par rapport à moi, elles s’appellent. Je suis le lien entre elles deux.

Et vos parents adoptifs ?

Je craignais leur réaction. Ils viennent de le lire. Finalement, ils ont accepté ma démarche. C’est un gros soulagement pour moi. Ils m’ont dit que grâce à cet ouvrage, ils comprenaient enfin certaines des réactions que j’ai pu avoir dans mon enfance et mon adolescence. Ce texte a presque été un cadeau pour eux, pour mieux me connaître et comprendre mon cheminement.

Par ce livre, espérez-vous enfin avoir des contacts avec vos demi-frères ?

Je n’espère plus rien d’eux. Il est possible qu’un des deux le lise et veuille finalement apprendre à me connaître, mais, franchement, je n’ai plus d’espoir de ce côté-là.

Comment le vivez-vous ?

Cela fait déjà vingt ans qu’ils sont au courant de mon existence. J’ai appris à vivre avec cela. Je pense qu’ils ont une certaine crainte au niveau financier. Et puis ils considèrent que ce n’est pas de leur responsabilité. Il s’agit d’un « acte » de leur père, et ils ont raison sur ce point. Ils ont dit qu’ils ne désiraient pas subitement commencer à fêter tous les Noël avec moi. Ce que je comprends, ils ont fait leur vie sans moi, j’ai fait ma vie sans eux. Mais tout le monde n’est pas pareil. Peut-être que moi j’éprouve le besoin de les rencontrer, même si ce n’est pas réciproque…

Ils craignent que vous réclamiez une partie des avoirs de votre père ?

Je suppose mais pourtant je ne suis pas du tout dans cette démarche. Je suis héritière de mes parents adoptifs. Mais cette peur doit exister chez eux.

Pensez-vous que votre père, Claude François, ait eu vent de votre existence ?

Il y a une personne qui m’affirme qu’il le savait, le guitariste Slim Pezin. Mais je n’ai pas eu d’autres échos. Ma mère biologique m’a dit qu’elle n’avait pas réussi à l’informer de sa grossesse.

Pourriez-vous vous-même adopter un enfant ?

Non, parce que je connais le parcours difficile d’une adoption. Ayant été moi-même adoptée, je voulais absolument avoir des enfants biologiques. Peut-être que si je n’avais pas su avoir des enfants, je l’aurais envisagé. Mais difficilement.

Mathieu Golinvaux
Mathieu Golinvaux

Avez-vous été confrontée à votre grand-père biologique qui a contraint votre mère à vous abandonner ?

Je l’ai vu quelquefois dans ma vie. Il ne s’est jamais expliqué car ce n’est pas le genre d’homme qui exprimait facilement ses émotions. Mais il me semble avoir remarqué quelquefois des larmes dans ses yeux. Je crois qu’il a eu des regrets mais nous n’avons jamais eu l’occasion d’en parler.

Comprenez-vous son geste ? Votre mère était très jeune, elle avait 14 ans, quand elle est tombée enceinte…

Il faut remettre l’histoire dans son contexte, c’était il y a 40 ans. Mais je pense qu’en tant que maman, je ne pourrais pas faire cela à ma fille, je ne pourrais jamais lui enlever son enfant.

Quelle relation entretenez-vous avec vos filles, Marie et Amélie ? Compensez-vous ce que vous n’avez pas eu vous-même ?

Oui, je pense, je les gâte beaucoup trop ! J’ai parfois des difficultés à leur mettre des limites, j’ai cette peur de les perdre. Toute maman a cette crainte de perdre ses enfants mais je pense que cette peur est encore plus développée chez moi.

Connaissent-elles votre histoire ?

Oui, je ne leur ai jamais rien caché. Pour elles, cette histoire est presque banale car elles en entendent parler depuis leur enfance.

Fabienne vous a très vite cherchée. Lorsque vous aviez 4 ans, elle est venue chez vous. Vos parents adoptifs ont refusé que vous la voyiez. Comprenez-vous cette décision ?

Je pense qu’ils avaient peur tout simplement de perdre leur enfant, car à leurs yeux, j’étais leur enfant. Je comprends cette crainte. Mais d’un autre côté, avec le recul, je pense qu’ils agiraient autrement. Ils ont très longtemps vécu avec l’idée qu’elle m’avait abandonnée. Pas qu’elle avait été contrainte de le faire.

Vos parents n’aimaient pas parler de votre adoption…

Non, c’était même un sujet tabou. À part leur entourage très proche, personne ne savait que j’étais adoptée. À l’école, tout le monde pensait que j’étais leur fille naturelle. Ils m’ont adoptée quand j’avais deux mois.

Depuis que votre filiation est connue, vous dit-on que vous ressemblez à votre père ?

Oui, souvent. Mais on me dit également que je ressemble à ma maman !

Quelle image avez-vous de votre père ? Regardez-vous des vidéos ? Comment cultivez-vous ce lien au père que vous n’avez jamais connu ?

C’est délicat à dire mais je ne suis pas très fan de l’artiste en lui-même ! Les paillettes et sa musique, ce n’est pas trop mon truc. Mais bon, c’était aussi une autre époque. Moi j’ai toujours voulu chercher l’homme qui se cachait derrière l’artiste. On l’apprend à travers sa musique, à travers certains textes ou à travers des gens qui l’ont connu. Il y a des personnes de son entourage qui me décrivent quel homme il était. Je vois ses deux côtés, son côté exigeant mais aussi son côté sensible. Je pense qu’émotionnellement, je ressemble plus à mon père qu’à ma mère.

Comment réagissent les fans de votre père ?

Certains sont très gentils. Mais quelques-unes me font parfois peur. Elles sont contre moi, elles me détestent. On ne peut pas toucher à l’image de Claude François, c’est comme si je faisais intrusion dans « leur » monde. C’est peut-être une sorte de jalousie. C’est très particulier. Sinon, j’ai également eu des demandes étonnantes. Deux personnes m’ont demandé une mèche de cheveux. Ils voulaient que je me coupe les cheveux pour qu’ils puissent les prendre avec eux dans leur cercueil, ils voulaient être enterrés avec une partie de Claude François !

Dans votre livre, vous confiez la difficulté que vous avez à garder un homme dans votre vie…

Je pense que c’est une des conséquences de mon enfance. J’ai soit la peur de me lier avec quelqu’un et une fois que je suis attachée à lui, j’ai toujours une angoisse qu’il m’abandonne. Il y a toujours quelque chose qui rend la relation difficile.

Où en êtes-vous amoureusement ?

Je suis en couple depuis trois ans mais cela n’a pas toujours été une relation facile. C’est une des raisons pour laquelle j’ai aussi voulu écrire mon livre, je voulais sortir de l’ombre. Mon compagnon était marié et il a beaucoup hésité avant de quitter sa femme. Il a finalement choisi de faire sa vie avec moi. Nous essayons de construire quelque chose.

Êtes-vous heureuse ?

Oui, avec lui, oui. Mais il y a toujours cette peur de l’abandon. J’espère profondément qu’un jour je serai libérée de cette angoisse.

Julie Bocquet, «
Regarde dans le miroir - L’histoire de la fille de Claude François
», 
éd. Luc Pire, 160 p., 
17 euros.
Julie Bocquet, « Regarde dans le miroir - L’histoire de la fille de Claude François », éd. Luc Pire, 160 p., 17 euros. - DR

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern