«Gilets jaunes»: une grogne citoyenne sans précédent
La contestation menée en France contre la hausse des carburants a contaminé la Belgique. Les actions ont perduré durant plusieurs jours. Avec de sérieux débordements. Et un échec au final.
Avant que le mouvement ne soit altéré par de sérieuses violences, le succès de foule des manifestants était incontestable. Jusqu’à un million de manifestants selon les organisateurs, près de 300.000 selon le ministère français de l’Intérieur : les chiffres divergaient mais la mobilisation des « gilets jaunes » était incontestable la semaine dernière.

Cette grogne citoyenne est sans précédent, car elle s’est organisée sans leader et sans organisation autre que celle née spontanément sur les réseaux sociaux. Une première, qui remet en question tous les processus habituels de mobilisation, autour des syndicats, des associations professionnelles ou des partis politiques en particulier. Partout en France, des opérations ont été menées pour bloquer des dépôts de carburant, des routes, voire des autoroutes. Les manifestants portaient des gilets jaunes de sécurité, le signe de ralliement. Un signe que des automobilistes arboraient aussi sur le tableau de bord des voitures.
Philippe persiste
Si le mouvement a été bien suivi, il n’a cependant débouché sur aucune avancée, sur aucun résultat concret concernant le prix des carburants. Au journal télévisé de France 2, le Premier ministre français Édouard Philippe a maintenu le cap de son gouvernement et justifié la hausse du diesel pour des raisons environnementales : « La trajectoire carbone que nous avons fixée, nous allons la tenir, pas pour le plaisir d’ennuyer les Français, pour utiliser un terme poli. Nous voulons que la fiscalité pèse plus sur le carbone que sur le travail. »

Un mort et 400 blessés
Le blocage du réseau routier a provoqué beaucoup de mécontentement chez les automobilistes. Et des réactions violentes de part et d’autre, qui ont complètement terni le mouvement. Mercredi, un bilan faisait état en France de deux morts et de 552 autres blessées en quatre jours de mobilisation. Parmi les blessés, 95 policiers ou gendarmes. Au total, les autorités ont procédé à 582 interpellations et 450 gardes à vue.
Une manifestante de 63 ans a été tuée lors d’une action à Pont-de-Beauvoisin (Savoie). Une automobiliste avait été arrêtée à bord de son 4x4 par des « gilets jaunes » alors qu’elle emmenait sa fille chez le médecin. « Des personnes ont tapé sur sa voiture ; elle a paniqué et accéléré », a expliqué le préfet de Savoie. La conductrice a été arrêtée et inculpée.
Mardi, un deuxième tué a été enregistré. Un motard, qui avait percuté une camionnette à l'approche d'un barrage dans la Drôme lundi matin, est décédé mardi après-midi.
Dépôts bloqués en Wallonie

En Belgique, le mouvement a fait tache d’huile dès le vendredi 16 novembre. Les gilets jaunes belges, qui protestent aussi contre l’augmentation du prix des carburants à la pompe, étaient uniquement actifs en Wallonie. Des actions ont été menées à Tournai, par exemple. Plusieurs dépôts de carburant ont également été bloqués, comme à Wierde (province de Namur), Feluy (province de Hainaut), Wandre et Sclessin (province de Liège). C’est à Feluy que les incidents ont été les plus sérieux. L'autoroute E19 a été bloquée dans les deux sens par des manifestants, et des arbres abattus. Un camion citerne a été incendié. Des casseurs se sont introduits parmi les protestataires de base, qui ont préféré rentrer chez eux devant la tournure des événements. De nouvelles violences ont éclaté mercredi soir, entraînant une intervention de la police, qui a procédé à une quarantaine d’interpellations.

Un mouvement sans précédent donc, mais qui, faute d’organisation et de relais vers les vrais décideurs, a manqué sa cible, tournant au final vers un lamentable étalage de violences.









