Game of Thrones : la ville de Dubrovnik en a marre d’être le lieu de tournage de Port-Réal (photos)

« Game of Thrones » l’enrichit, mais Dubrovnik la Croate se fatigue parfois d’être Port-Réal: déjà submergée par les croisiéristes, la « perle de l’Adriatique » voit déferler les aficionados de la série venus visiter les sites de tournage.

Depuis la saison 2, diffusée en 2012, HBO a transformé l’ancienne cité-Etat commerçante de Raguse, en capitale du royaume des Sept Couronnes, Port-Réal. Une partie de l’ultime saison, qui sort le 14 avril, a été tournée dans la ville.

Chaque jour, des touristes rejouent une des scènes de la série, la « Marche de la honte ». Dans la scène, la reine Cersei avance nue, au son d’une cloche, sous les insultes, les crachats et les immondices jetées par la foule vociférante.

Assis à la terrasse de sa pizzeria au pied des marches, Niko Grljevic ne les remarque plus. « Je ne vais pas cracher dans la soupe... », dit-il. Le bar voisin de son restaurant a ajouté à sa carte un « mojito of shame ». Enfant de la vieille ville, Niko Grljevic souhaiterait toutefois que quand la saison estivale battra son plein, les touristes les plus audacieux (ou les plus ivres) s’abstiennent de se dénuder et de crier « Shame! Shame! » ( »Honte !Honte ! ») dès l’aube au son des cloches.

Entre bénédiction et malédiction

Même s’il n’y a plus grand monde à réveiller dans la vieille ville: de 5.000 au début des années 1990, le nombre de résidents est passé officiellement à 1.500. « En vrai, on est 700 », dit Niko Grljevic. Les autres louent leurs logements à prix d’or, en font des restaurants, les vendent à des étrangers jusqu’à 10.000 euros le m2. Et partent, lassés de « devoir pousser les gens pour sortir puis rentrer chez eux » l’été, dit Ivan Vukovic, 38 ans.

« Game of Thrones nous a apporté tellement » mais désormais, « nous ne savons plus quoi faire de tous ces gens », explique ce guide professionnel depuis 2002. La série « peut être une bénédiction », elle « peut être une malédiction », prévient-il, redoutant que la deuxième l’emporte « avec tous ces gens qui essaient de passer par ces petites portes ».

Lui non plus ne crache pas dans la soupe. « Merci pour ça Malte! », lâche-t-il en racontant que Dubrovnik a été choisie en raison d’un différend entre HBO et les autorités maltaises qui avaient accueilli la série inaugurale.

Dubrovnik est saturée

L’office de tourisme dit ne pas être en mesure de quantifier l’impact de la série. Selon une étude de l’Institut d’économie, basé à Zagreb, entre 2012 et 2015, elle a attiré dans la ville 244.000 touristes supplémentaires qui ont dépensé 126 millions d’euros. Le phénomène s’est depuis accéléré, selon Ivan Vukovic, qui estime à 15 à 20% l’augmentation du tourisme imputable à «Game of Thrones».

Or Dubrovnik est saturée, avec près d’1,3 million de touristes en 2018, une hausse de 8%, au point que la mairie essaie de réguler l’afflux l’été.

« Même les pigeons (...) n’ont plus de place », dit Gordan Prislic, retraité de 70 ans, qui anime une émission radio et résume la schizophrénie locale: « J’ai peur que le tourisme ne détruise notre vieille ville dans laquelle tout le monde vit bien et gagne bien sa vie... »

Ivan Vukovic entame ses déambulations en incitant à boire l’eau de la fontaine médiévale: « C’est la seule chose gratuite ici », ironise-t-il.

A quelques mètres, une boutique propose un décapsuleur «Game of Thrones» à 40 euros, des T-shirts à 34, des verres-calices à 80, une chope de bière à 100... Dans une autre, les visiteurs peuvent se photographier sur une réplique du trône pour 4,5 euros. Pour ceux qui achètent, c’est gratuit, précise la commerçante.

 
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Signé Stéphane Bern
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