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Dick Rivers: «Ne pleure pas, je dois partir» (vidéos)

Victime d’un cancer, le rockeur-crooner est mort le jour de ses 74 ans. En 55 ans de carrière, il a sorti de nombreux tubes, mais jamais il n’a pu atteindre l’inaccessible étoile…

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Journaliste Temps de lecture: 6 min

Américain jusqu’au bout des mèches qui constituaient sa légendaire banane noire de jais, Dick Rivers est décédé à l’Hôpital américain de Paris. Atteint d’un cancer, le chanteur français s’est éteint le jour de son anniversaire. Hélas, lui qui était un grand amateur de la vie, des bonnes bouffes en famille et du bon vin, il n’aura pas pu fêter ses 74 ans. Dick est curieusement décédé également jour pour jour (ou presque) 58 ans après la sortie de son premier album avec les Chats Sauvages : « Le Jour J » ! L’an dernier, le rockeur avait été très affecté par la disparition de sa deuxième femme, Monique, « Mouche » comme il la surnommait, qui était d’origine belge et dont il était resté très proche. Il laisse, lui-même, une veuve, Babette, sa troisième épouse, sa compagne des bons comme des mauvais jours pendant plus de 30 ans, mais aussi un fils, une fille adoptive et des petits-enfants.

Production
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Dick Rivers, c’est toute une époque, celle des yéyés, quand, comme Johnny et Eddy Mitchell, il s’amourache pour le rock, grâce à la garnison américaine voisine, qui est installée jusqu’en 1966 dans la rade de Villefranche. Il se rêve aussi cow-boy dans les grandes étendues désertiques des États-Unis. Ce rêve américain, il le découvre au cinéma de son quartier. Non pas à Paris, comme ses deux grands frères rockeurs, mais à Nice. Car Dick est un provincial.

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Né le 24 avril 1945, à quelque jour de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans cette « Baie des Anges » qu’il chantera si admirablement plus tard, le petit Hervé Forneri est le fils d’un boucher. Mais il ne se destine pas à débiter des côtelettes. Son avenir, il le voit plutôt dans la musique et sur scène, comme ses idoles. « Dans les groupes, je préférais les Stones, car c’était plus américain. Moi, je suis vraiment né musicalement à la fin des années 1950. Je suis né avec Elvis, Elvis, encore Elvis, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Little Richard, Eddie Cochran. Voilà mes racines, c’est ça, c’est les mêmes que Johnny, les mêmes qu’Eddy. C’est les vraies racines du rock’n’roll », confiait-il il y a un mois à peine à André Manoukian dans l’émission « La vie secrète des chansons » diffusée le 22 mars sur France 3.

TF1
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L’Elvis des kermesses locales

C’est surtout Elvis qui influence le jeune Hervé. Elvis Presley qu’il découvre dans un film en particulier, « Loving you » (traduit par « Amour frénétique » en français). Comme le jeune Jean-Philippe Smet à Paris, Hervé le Niçois y est subjugué par le jeune Américain à la voix « rough », la mèche rebelle et au déhanché spectaculaire. Il dira : « J’ai trouvé Dieu ! »

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Alors, c’est décidé, Hervé va faire tout comme lui ! Et pour commencer, il va emprunter le nom du rôle-titre qu’Elvis interprète dans ce film, un certain Deke Rivers. C’est sous le pseudo de « Dick Rivers » qu’il monte un groupe avec quelques copains pour faire la tournée des bals et des kermesses. En 1961, son premier tube, « Ma p’tite amie est vache », marque les esprits. Très vite, « Les Chats Sauvages » sont diffusés à la radio et font parler d’eux à l’échelon national. Ils deviennent même une concurrence pour les Chaussettes Noires d’Eddy Mitchell, groupe fondé deux ans plus tôt. « Hey Pony !, Est-ce que tu le sais ? » (une adaptation de « What’d I Say », de Ray Charles), « C’est pas Sérieux » (adapté d’un titre de Cliff Richard et The Shadows) et « Twist à Saint-Tropez » passent en boucle sur les ondes. Après une trentaine de chansons et à peine treize mois de carrière, Dick Rivers se dit que le temps est venu de quitter son groupe pour tenter une carrière solo.

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Une carrière qu’il va poursuivre pendant 55 ans et avec quelque 33 albums studio, trois albums live et cinq millions d’exemplaires vendus au total ! Avec quelques bijoux parmi ses nombreuses chansons, comme « Tu n’es plus là », l’adaptation française de « Blue Bayou » de Roy Orbison. Mais aussi des chansons écrites par Alain Bashung, « Marilou », « Rock’n’roll Star » et surtout « Maman n’aime pas ma musique » qui devient disque d’or en 1974. Quelques succès rythment encore la carrière en perte de vitesse de Dick dans les années 1980 : « Cinderella », « Les yeux d’une femme » ou « Nice baie des Anges ». Mais aussi plus tard le très gospel « Ainsi soit-elle ». Dick a toujours incarné une certaine authenticité musicale… et ce fut son grand problème. Dick, c’est un puriste. Pas prêt à faire des concessions pour devenir un chanteur de variétoche à succès. C’est peut-être ce qui l’a empêché de figurer au firmament des stars, comme le furent Johnny, Eddy ou encore Jacques Dutronc.

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Traversée du désert

Dick Rivers a connu plus d’une traversée du désert, dont il revenait au cours des décennies avec quelque perle musicale, interprétée de sa voix chaude au vibrato langoureux. Mais aussi sa mèche, ses cols « pelles à tarte », ses bottes de cow-boy et sa ceinture à boucle d’argent. Dick, c’était un look… bien à lui. D’aucuns le considéraient ringard, nous le définirions plutôt comme savoureusement fifties… Même s’il n’en était pas amer, il a toujours regretté que les animateurs stars ne l’invitent pas plus dans leurs émissions. Ce qui aurait pu doper les ventes d’albums intéressants. Mais s’il était boudé par la télé, Dick Rivers conservait un véritable public de fans, parmi lesquels des artistes. « Il était le rock personnifié. Il avait tous les fondamentaux du Elvis sans cesse renouvelé. C’était un type extrêmement authentique, déterminé dans sa démarche, qui n’a jamais dévié et qui est un peu l’image de la droiture », confiait Francis Cabrel ce 24 avril sur les ondes de RTL. Francis Cabrel, Dick Rivers le considérait comme son plus vieil ami dans le métier. Ils avaient fait une tournée ensemble en 1990.

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En 1969, Dick Rivers avait réalisé un vieux rêve : rencontrer son idole Elvis Presley après un concert à Las Vegas. Il a eu l’occasion de s’entretenir quelques minutes avec lui. En janvier 1997, ses fans à lui auront été comblés. Après un concert à Disneyland Paris pour fêter ses 50 ans, il s’est produit pour une performance unique à l’Olympia à la date anniversaire de la naissance d’Elvis Presley. L’un des bassistes d’Eric Clapton et Mick Taylor, ex-Rolling Stones, l’accompagnaient pour l’occasion au cours de cette soirée très rock’n’roll. Tiens, au fait, cette petite anecdote : Dick Rivers connaissait très bien le génial réalisateur américain George Lucas. Il fut même son invité personnel lors du Festival de Cannes en 2005 à l’occasion de la sortie mondiale du film « Star Wars III : la revanche des Sith ». Et pour cause : Natala, la fille adoptive de Dick, a vécu pendant trois ans avec le réalisateur/créateur de Luke Skywalker !

Belgaimage
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Quittons-nous en guise d’hommage avec ces quelques paroles, issues de son tube sorti en 1965 : « Ne pleure pas » « Pour toi et moi, tout va finir / cache ta peine, ne pleure pas. / Demain tu sais je dois partir / mais devant moi, je t’en supplie, ne pleure pas. »

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