Avec «Jesus is King», Kanye West ressuscite le «gospel rap»

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Le rappeur de Chicago a sorti vendredi son très attendu « Jesus is King », un album de 11 morceaux, accompagné d’un documentaire éponyme de 35 minutes. Pendant un an, Kanye West a parcouru les États-Unis et multiplié les performances dans des services religieux lancinants, captés sur le compte Instagram de sa femme. « Jesus is King » dresse le portrait de cet homme, sauvé par la religion. Le style du « Ye » d’autrefois est reconnaissable entre mille, mêmes rimes riches, rythme accrocheur et samples percutants, mais jamais il n’avait teinté son rap d’autant de ces chants religieux.

« Utilise ce gospel comme protection / Le chemin est long vers le ciel  », chante-t-il dans « Use This Gospel », dixième titre de l’album, accompagné du saxophoniste Kenny G. Cet album souligne aussi la relation complexe entre le rap et le gospel, deux styles en apparence contradictoires, mais enracinés dans la même culture afro-américaine. « Beaucoup de gens perçoivent le hip-hop comme étant fondamentalement opposé à la tradition religieuse, comme l’on opposerait le profane et le sacré  », analyse pour l’AFP Josef Sorett, professeur à l’université de Columbia.

Rap et chants religieux ont déjà cohabité, sous le nom de « gospel rap ». Le genre est apparu dans les années 1980, peu de temps après le hip-hop, mais a peiné à se frayer un chemin, peu soutenu par l’industrie et écrasé par un « gangsta rap » de plus en plus prédominant. Kanye West avait déjà tenté de raviver ce savoureux mélange des genres. Il chantait en 2004 son amour pour la religion dans « Jesus Walks », et avait dans cette quête été épaulé par un autre artiste de Chicago, Chance the Rapper, et son « Coloring book » (2016). Mais avec son neuvième album, le « gospel rap » semble comme ressuscité.

Sweatshirts à 200 dollars

La religion que Kanye West épouse est « à l’image d’une génération qui est moins attachée aux institutions, mais plus à une notion de spiritualité individuelle », note M. Sorett. Cette vocation a fait l’objet de plusieurs critiques, certains n’y voyant pas plus qu’un coup de com’ et l’occasion de vendre des sweatshirts à 200 dollars lors de ses concerts dominicaux. Mais pour d’autres observateurs, la poussée de foi dont témoigne l’artiste serait profondément liée à ses tumultes récents, de ses échauffourées avec les tabloïds à son initiation à la politique, en passant par son combat personnel contre la bipolarité, dont il a annoncé souffrir.

Dans une interview fleuve donnée jeudi à Apple Music, Kanye West a annoncé qu’un dixième album inspiré de ces messes du dimanche pourrait tomber à Noël. Mais gare aux fans qui se précipiteraient dans les magasins. L’artiste est connu pour multiplier les retards dans ses sorties d’albums. « Plus je suis au service de Dieu, plus je me vide la tête et je laisse Dieu conduire et m’utiliser comme il l’entend  », a justifié Kanye West dans l’interview.

Accro au sexe

Le rappeur, volontiers provocateur, a également donné une explication à sa décision de soutenir Donald Trump : « Pour le plus grand artiste de l’histoire, mettre un chapeau rouge était une plaisanterie de Dieu envers tous les gens de gauche afin qu’ils se disent ‘Non ! Pas Kanye !’». Il a également assuré qu’il serait un jour à la Maison Blanche. « Il viendra un temps où je serai le président des États-Unis, et je me souviendrai de tout fondateur qui n’aura pas été capable de comprendre culturellement ce que nous faisions », a-t-il dit.

Kanye West a par ailleurs déclaré qu’il avait demandé à ceux qui ont collaboré à son neuvième album de studio de s’abstenir de relations sexuelles hors mariage. Il a confié avoir souffert autrefois d’une addiction à la pornographie et au sexe dont il s’est depuis débarrassé. « Certains se noient dans les drogues, et moi je me suis noyé dans mon addiction : le sexe », a-t-il dit. Le mari de Kim Kardashian a expliqué qu’il avait découvert la pornographie très jeune et qu’il avait développé une addiction au sexe après la mort de sa mère en 2007.

 
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