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L’asexualité rejette la sexualité: une réalité pour 1% de la population

Une personne sur 100 ne ressent aucun intérêt pour les relations intimes. Et c’est plus qu’une bizarrerie.

Journaliste Temps de lecture: 4 min

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Bob l’éponge serait asexuel ! Quand il fut accusé d’être homo par les… évangélistes américains, le petit personnage vivant au fond des mers dans un ananas fut qualifié d’« asexuel » par son créateur, le biologiste Stephen Hillenburg. Trêve de plaisanteries : l’asexualité, c’est-à-dire l’absence d’intérêt pour les relations sexuelles, est une réalité que ne vit pas moins d’une personne sur cent si l’on en croit les différentes études menées sur le sujet. Et selon l’AVA, l’Association pour la Visibilité Asexuelle, pas moins de 86 % des asexuels seraient des jeunes de moins de 30 ans. Côté genre, la gent féminine serait bien plus nombreuse que la masculine puisque 57 % des asexuels seraient des femmes, 12 % des hommes, les 31 % restant ne s’inscrivant pas dans la binarité hommes-femmes.

Même si certains spécialistes le contestent, l’asexualité est aujourd’hui reconnue comme une orientation sexuelle parmi d’autres. Les préférences sexuelles sont en effet multiples et pas seulement hétéros ! On peut être attiré par des personnes de l’autre sexe – on parle alors d’orientation hétérosexuelle – ou du même sexe – il s’agit d’une orientation homosexuelle. Mais on peut aussi changer ses attirances et être à un moment de sa vie attiré par les hommes puis par les femmes. On parle alors de « préférence fluide ». Ou être attiré par les deux sexes ; il s’agit de la « bisexualité ». Ou être séduit par une personne quel que soit son sexe ; on parle alors de « pansexualité ». Ou refuser toutes les catégories et classifications, qu’elles concernent l’identité ou l’orientation ; il s’agit des « queers ». On peut enfin ne pas ressentir la moindre attirance sexuelle : il s’agit de l’« asexualité ».

Une orientation sexuelle parmi d’autres

C’est à la fin des années 70 que cette dernière préférence sexuelle a été mise en évidence. En 1977, Myra Johnson, thérapeute à l’hôpital de Houston (Texas), écrivait l’un des premiers articles universitaires sur le sujet : « Femmes asexuées et autoérotiques : deux groupes invisibles ». Elle y évoquait d’une part les femmes qui n’éprouvaient aucun désir sexuel et, d’autre part, celles qui refusaient le rapport mais pratiquaient la masturbation. L’auteure se concentrait principalement sur la façon dont la culture occidentale voyait ces femmes asexuées et comment elles étaient indirectement opprimées.

Des décennies plus tard, les mentalités ont évolué. Il n’est plus question d’oppression, peut-être seulement d’incompréhension. Ce vécu de la sexualité intrigue dans une société qui voit le sexe comme le « ciment du couple », pour reprendre la formule du sociologue Georges Eid. Mais l’asexualité est acceptée aujourd’hui, portée sans nul doute par l’activisme des associations et communautés qui militent pour la non-discrimination des différences sexuelles.

Origine génétique ?

On ne citera que « The Official Asexual Society », fondée en 2000 par la Hollandaise Geraldin Levi Joosten-van Vilsteren, et le réseau « AVEN », « Asexual Visibility and Education Network », initié en 2001 par l’Américain David Jay. Depuis les années 2000, les asexuels ont en effet leurs communautés, forums de discussions et leur sigle : un anneau noir porté sur le majeur de la main droite. Ils ont leur slogan, « L’asexualité : ce n’est plus seulement pour les amibes », qui s’imprime sur des tee-shirts. Ils sont intégrés dans des séries télé, sont les héros de romans, au centre de spectacles et de comédies.

Mais comment comprendre cette orientation sexuelle ? D’où vient-elle ? Les études menées sur le sujet estiment que les causes de l’asexualité sont nombreuses et différentes d’un individu à l’autre, allant du manque affectif subi durant l’enfance à une vision fusionnelle et romantique de l’amour, en passant par une éducation très rigide ou une expérience traumatisante comme un manque de développement de la génitalité.

Mais certains militants épinglent une origine génétique et insistent sur le fait que cette asexualité n’est ni un choix ni un manque ou la source de souffrances. Il est vrai qu’il ne faut pas confondre asexualité et abstinence. L’asexualité, c’est l’absence d’envie de relations sexuelles avec autrui, mais cela ne signifie en rien qu’on ne peut pas tomber amoureux ou être attiré par l’autre. Cette attirance peut être sentimentale, intellectuelle, sensuelle, esthétique… Les asexuels expliquent qu’ils peuvent être amoureux et désirer l’autre, mais ne pas avoir envie de relations sexuelles. Mais parce que rien n’est simple, ils précisent aussi que le plaisir érotique est possible puisque l’asexualité, c’est l’absence d’attirance sexuelle pour les autres, mais non l’absence de sexualité, et notamment de masturbation…

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