L’asexualité rejette la sexualité: une réalité pour 1% de la population

L’asexualité rejette la sexualité: une réalité pour 1% de la population
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Bob l’éponge serait asexuel ! Quand il fut accusé d’être homo par les… évangélistes américains, le petit personnage vivant au fond des mers dans un ananas fut qualifié d’« asexuel » par son créateur, le biologiste Stephen Hillenburg. Trêve de plaisanteries : l’asexualité, c’est-à-dire l’absence d’intérêt pour les relations sexuelles, est une réalité que ne vit pas moins d’une personne sur cent si l’on en croit les différentes études menées sur le sujet. Et selon l’AVA, l’Association pour la Visibilité Asexuelle, pas moins de 86 % des asexuels seraient des jeunes de moins de 30 ans. Côté genre, la gent féminine serait bien plus nombreuse que la masculine puisque 57 % des asexuels seraient des femmes, 12 % des hommes, les 31 % restant ne s’inscrivant pas dans la binarité hommes-femmes.

Même si certains spécialistes le contestent, l’asexualité est aujourd’hui reconnue comme une orientation sexuelle parmi d’autres. Les préférences sexuelles sont en effet multiples et pas seulement hétéros ! On peut être attiré par des personnes de l’autre sexe – on parle alors d’orientation hétérosexuelle – ou du même sexe – il s’agit d’une orientation homosexuelle. Mais on peut aussi changer ses attirances et être à un moment de sa vie attiré par les hommes puis par les femmes. On parle alors de « préférence fluide ». Ou être attiré par les deux sexes ; il s’agit de la « bisexualité ». Ou être séduit par une personne quel que soit son sexe ; on parle alors de « pansexualité ». Ou refuser toutes les catégories et classifications, qu’elles concernent l’identité ou l’orientation ; il s’agit des « queers ». On peut enfin ne pas ressentir la moindre attirance sexuelle : il s’agit de l’« asexualité ».

Une orientation sexuelle parmi d’autres

C’est à la fin des années 70 que cette dernière préférence sexuelle a été mise en évidence. En 1977, Myra Johnson, thérapeute à l’hôpital de Houston (Texas), écrivait l’un des premiers articles universitaires sur le sujet : « Femmes asexuées et autoérotiques : deux groupes invisibles ». Elle y évoquait d’une part les femmes qui n’éprouvaient aucun désir sexuel et, d’autre part, celles qui refusaient le rapport mais pratiquaient la masturbation. L’auteure se concentrait principalement sur la façon dont la culture occidentale voyait ces femmes asexuées et comment elles étaient indirectement opprimées.

Des décennies plus tard, les mentalités ont évolué. Il n’est plus question d’oppression, peut-être seulement d’incompréhension. Ce vécu de la sexualité intrigue dans une société qui voit le sexe comme le « ciment du couple », pour reprendre la formule du sociologue Georges Eid. Mais l’asexualité est acceptée aujourd’hui, portée sans nul doute par l’activisme des associations et communautés qui militent pour la non-discrimination des différences sexuelles.

Origine génétique ?

On ne citera que « The Official Asexual Society », fondée en 2000 par la Hollandaise Geraldin Levi Joosten-van Vilsteren, et le réseau « AVEN », « Asexual Visibility and Education Network », initié en 2001 par l’Américain David Jay. Depuis les années 2000, les asexuels ont en effet leurs communautés, forums de discussions et leur sigle : un anneau noir porté sur le majeur de la main droite. Ils ont leur slogan, « L’asexualité : ce n’est plus seulement pour les amibes », qui s’imprime sur des tee-shirts. Ils sont intégrés dans des séries télé, sont les héros de romans, au centre de spectacles et de comédies.

Mais comment comprendre cette orientation sexuelle ? D’où vient-elle ? Les études menées sur le sujet estiment que les causes de l’asexualité sont nombreuses et différentes d’un individu à l’autre, allant du manque affectif subi durant l’enfance à une vision fusionnelle et romantique de l’amour, en passant par une éducation très rigide ou une expérience traumatisante comme un manque de développement de la génitalité.

Mais certains militants épinglent une origine génétique et insistent sur le fait que cette asexualité n’est ni un choix ni un manque ou la source de souffrances. Il est vrai qu’il ne faut pas confondre asexualité et abstinence. L’asexualité, c’est l’absence d’envie de relations sexuelles avec autrui, mais cela ne signifie en rien qu’on ne peut pas tomber amoureux ou être attiré par l’autre. Cette attirance peut être sentimentale, intellectuelle, sensuelle, esthétique… Les asexuels expliquent qu’ils peuvent être amoureux et désirer l’autre, mais ne pas avoir envie de relations sexuelles. Mais parce que rien n’est simple, ils précisent aussi que le plaisir érotique est possible puisque l’asexualité, c’est l’absence d’attirance sexuelle pour les autres, mais non l’absence de sexualité, et notamment de masturbation…

«Des sextoys immenses? Ça me dégoûte!»

Par Joëlle Smets

Vous vous reconnaissez dans la définition de l’« asexuel », une personne ne désirant pas de relations sexuelles ?

C’est exact. Je n’ai aucun intérêt pour le sexe. J’ai eu un cancer de la prostate qui m’empêche de faire quoi que ce soit, mais avant les 59 ans que j’ai aujourd’hui, je n’éprouvais pas de désir sexuel. C’est d’ailleurs un reproche que m’ont fait mon épouse ainsi que les compagnes que j’ai eues. Je n’étais jamais proactif d’un rapport, jamais demandeur, je ne ressentais jamais l’envie de faire l’amour…

Vous avez été marié ?

Oui, je l’ai été à 25 ans et j’ai divorcé en 2011, mais je vivais le sexe comme un devoir, une obligation. J’ai eu deux filles. Je suis aujourd’hui grand-père.

Vous êtes en couple aujourd’hui ? Cette asexualité ne pose-t-elle pas de problème à votre compagne ?

Je suis en couple depuis trois ans et nous n’avons aucune sexualité sans que cela nous pose de problèmes. Nous sommes proches physiquement l’un de l’autre, nous éprouvons beaucoup de tendresse… Je m’endors avec elle dans les bras, nous sommes toujours main dans la main, nous apprécions des séances de massage aux huiles essentielles, mais je ne vis aucune sexualité avec ma compagne.

Vos proches le savent ?

Non, c’est notre vie privée.

Vous avez 59 ans aujourd’hui. Adolescent, vous n’aviez pas de désir ?

Très peu. J’étais le plus petit des garçons de mon groupe et j’ai toujours été repoussé par les filles. J’ai eu mon premier rapport à 22 ans et cela ne m’a pas dégoûté. J’ai trouvé la chose agréable mais pas très saine.

En matière de sexualité, quelle éducation avez-vous reçue ?

On ne m’a jamais parlé de sexualité et la seule chose dont je me souvienne, c’est la terrible colère de ma mère qui me surprend enfant en pleine séance de masturbation.

Que pensez-vous de la place qu’occupe la sexualité dans notre société ?

Après mon divorce, j’ai été pendant quelques années sur des sites de rencontre et j’ai constaté qu’ils étaient basés sur la sexualité. J’ai croisé beaucoup de femmes très libres qui retrouvaient une jeunesse sexuelle. Je ne comprends pas cette importance du sexe. Les gens ne se satisfont pas des petites choses de la vie. Il leur en faut toujours plus. Là, je reviens d’un week-end à Amsterdam où j’ai découvert des sextoys immenses. Toujours plus grands… mais que peut-on faire avec cela ? Cela me dégoûte !

Des jeunes béliers indifférents...

Par Joëlle Smets

Si l’origine de l’asexualité fait débat, peut-être son existence observée chez certains mammifères apporte-t-elle un éclairage intéressant. Dans les années 80, des études sur les rats et les gerbilles ont en effet montré que 12 % des mâles de la population observée se sont montrés désintéressés par les femelles. La décennie suivante, des travaux sur les moutons ont encore établi que près de 3 % des jeunes béliers enfermés dans un enclos étaient indifférents aux femelles comme aux mâles. Et leur désintérêt s’est perpétué dans le temps car, l’année suivante, quand ils ont été remis en contact avec leurs congénères, ils ne sont pas montrés plus attirés…

 
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