Francis Cabrel, «la revanche du rêveur»

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Le morceau « Te ressembler » pose ainsi les mots qu’il n’a pas su dire à son père, disparu. « Oui, on ne s’est pas dit ‘je t’aime’. Et j’ai eu du mal à le dire à mes enfants, ce n’était pas naturel, mais je l’ai dit depuis et eux le disent à leurs enfants, ça s’est apaisé tout ça », confie le chanteur. Qui explore ici une veine autobiographique rare dans sa discographie. Comme quand il s’adresse à son père : « T’as jamais eu mon âge/T’as travaillé trop dur pour ça/Toutes les heures du jour à l’usine (…) Le soir deux jardins à la fois/Et tout ça, pour que tes enfants mangent  ».

« Je n’avais pas osé jusqu’à aujourd’hui, c’est la chanson qui m’a posé le plus de cas de conscience, je dévoile dans quel milieu j’ai été élevé, même si les gens devaient s’en douter  », poursuit le musicien. « Cette chanson me faisait redouter les réactions de ma famille proche, car c’est un peu crument exposé – des vies difficiles – c’est un peu frontal, presque journalistique  ».

Et de se raconter. « J’avais les cheveux longs, trop longs, des guitares trop longtemps sur les genoux, je ne travaillais pas trop bien à l’école, ce n’est sans doute pas ce que mes parents espéraient. Ils se sont dits ‘laissons-le tenter sa chance’. Personne n’imaginait que ça me mènerait toute une vie à jouer sur des guitares. Je ne parlais pas beaucoup dans ma famille, et là ils m’ont vu m’exprimer, avec des petits poèmes. Mon père a eu le temps de voir que j’étais un peu connu  ».

« Comme une urgence »

L’album, « A l’aube revenant », qui sort ce vendredi (Chandelle productions/Columbia/Sony), est aussi traversé par l’obsession du temps qui file. A 66 ans, son dernier opus s’ouvre d’ailleurs avec « Les beaux moments sont trop courts ». « C’est la première fois que je fais un titre avec une phrase entière, au lieu de quelques mots, note-t-il. Depuis que j’ai passé 60 ans, chaque instant est extrêmement précieux, comme une urgence, j’ai un peu appuyé là-dessus sur ce disque. Mais sur le précédent je disais déjà que le chiffre 60 m’avait un peu tourmenté  ». Cabrel insiste aussi sur la poésie à saisir pour « s’arranger avec un monde hyper-cruel, qui dans sa réalité la plus crue est insupportable ». « La poésie, c’est la revanche du rêveur  », glisse-t-il.

Il y a aussi ce qu’il appelle ses « coups de griffes  ». « Regarde elle a dix ans et vois comme elle est belle/Elle est belle et pourtant elle ne sort de chez elle/Qu’avec l’âme et le corps cachés sous des tissus  », lâche-t-il dans « Les bougies fondues ». « Oui, il est question de petites filles voilées. J’en ai vu. Ça m’a désolé. Autant les adultes décident, on suppose, on espère qu’elles décident, mais les petites filles, c’est les priver d’enfance  », développe-t-il.

Cabrel évoque aussi les librairies qui disparaissent du centre des villes moyennes dans « Difficile à croire » ou les préoccupations environnementales dans « Jusqu’aux pôles ». « Pendant longtemps, on ne s’est pas aperçu qu’on a pollué, qu’on a rendu le monde invivable… Et ce sont mes petits-enfants qui vont se coltiner un monde à redresser maintenant », prolonge-t-il. Avant de citer Souchon qui « l’avait d’ailleurs très bien chanté, avec ‘Pour la Côte d’Azur, excusez-nous’ (‘Pardon’, 1999) ».

Et de saluer directement dans l’album un autre de ses contemporains dans la variété, Dutronc, avec « Chanson pour Jacques ». « Car il faut dire salut l’ami, je t’aime beaucoup, il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard ni pour lui, ni pour moi ». On y revient encore, à cette aiguille de l’horloge qui fait tant de bruit en avançant.

 
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