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Benedetta : Virginie Efira dans les ordres

Elle interprète une nonne lesbienne du XVIIe siècle dans une comédie très réussie et nous parle avec fierté de ce rôle étonnant.

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Virginie Efira n’a pas fini de nous surprendre ! Notre curiosité était piquée depuis l’annonce de ses retrouvailles avec Paul Verhoeven, cinq ans après « Elle », pour donner vie à « Benedetta », une nonne lesbienne du XVIIe siècle. Mais nul ne pouvait anticiper le résultat : une comédie plongeant tête baissée dans un humour grotesque, pour mieux désacraliser l’Église catholique. Rencontrée lors du dernier festival de Cannes, l’actrice nous parle avec fierté de ce saut dans le vide aussi risqué que grisant.

Comment avez-vous réagi en découvrant l’histoire de cette nonne très zélée ?

C’était très excitant, je n’en croyais pas mes yeux ! Je marquais un arrêt toutes les deux pages pour me demander : “Suis-je bien en train de lire ça”  ? Ça n’engage que moi mais je l’ai déposé en pensant que c’était un chef-d’œuvre narratif, avec de la profondeur autant philosophique que spirituelle. Tout ça dans un lyrisme fou, et une histoire d’amour en prime. Je n’avais jamais vu ça !

Le film est absolument délirant. Vous vous y attendiez ?

Ah oui, j’ai un peu de lucidité quand même (rires) ! Et puis je connais toute la filmographie de Paul Verhoeven ( « Basic Instinct », « Showgirls », « Starship Troopers », NDLR), que j’adore pour son humour et son sens de l’ironie, justement. Plusieurs fois pendant le tournage, surtout pendant mes scènes de visions avec Jésus, j’ai dû m’empêcher d’exploser de rire. En plus il fallait que je le joue au premier degré, sans clin d’œil vers le public… Je me rendais bien compte que c’était très bizarre, mais j’y suis allée !

Comment vous êtes-vous préparée ?

J’ai demandé à Paul comment il voulait que je me prépare, et il m’a juste répondu : “Oh, c’est toi qui sais”  ! [Tire une mine sceptique] Bon, on parle tout de même de scènes de possession, de résurrection… Je n’ai pas vécu tout ça dans ma vie, moi (rires) ! On ne fait pas trop ça en Europe, mais j’ai décidé de travailler pour la première fois avec un coach. On a choisi de se concentrer sur l’ivresse du pouvoir qui submerge Benedetta. J’ai donc bossé sur ses hallucinations, sur la façon dont la sexualité la rend soudain terriblement sûre d’elle.

Le film est cru et parfois violent. Vous vous attendez à une controverse ?

J’y ai pensé, mais je commence à en douter. Benedetta a réellement existé en plus, ça aide… Elle mélange la croyance avec la libido, et ça donne une idée qui me plaît, celle que Dieu intervient à l’endroit où on le fait vivre. Et donc plutôt dans un lieu d’amour que de pouvoir. Je ne suis donc pas sûre que le film puisse provoquer toute une polémique, en France ou en Belgique en tout cas.

Le film évoque la peste au XVIIe siècle, mais parle-t-il de notre société contemporaine ?

Je pense qu’un très bon réalisateur, même s’il parle du Moyen-Âge, va toujours observer quelque chose de contemporain. Parce que finalement, tout est recommencement, même les pandémies ! Je comprends l’écho à l’actualité, et pourtant on a tourné le film avant l’arrivée du Covid. Il y a aussi le thème de l’entremêlement des croyances et du pouvoir. C’est de tout temps, ça !

Paul Verhoeven a écrit ce film en pensant à vous. Pas trop la pression ?

Je ne le savais pas ! Quand j’ai tourné dans « Elle » (le film précédent de Verhoeven, avec Isabelle Huppert, NDLR), j’ai surtout passé le casting pour le rencontrer, parce que j’adore ses films. C’était un petit rôle, d’à peine dix jours de tournage, et je me réjouissais de le voir travailler. Mais même si on me voyait peu, je jouais déjà une sorte de mini-Benedetta ! Cette femme très croyante, suffisamment cynique pour arriver à fermer les yeux devant la violence de son mari… Bref, quelques mois plus tard, je croise Paul par hasard et lui dis bonjour… rien ! Il ne me reconnaît pas, moi je lui dis : “Je suis Virginie, j’ai joué dans votre dernier film, vous vous souvenez”  ? Bon, il finit par me situer, mais moi, je me dis que je ne l’ai vraiment pas marqué ! (rires) J’étais donc très, très surprise quand il a dit qu’il pensait à moi pour le rôle, et à personne d’autre. Cet homme est aussi secret que Benedetta.

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