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La littérature pour tous en Amérique Latine, au-delà de la politique

Les auteurs sud-américains tentent de sortir des codes et d’écrire sur d’autres sujets que la politique.

Temps de lecture: 4 min

En Amérique latine, de jeunes écrivains explorent de nouveaux territoires comme la transexualité, là où leurs aînés continuent à s’en tenir surtout au duo explosif littérature et engagement politique, comme l’a montré la Foire internationale du livre (FIL) de Guadalajara, au Mexique, qui s’achève ce dimanche.

La romancière argentine transexuelle Camila Sosa Villada, 39 ans, a vécu un grand moment de reconnaissance pour elle et la communauté trans en recevant le prix Sor Juana Ines de la Cruz à Guadalajara.

«  Je suis convaincue que l’écriture est le terrain du travestissement », déclare à l’AFP l’auteur du roman « Las Malas » (« Les mauvaises »), chronique de l’underground et portrait de groupe des travestis de Cordoba, en Argentine. «  La littérature quand elle s’ankylose, quand elle cicatrise, commence à ennuyer ».

Sa reconnaissance littéraire est « historique » et représente un motif « d’orgueil » pour la chanteuse mexicaine Luisa Almaguer, 30 ans, activiste transgenre.

A priori, les grandes questions de politique générale représentent le cadet des soucis de l’Argentine. À la FIL, Camila Sosa Villada a préféré disserter sur l’évolution des mœurs amoureuses avec sa compatriote Tamara Tenenbaum, 32 ans, auteur de l’essai à succès « La fin de l’amour ».

La FIL a aussi fait la part belle à des jeunes auteurs nés sur des sites d’auto-édition type comme Wattpad. Surgie de la toile, la Mexicaine Flor M. Salvador, 22 ans, a été recrutée par Penguin Random House après le succès de son livre « Boulevard ».

Ses histoires à l’eau de rose sont nourries et enrichies par le retour et les commentaires de ses lecteurs, des adolescentes ou des jeunes filles qui ont entre 15 et 20 ans.

Une remise au goût du jour des romans de gare ? «  Qu’importe si les histoires ne sont pas écrites pour gagner le prix Nobel. La littérature est pour tout le monde, pas seulement les intellectuels », tranche Mariana Palova, 31 ans, auteur de « fanfiction » (histoires écrites à partir de livres, de séries ou de films cultes).

Face à la jeune garde, les écrivains à l’ancienne ou des anciennes générations maintiennent en vie un quasi-style littéraire à part entière en Amérique latine, le « compromiso » (l’engagement).

Isopix
Isopix

Le prix nobel Mario Vargas Llosa a qualifié de « lamentable » la délégation de son pays, le Pérou, invité d’honneur à Guadalajara au terme d’une élection présidentielle très tendue.

Cette délégation choisie par le nouveau gouvernement du président de gauche pro-indigène Pedro Castillo ne comprend « aucun vrai écrivain », a lancé dès septembre le très libéral Vargas Llosa, absent de Guadalajara.

Le nouveau gouvernement péruvien a mis à l’écart une dizaine d’auteurs, sous prétexte de donner une chance et une visibilité aux écrivains indigènes ou de l’intérieur du pays.

«  Ce n’est même plus de l’inculture mais de la stupidité », a ajouté Vargas Llosa après avoir soutenu l’adversaire de Castillo, Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori qui purge une peine de 25 ans de prison pour deux massacres.

« J’aimerais être un écrivain suédois pour écrire tranquille »

La FIL a aussi offert une estrade politique à une romancière chilienne, Diamela Eltit, contre le candidat d’extrême droite ultra-libéral, Antonio Kast, au second tour de l’élection présidentielle au Chili prévu le 19 décembre.

«  Nous travaillons de façon intense pour empêcher un gouvernement rapace fondé sur le mépris », a déclaré Diamela Eltit en recevant un prix à Guadalajara.

À 79 ans, le romancier nicaraguayen Sergio Ramirez vit depuis quelques mois en exil à Madrid. Au Nicaragua, un mandat d’arrêt a été émis à son encontre pour « incitation à la haine » par la justice du président Daniel Ortega, au « régime autocratique » pour l’Union européenne.

L’écrivain, vice-président du même Ortega dans les années 80 en pleine révolution sandiniste, pense que son ex-compagnon d’armes ne lui a pas pardonné son dernier roman « Tongolele ne sait pas danser ».

Cette œuvre raconte la répression des manifestations de 2018 au Nicaragua qui se sont soldées par plusieurs centaines de morts.

«  Parfois j’aimerais être un écrivain suédois ou danois, parce que je n’aurais pas à m’occuper de la chose publique et je pourrais m’enfermer pour écrire tranquillement », a déclaré durant la FIL Sergio Ramirez. «  Mais en même temps, je me demande ce que j’écrirais, car ce qui fait de moi un écrivain, c’est ce qui me dégoûte en tant que citoyen ».

AFP

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