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Nicolas Bedos: «J’aime les défauts de la Côte d’Azur»

Après le succès de « La Belle Époque », Nicolas Bedos embarque Isabelle Adjani, François Cluzet et Pierre Niney dans « Mascarade », un jeu de dupes subtil.

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Entretien - Temps de lecture: 4 min

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cette histoire d’amants motivés par l’argent ?

Une multitude de choses. Je cherchais une histoire susceptible d’accueillir un certain nombre de mes émotions, comme mon appréhension de l’époque qu’on traverse. J’ai des craintes concernant la violence que je ressens, qui me passionne et me désespère. La violence entre les hommes et les femmes, entre les riches et les moins riches, les pauvres et les moins pauvres. Entre les jeunes et les vieux aussi. Cette jeunesse terriblement paumée, en colère, prête à se faire une place sans foi ni loi. C’est une jeunesse que j’ai souvent envie d’embrasser, mais qui me déroute parfois.

Isabelle Adjani joue une diva sur le déclin, organisant des dîners pour se mettre en scène devant ses amis producteurs. Jusqu’où avez-vous déjà été pour vendre l’un de vos films ?

J’ai fait un truc bizarre pour boucler le financement de « La Belle Époque ». C’était très important de trouver 700.000€ en plus pour me permettre de réaliser le film tel que je l’avais écrit. Je suis donc allé sur le yacht de l’ami d’un autre ami, qui se trouve être milliardaire… Ouais, je sais ! Quoi qu’il en soit, cet homme très riche avait envie de se payer une petite participation dans le cinéma. En gros, il voulait voir son nom sur un grand écran (rires) ! J’y suis allé, devant des gens qui me regardaient un peu comme un… Enfin comme une… Oui, comme une merde (rires) ! Je leur ai raconté l’histoire, je jouais des scènes devant eux, mais pas une seule seconde je ne me suis senti sali. Parce que j’étais là non pas pour me vendre moi, mais un rêve. D’une certaine façon, j’étais là pour prostituer la passion que j’avais dans le projet. Je trouvais ça grotesque, mais je ne me sentais pas dans le vice. Ce n’était donc absolument pas humiliant. Malheureusement, le personnage d’Isabelle dans « Mascarade » ne peut pas en dire autant ! (Rire.)

Pierre Niney est également à l’affiche.

Pour la petite histoire, mon père (Guy Bedos, ndlr) s’était improvisé professeur de seul-en-scène au Conservatoire pendant une courte période. Un jour, il m’a dit qu’il fallait que je rencontre un de ses étudiants, un gars qui « va faire des trucs ». C’était Pierre ! Aujourd’hui, je ressens une petite humidité oculaire parce que je me dis que même si je ne crois pas du tout au là-haut, mon père ne serait pas malheureux de nous voir faire notre bout de chemin ensemble. Pierre joue des choses dans « Mascarade » avec lesquelles j’ai flirté plus jeune. Ça a été très difficile pour moi de projeter un autre comédien que mon fantôme dans ce rôle. Sauf que Pierre apporte une amabilité que je n’aurais pas portée à son âge. Ceux qui me connaissent savent que je suis plus ou moins un chic type, mais que ce n’est pas quelque chose que je dégage (rires) ! Pierre, il arrive à se faire l’ambassadeur d’un personnage difficilement aimable. On sent encore poindre l’amour en lui, et ça rend son personnage bien plus appréciable que s’il avait été joué par d’autres.

Le film se déroule sur la Côte d'Azur. Que représente ce lieu pour vous ?

La Côté d’Azur, c’est la métaphore des personnages. C’est un joyau de pureté qui, par endroits, a été défiguré par le vice et l’argent. Le film raconte cette histoire de gens abîmés dans une région abîmée, mais qu’on adore. Je viens d’ailleurs d’acheter une petite maison dans la région. À Tourrettes-sur-Loup, pour être plus précis. Bref, j’aime les défauts de la Côte d’Azur. J’aime me souvenir de ce qu’elle a été, même si j’apprécie qu’elle ne le soit plus. En fait, j’aime les vieilles dames écorchées par le temps.

« Mascarade », en salles le 2 novembre.

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