Accueil Actu Soirmag

Polémique sur les hauteurs de Liège

La plus haute salle d’escalade d’Europe devrait voir le jour dans la basilique de Cointe. Un projet contesté, en partie, par des riverains, dont Bouli Lanners.

Article réservé aux abonnés
Temps de lecture: 5 min

Perché sur la colline de Cointe, juste derrière la gare des Guillemins à Liège, le comédien et réalisateur Bouli Lanners, récemment couronné aux Césars et aux Magrittes, aime profiter de la quiétude de son jardin. De chez lui s’ouvre une vue directe sur le site du Mémorial Interallié, érigé après la Grande Guerre pour saluer l’héroïsme de la Cité ardente. Car Liège fut le théâtre de la première bataille de la guerre 14-18… Pendant plusieurs jours, les valeureux Liégeois ont retenu l’armée allemande, permettant ainsi aux troupes françaises de finaliser l’organisation de leur défense.

Mais depuis une vingtaine d’années, le site surplombant la ville est laissé à l’abandon. Avec le futur projet « Basilique Expérience », il devrait connaître prochainement une nouvelle vie. Sous la voûte de la coupole haute de 40 mètres de l’immense basilique du Sacré-Cœur, un terrain de jeu exceptionnel sera proposé aux amateurs d’escalade. Un espace culturel, dédié à la paix, sera également aménagé, aux côtés d’un espace de restauration. Dans la crypte, en sous-sol, des offices religieux pourront encore avoir lieu.

« Je ne suis pas contre la réhabilitation du site, nous confie Bouli Lanners, car je le vois tomber en décrépitude depuis des années. L’idée d’une salle d’escalade dans la basilique n’est pas une mauvaise idée en soi. Ce que je reproche par contre au projet, c’est le flou qui, selon moi, persiste dans le dossier. Je souhaiterais plus de précisions concernant le côté horeca qui va y être développé en plus de l’activité sportive, avec une brasserie, un restaurant et deux salles de réception, que l’on présente pour accueillir des anniversaires d’enfants… L’autre problème qui se pose, ce sont les heures d’ouverture prévues de 8 à 24 heures, 7 jours sur 7 ! Qu’adviendra-t-il du calme de ce quartier résidentiel ? Et que dire des places de parking ou des emplacements qui deviendront essentiellement privés, limitant l’accès au Mémorial Interallié à ceux qui voudraient s’y recueillir ! En réalité, dès sa construction en 1928, l’endroit de ce site a été mal choisi, et aujourd’hui, on en paye les frais, c’est un boulet pour l’Église et la Région. »

Voisin direct du site, Bouli Lanners regrette amèrement les zones d’ombre du projet.
Voisin direct du site, Bouli Lanners regrette amèrement les zones d’ombre du projet. - DR

Réveiller les lieux

Du côté de l’Église, justement, l’évêque de Liège se félicite de ce « superbe projet ». « L’escalade est une activité calme et paisible, qui demande de la concentration, nous détaille Monseigneur Delville. Cela limitera les perturbations sonores. Les murs qui seront installés ne dénatureront pas le site. Les riverains ne doivent pas craindre un impact négatif. L’activité qui y sera déployée sera saine, bien gérée et pas envahissante. Dans l’espace culturel, on pourra faire également des activités avec les écoles, réfléchir au sens de la paix, expliquer ce qu’est la guerre 14-18… Les très beaux monuments de vingt nations alliées, qui ont construit le Mémorial Interallié après la guerre, pourront aussi être redécouverts par les visiteurs alors qu’ils sont malheureusement laissés à l’abandon pour le moment. C’est un site historique absolument remarquable, avec une très belle esplanade vers la ville de Liège et, aujourd’hui, peu de gens osent y aller par crainte d’y faire une mauvaise rencontre. La tour appartient à la Régie des Bâtiments de l’État alors que la basilique a toujours appartenu à l’asbl qui l’a financée avec les dons des chrétiens. Il y a bien entendu une correspondance entre les deux édifices. Et grâce à la réhabilitation, c’est l’ensemble du site qui va retrouver sa valeur historique et mémorielle. Ce projet est une belle manière de réveiller les lieux ! »

Si une série de Liégeois affichent actuellement un soutien marqué à ces investissements sur les réseaux sociaux, et si l’ensemble des riverains ne s’oppose pas catégoriquement à cette nouvelle vie, certains réclament davantage de clarté sur une série de manquements qu’ils estiment patents au niveau de la mobilité, des nuisances sonores engendrées, de la protection de la nature ou de la stabilité des sols, le site étant « en zone potentielle de puits de mine ».

Le site, majestueux, surplombe la ville de ses deux tours.
Le site, majestueux, surplombe la ville de ses deux tours. - BelgaImage

Devoir de mémoire

Un autre aspect suscite de l’inquiétude : comment respecter le devoir de mémoire de ces lieux ? « La portée symbolique de ce site est extrêmement rare en Europe, poursuit Bouli Lanners, mais l’aspect loisir qui va être conféré à cet endroit va-t-il la conserver ? Je pense que marier les deux est possible, mais avec un cahier des charges précis ! Par ailleurs, je suis un grand historien dans l’âme et la guerre fait partie de l’histoire de ma famille. La guerre a marqué ma propre vie car mes parents habitaient à Bastogne dans deux villages qui ont été complètement détruits par les Allemands. Ma mère a vécu sept ans, après la guerre, dans des baraquements en bois sans eau, avec des privations quotidiennes. Mes oncles ont été déportés dans les camps, la famille de mon épouse a été exterminée parce qu’ils étaient juifs et en 14-18, certains de mes ancêtres sont morts sur le front de l’Yser. Le devoir de mémoire est essentiel, et encore plus aujourd’hui alors que la guerre sévit en Ukraine. »

L’enquête publique pour le projet « Basilique Expérience » se termine le 24 mars 2023. Reste à voir si le permis d’urbanisme sera accordé en l’état…

L'actu en vidéo

 

Aussi en Société

Voir plus d'articles

À la Une