«Miss France 2024» se prépare malgré les critiques
Le concours est la cible de nombreuses critiques. Jugé « sexiste », la nouvelle Miss France sera élue ce soir sur TF1, depuis Dijon.

«Conte de fées» pour les uns, concours «sexiste» pour les autres, la cérémonie des Miss France se tient samedi soir à Dijon, avec une réputation encore plus ternie par une récente condamnation en justice pour des images de candidates filmées seins nus en 2018.
Promettant une nouvelle fois un grand show de trois heures, les Miss France 2024, en direct sur TF1 depuis le zénith de Dijon, seront placées sous le signe de la «boîte à musiques des Miss».
Les trente candidates feront le spectacle dès 21h10 sur des chansons rock ou pop, accompagnées de la troupe du Moulin Rouge et avec, pour M. Loyal, l’indéboulonnable Jean-Pierre Foucault, 76 ans, présentateur depuis 1995.
Pour succéder à Indira Ampiot, Miss Guadeloupe, quinze finalistes, sur trente candidates, seront départagées par les téléspectateurs, pour une moitié de la note, et par un jury de sept femmes, pour l’autre moitié.
Le concours intervient cependant après une condamnation par le tribunal de Lille mardi, de la filiale de TF1, e-TF1, et la société Endemol qui coiffait alors la Société Miss France. En cause la diffusion à près de huit millions de téléspectateurs des images de deux Miss régionales, filmée la poitrine découverte, le 15 décembre 2018, par une caméra installée à leur insu.
Les organisateurs s’étaient excusés de ce «couac» mais l’accroc ajoute à la polémique entourant le concours de beauté qui, malgré quelques réformes, reste très critiqué.
Désormais centenaire, le concours est «synonyme de conte de fées et de rêve», assure la Société Miss France.
Symbole de «réussite», «Miss France est un ascenseur social», affirme sa présidente Alexia Laroche-Joubert, évoquant des Miss devenues «femmes d’affaires, médecins ou encore réalisatrices». Les critères ont de plus été «modernisés», assure-t-elle. Une candidate n’a désormais plus de limite d’âge et peut être transgenre, mariée, mère... et même tatouée.
Une seule candidate trans s’est jusqu’à présent présentée. Elle a échoué à l’élection de Miss Paris, en 2022.
Ces petites révolutions avaient fait vaciller le célèbre chapeau de Geneviève de Fontenay, figure historique du concours de beauté. Décédée en août à 90 ans, un hommage lui sera rendu samedi soir, jetant un voile pudique sur les relations houleuses qu’elle entretenait avec l’organisation actuelle des Miss.
«Hate-Watching»
Cette «évolution» est cependant encore loin de satisfaire les féministes. Car même si, officiellement, le seul critère physique est la taille (au moins 1,70 m), le concours reste englué dans les stéréotypes, selon ses détractrices.
«C’est du feminist-washing: on reste dans une élection très misogyne», estime Mélinda Bizri, de la Ligue des droits de l’Homme à Dijon, qui appelle au boycott de la cérémonie avec de nombreuses autres associations. «Les femmes se violentent toute leur vie pour atteindre ces critères fantasmagoriques, selon des schémas qui mettent très longtemps à se déconstruire», souligne-t-elle.
«Miss France est toujours aussi sexiste dans le principe de classer les femmes sur des critères de beauté», renchérit Violaine de Filippis, porte-parole d’Osez le féminisme!
Pour autant, chaque cérémonie compte parmi les audiences les plus élevées de TF1 (7,1 millions de téléspectateurs l’an dernier).
La soirée des Miss «est toujours un succès car c’est tout d’abord un divertissement», explique à l’AFP Virginie Spies, analyste des médias à l’Université d’Avignon.
Mais ce succès est en partie dû au «hate-watching», c’est-à-dire «regarder ce que l’on n’apprécie pas forcément pour pouvoir le critiquer», définit Mme Spies. «Certains téléspectateurs aiment se moquer. On aime rire de certaines tenues ou de réponses», souligne-t-elle, mais «il est possible d’aimer les strass et paillettes tout en ayant des principes moraux».
C’est «une culture populaire», s’est défendu le maire PS de Dijon François Rebsamen, lors du conseil municipal du 25 septembre, où la venue des Miss a été vivement critiquée.
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«Ce spectacle véhicule une image encore assez sexiste des femmes, non seulement à l’attention des petites filles et des ados spectatrices, mais aussi à l’attention des petits garçons et des ados spectateurs», a dénoncé l’adjointe municipale à l’Egalité femmes-hommes, Kildine Bataille (majorité présidentielle).
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