Brando, Belmondo: quels étaient les liens d’Alain Delon avec les autres icônes du cinéma?
Alain Delon entretenait une amitié particulière avec Jean-Paul Belmondo malgré leur succès immense.

Alain Delon qui se répand en compliments ? À part en faveur des grands réalisateurs qui l’ont dirigé, il exprime rarement son admiration. Il est pourtant un acteur qui l’impressionne. Parmi les souvenirs marquants ? « Ma rencontre avec Marlon Brando. À l’époque, le modèle auquel on me comparaît parfois, c’était James Dean. Mais Brando, c’est LE cinéma, THE movie. J’ai eu la chance de le rencontrer. Après avoir déjeuné ensemble, on a marché sur les bords de la Seine. Comme un con, je n’ai pas osé lui demander de faire une photo avec moi. J’avais trop de respect pour lui. Je le regrette. »
Étonnant hommage pour un acteur qui a toujours défendu les chances du cinéma français, qui a averti son pays de la mainmise culturelle américaine. Alain Delon reste définitivement une gloire nationale. Delon l’avoue dans plusieurs interviews ; il aurait aimé donner la réplique à Brando. Cette rencontre sur écran n’eut jamais lieu. Des regrets, il n’en cultive pas beaucoup. Sauf peut-être celui d’avoir été snobé par la « nouvelle vague ». « Je n’en ai pas fait partie, personne ne m’a fait de proposition. On m’a bien fait comprendre à l’époque que je n’étais pas de la même famille, j’étais l’acteur qui faisait du cinéma de papa. » Ce rendez-vous manqué passe par François Truffaut, le seul qui aurait peut-être pu engager Delon. « J’adorais “La chambre verte”. Je le lui ai dit. Il m’a répondu : “J’ai toujours aimé votre manière de jouer. Si je ne vous ai jamais contacté, c’est que vous me faisiez peur.” Quelle connerie. On ne peut pas savoir ce qui se serait passé, puisqu’ensuite il est mort. Je regrette beaucoup qu’on n’ait jamais travaillé ensemble. »
Dernier regret : « J’aurais voulu avant de mourir faire un film sous la direction d’une femme. Vous vous rendez compte, ça ne m’est jamais arrivé ! Je l’ai dit à tout le monde, personne n’a bougé. Je l’ai dit, écrit, personne ne s’est manifesté. Elles doivent avoir peur. »
Avec Belmondo, à la vie à la mort
Rivaux, amis et ennemis, chacun dans son style, en tout cas sur pied d’égalité dans l’estime du public, mais pour des raisons différentes. Alain Delon et Jean-Paul Belmondo se sont longtemps disputé la place de nº 1 du cinéma français. « Ma carrière n’a rien à voir avec le métier de comédien, confesse Delon. Comédien, c’est une vocation. On veut être comédien comme on veut être chauffeur de taxi ou boulanger. On suit des cours, on fait des écoles, puis des conservatoires. C’est la différence essentielle – et il n’y a rien de péjoratif ici – entre Belmondo et Delon. Je suis un acteur, Jean-Paul est un comédien. Une comédie joue. Il passe des années à apprendre, alors que l’acteur vit. Moi, j’ai toujours vécu mes rôles. Je n’ai jamais joué. Un acteur est un accident. Je suis un accident. Ma vie est un accident. Ma carrière est un accident. »
Les deux hommes s’apprécient, sans faire de l’ombre au parcours de l’autre. En réalité, ils se sont déjà croisés sur un plateau de cinéma, dès 1958. Le vrai choc se produit pourtant en 1970 avec « Borsalino » et sa suite, quatre ans plus tard, « Borsalino & Co. ». C’est le choc des ego, de deux écoles, de deux fortes natures. L’affiche scelle une amitié même si la communication de l’époque mise beaucoup sur la concurrence entre les deux truands, grandes gueules et beaux numéros du Marseille interlope. « J’ai eu l’idée de l’affiche imbattable, Delon-Belmondo. J’étais le patron. J’engageais une équipe selon mes critères », assure Delon. Jacques Deray réalise. Le film cartonne. Le public voit sur écran ses deux héros dans un film de gangsters. Un peu comme il avait applaudi Robert Redford et Paul Newman dans « L’arnaque ».
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Pour Delon, le cinéma doit arracher le public à la vie courante, surtout pas le faire plonger dans un quotidien mièvre dont il n’a que faire. Il lui confère une autre dimension, y compris durant le tournage. Avec Bébel, il forme la paire parfaite. Bien plus tard, en 1998, Patrice Leconte réunit le duo dans « Une chance sur deux ». Vanessa Paradis y cherche son vrai père, entre deux profils possibles, sa mère ayant eu deux amours à l’époque de la conception. Le tandem Delon-Belmondo est bien servi. Le plaisir se lit dans les scènes. Mais le public boude l’histoire.
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