Valérie Kaprisky: «Marrez-vous!»
Valérie Kaprisky fait pétiller le rire dans la pièce «Secret de famille».

Le registre comique, ça vous booste ?
Valérie Kaprisky : Cela me plaît beaucoup, oui. Je dis toujours à mes amis : « Ne ratez jamais une occasion de vous marrer, car la vie se charge de vous faire pleurer. » Après avoir vécu plusieurs drames ces dernières années – le décès de ma mère qui m’a mise face à la souffrance et au désespoir, mon divorce – je suis très contente de jouer une comédie. C’est jubilatoire pour moi d’avoir le retour du public en direct. Sentir la joie du spectateur, c’est tellement gratifiant. C’est de la bonne énergie qu’on ne trouve qu’au théâtre. J’ai enfin la maturité pour, débarrassée de l’angoisse de mal faire. Je suis dans le lâcher prise, dans la dérision, sans avoir peur. C’est aussi grâce à mon personnage de veuve glamour totalement exubérante.
Vous êtes d’un naturel optimiste ?
Je vois le verre à moitié plein. Avec l’âge, j’ai appris à me connaître. Je vis ma dernière tranche de vie ; j’ai 62 ans, avec une soif de vivre des tas de bons moments. La preuve, dans la pièce, je chante !
Le cinéma aurait méconnu cette touche comique ?
Je ne suis pas dans la rumination. On dépend tellement du désir des autres dans ce métier. Je n’ai peut-être pas assez exprimé mes envies ; comment les autres pouvaient-ils les deviner ? Quand j’étais gamine – j’ai commencé à 17 ans – j’avais si peu confiance en moi que je portais des masques. Je me planquais derrière mes rôles, et même dans la vie. Je redoutais tellement de ne pas être appréciée. Du coup, on me proposait beaucoup de rôles d’écorchée vive. Je suis une éponge, qui a la larme facile. Aujourd’hui enfin, je saute dans la comédie et je voudrais même essayer la folie absurde.
Vous avez souvent parlé cash : sur la nudité à l’écran devenue insupportable, sur votre impossibilité d’avoir un enfant, sur vos aspirations et vos échecs. Être comédienne vous permet de vous libérer de ces écueils ?
Je ne crois pas. Tout le monde souffre. Le seul avantage pour nous, comédiens, c’est de pouvoir recycler la douleur dans une expression artistique. Parfois, je convoque ces épreuves pour donner à un rôle toute son intensité et son émotion. Qui peut s’offrir ce luxe ? En général, on refoule, on fait son deuil. Nous, on peut faire sortir nos fantômes sans toutefois se complaire dans la noirceur.
Facile de trouver des rôles à passé 60 ans ?
C’est un âge merveilleux. On n’arrête pas de tomber et de se relever. Mes deux tantes sont mortes à 102 ans. Je dis en plaisantant que je vise la scène pendant encore 25 ans.
Cinéma, théâtre, télé, ce métier a sa part de brutalité ?
Oui, dans les rapports humains. Pour certains, nous sommes un produit. Il nous arrive d’être maltraités ; j’ai connu cela dans les années 80, ce côté industriel. Heureusement, je n’ai pas vécu d’abus comme certaines comédiennes ont eu à en subir.
Ce côté exalté vient de vos origines polonaises ?
Mes grands-parents maternels sont arrivés de Cracovie en France en 1920 suite à un échange entre nos deux gouvernements pour faire venir de la main-d’œuvre. Ils étaient ouvriers agricoles. Je garde des liens avec ma famille polonaise à Compiègne. Ma mère a grandi dans une toute petite maison sans chauffage avec deux chambres dont une pour six enfants dormant tête-bêche dans un grand lit. Quand j’allais en vacances, j’adorais cette vie à la campagne. J’ai appris un peu le polonais, notamment pendant le tournage de « La femme publique ». Kaprisky, c’est mon nom polonais.
« Secret de famille » avec Xavier Deluc au W:Halll à Woluwe-Saint-Pierre mardi 19/11 à 20h00.







