Jules Grison rend un hommage vibrant à Aznavour
Disparu en 2018, Charles Aznavour aurait eu 100 ans cette année. L’occasion de nombreux hommages, dont un spectacle qui fera étape chez nous le 10 décembre. Rencontre avec son interprète, Jules Grison.

Comment avez-vous découvert l’univers de Charles Aznavour ?
J’ai toujours baigné dans la chanson française. Ma mère écoutait Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Julien Clerc, Serge Lama, Patrick Bruel… Tout ça me parlait. J’ai commencé ma carrière à 22, 23 ans à Paris, avec un spectacle qui parlait de chansons françaises des années 20, 30 et 40. Un univers qui m’était complètement étranger, mais toujours lié à la chanson française. Je me sens vraiment attiré par ça. On possède un trésor incroyable en France, avec le répertoire du Charles, celui de Brel aussi, même s’il est belge. Je parle vraiment de la langue française, de sa richesse, sa beauté…
Avez-vous l’impression de jouer un rôle de transmission ?
Totalement, je suis un messager. Aujourd’hui, j’endosse ce rôle, demain, ce sera quelqu’un d’autre. J’ai une fille de 9 ans et je suis conscient de la nécessité de lui transmettre l’amour de notre langue, l’envie de continuer à communiquer dans cette langue.
Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement chez Aznavour ?
C’est une question que je ne me pose pas vraiment. Bécaud s’est imposé à moi plus tôt parce qu’il était pianiste, auteur-compositeur-interprète. C’était très énergique. Avec Charles, il y a un répertoire varié, il y a du romantisme, mais aussi des chansons drôles, des chansons engagées. Et puis il y a une couleur dans sa musique, dans sa façon d’amener les mélodies qui me parle. Donc ça me paraît évident de l’interpréter, de m’approprier ses chansons le temps d’un spectacle, sans en faire les miennes. Il y a des chansons où je me fais happer à chaque spectacle. Celle qui m’emmène plus qu’une autre, c’est « A ma fille », parce qu’elle parle de paternité. Parfois, ça va être « La Bohème » parce que j’ai l’impression d’avoir vécu ça alors que ce n’est pas le cas. Il a cette magie folle dans son écriture. « Hier encore » peut me bouleverser aussi quand je me mets au piano.

Comment vous avez opéré la sélection des morceaux ?
Il y a des incontournables évidemment. Pour le reste, je m’adapte. Au bout d’un an de tournée, je me suis rendu compte, que d’un pays à l’autre, les tubes ne sont pas les mêmes. En Pologne, par exemple, ils adorent « Isabelle », qui est méconnue ici. « Mes amis, mes amours, mes emmerdes » qui est un standard en France, ne parle pas du tout à l’étranger. J’ai donc décidé au bout d’un moment d’adapter les 20 dernières minutes du spectacle avec une partie en piano voix qui appartient au public, c’est lui qui choisit ce que l’on va jouer. Le pianiste et moi avons appris pour cela une cinquantaine de chansons. Cela permet un échange avec le public, qui peut alors montrer combien il a aimé Charles, parler des chansons qui l’ont touché…
Précision : vous reprenez les chansons de Charles Aznavour, mais ce n’est pas de l’imitation…
Non, l’imitation ne présente pas d’intérêt. Je les reprends à ma manière. Les gens me disent d’ailleurs souvent qu’ils ont redécouvert ses chansons grâce à moi parce que je n’ai pas la même façon de les chanter que lui, de percevoir les mots. Je n’y mets pas la même émotion, ni la même articulation. Ce ne sont d’ailleurs pas toujours les mêmes arrangements. On essaie de réadapter les chansons en fonction de mon énergie et de ce que ce que j’ai envie de donner.
Comment amener sa touche sans dénaturer le morceau ?
Ça, c’est instinctif. C’est pour ça que je suis capable aussi bien de chanter le répertoire de Charles que celui de Bécaud. Alors c’était deux personnes complètement différentes. Je suis un interprète-comédien, qui peut se permettre de reprendre ces répertoires et de les faire résonner un peu partout dans le monde aujourd’hui.
Le public est-il plutôt âgé ou varié ?

Très varié. Je suis allé jouer deux jours à l’opéra de Dubaï, la moyenne d’âge devait être de 35 ans. C’était incroyable, c’était hyper jeune, avec des gens de différents pays européens. C’est le plus grand melting-pot que j’ai vu !
Chantez-vous uniquement en français, ou reprenez-vous aussi des titres en anglais ?
Les deux. J’ai fait ma première date à Broadway en janvier et là pour l’occasion, il était impossible de ne pas reprendre une partie de son répertoire en anglais. Pour le coup je pense qu’il devait y avoir 30 % de Français, mais les 70 % restants étaient des Américains.

Avez-vous eu l’occasion de rencontrer Charles Aznavour ?
Oui, en 2017, il nous a invités à New York pour sa dernière au Madison Square Garden, c’était l’occasion ou jamais en fait : le producteur Gil Marsal et moi voulions absolument son aval pour monter un spectacle sur son œuvre. On n’arrivait pas à fixer un rendez-vous à Paris, il nous a donc demandé de venir à New York. On a donc acheté nos billets d’avion et on a assisté à son dernier spectacle au Madison. J’avais vraiment l’impression de voir une légende. C’était fou !

« Formidable Aznavour ! », le 10 décembre 2024 au Cirque Royal, Bruxelles, le 29 mars 2025 à La Sucrerie de Wavre.









