Pour financer un voyage, des jeunes personnes handicapées lancent un appel à Artus

« Dès que Louise a dit sa phrase, tu viens vers moi puis tu t’en vas de ce côté. Lola, dès qu’elle est passée, tu t’en vas de l’autre côté. » Mathilde Duterte, professeur des écoles spécialisée, joue les metteurs en scène dans la cour de l’IME Le Lutin des bleuets du quai de l’Yser, lundi midi, rapporte La Voix du Nord. Les élèves sont prêts. En gros plan devant le smartphone en mode vidéo, Louise envoie son texte : « Hé Artus ! Nous aussi on a un truc en plus ! »
« Avec cette vidéo, on cherche à toucher Artus et le réseau d’Artus, qu’ils communiquent autour de notre projet pour qu’on puisse trouver des partenaires et des partenaires financiers », explique Sylvain Caillier, professeur des écoles spécialisé. Car l’ambitieux et onéreux (17 000 €) projet pour ces 25 jeunes qui composent ce groupe est un voyage en avion à Toulouse. L’idée n’est « pas tellement de l’interpeller parce qu’il a une notoriété » mais surtout parce que l’acteur et réalisateur qui a fait près de 11 millions d’entrées avec Un p’tit truc en plus « prend vraiment position par rapport au handicap ». La vidéo doit être diffusée mardi ou mercredi sur les réseaux sociaux. Pas de temps à perdre : Artus vient en représentation à l’Embarcadère à Boulogne-sur-Mer vendredi soir. L’équipe pédagogique de l’IME a d’ailleurs pour projet d’aller sur place. « À partir de 16 heures, on sera sur le parking en train de crier « Artus ! » Soit on se fait déloger, soit il sort pour nous rencontrer », avance Mathilde Duterte.
Amusement et application
Parmi la vingtaine de jeunes (12-18 ans) qui participe au tournage, plusieurs ont vu le film. La vidéo multiplie d’ailleurs les clins d’œil au long-métrage : même musique, un bus comme décor et une réplique un peu détournée, Éducation nationale oblige : « Qu’est-ce qu’on dit au chauffeur ? Piste de flûte ! » Déguisés, les élèves s’en donnent à cœur joie, dansant sur de la musique électro, répétant leur texte avec application, écoutant les consignes avec sérieux et patience (le tournage a duré près de deux heures !). « Ils savent pourquoi on tourne cette vidéo » et tous les enjeux financiers que ça implique, ajoute Sylvain Caillier.
Six aidants sont des élèves de quatrième du collège Jean-Jaurès, valides et volontaires, qui dans le cadre d’un partenariat inédit accompagnent leurs homologues porteurs de handicap à l’IME. « De futurs aidants » naturellement bienveillants. Impossible d’ailleurs de rester insensible devant la solidarité dont font preuve l’ensemble des élèves, quand un de leurs camarades parvient non sans mal à répéter son texte. Un tonnerre d’applaudissements sincères, des bravos, des sourires. Sur le plan pédagogique, « le voyage pourrait ne pas avoir lieu, on a déjà accompli quelque chose », commente Sylvain Caillier. Qui garantit toutefois que « le projet aboutira, même si ce n’est pas en avril comme prévu, que c’est reporté, ça se fera en 2025 ». « On ne se voit pas dire à nos élèves qu’on arrête là », abonde Mylène Binias, aide médico-psychologique.
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