Claire Romain : « Peindre est pour moi un exutoire »

Le grand public vous connaît pour vos rôles dans la série à succès de TF1 « Cat’s Eyes » ou dans la série quotidienne « Ici tout commence ». Mais vous êtes également artiste peintre. Quel a été votre parcours et qu’est-ce qui vous a amenée à la peinture ?
« Je peins depuis toute petite. J’ai la chance d’avoir une mère très créative. Elle est costumière mais peint également, plutôt du figuratif. À deux ans déjà, je dessinais avec elle. Parallèlement, j’ai commencé très tôt l’acting. Enfant, j’étais très introvertie, tout le contraire de ma sœur aînée. Mon père m’a donc inscrite au théâtre dès mes 6 ans, pour que j’apprenne à m’exprimer, à me libérer. Après, j’ai joué dans des films comme « Un secret » de Claude Miller et « Mes amis, mes amours » de Lorraine Lévy. Puis, à 18 ans, je suis partie à Barcelone pour y suivre une formation de direction artistique / set design (conception de décors de théâtre NDLR.). En même temps, j’ai participé à la création d’un collectif, « Sociedad 0 ». On vivait et travaillait dans un espace de 1.500 m2. Je faisais donc de l’art tout en exerçant comme set designer. Au final, je suis restée 8 ans à Barcelone. »
Et comment êtes-vous revenue à l’acting ?
« Sur le tournage d’un vidéoclip publicitaire auquel je collaborais, la comédienne ne s’est pas présentée. Sachant que je faisais du théâtre, la réalisatrice m’a demandé de la remplacer. J’ai donc tourné cette pub. Une agence m’a ensuite contactée. J’avais dès lors le pied dans l’étrier. Je suis ensuite partie faire une résidence artistique à New York pendant quelques mois. Après, je suis rentrée en France à cause de la pandémie. J’ai passé des castings, notamment un pour une pub Cartier que réalisait Cédric Klapisch. Il m’a proposé un petit rôle dans son film « En corps ». Ensuite, tout s’est enchaîné naturellement. J’ai fait casting sur casting, tout en continuant à peindre, m’efforçant de garder cette fibre artistique, même si les tournages ont des horaires hyper intenses. Peindre est pour moi un exutoire, j’en ai vraiment besoin. »
Comment définiriez-vous votre peinture ?
« J’ai une grande muse, Helen Frankenthaler. C’est pour ça d’ailleurs que je suis partie en résidence à New York. J’adore le mouvement d’expressionnisme abstrait. Je vais voir toutes les expos d’Helen Frankenthaler. Il y a un mois, c’était à Florence. Récemment, je suis aussi allée voir ses œuvres en Allemagne. C’est vraiment ma muse. »
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette exposition intitulée « Entremêlées » (à découvrir à Paris jusqu’au 22 février) ? Et comment vous est venue, à vous et Constance Labbé, l’idée de travailler ensemble à la réalisation d’œuvres à quatre mains ?
« Ça s’est fait tout naturellement. Elle faisait beaucoup de dessins sur papier en noir sur blanc. Moi, c’était de la couleur, des pigments, de l’acrylique, de l’huile sur toile. Comme nous étions constamment ensemble, vu que nous tournions sur « Cat’s Eyes », nous avons eu l’idée de faire une petite collaboration sans avoir pour autant l’objectif d’exposer. Mais, avec toutes ces toiles, nous avons pensé que ce serait intéressant d’avoir un retour extérieur et donc de les exposer. Par des amis communs, Constance connaissait la galeriste Delphine Piard. Tout s’est donc enchaîné. »



Comment vous êtes-vous organisées pour la réalisation de vos œuvres ?
« Les trois quarts du temps, c’est moi qui commençais parce que, comme j’utilise pas mal de pigments, cela nécessite beaucoup d’eau. Je travaillais sur toile. Ensuite, Constance dessinait par-dessus à l’encre de Chine. C’était hyper intéressant parce qu’elle pouvait interpréter comme elle le sentait ce que j’avais peint. Nous avons aussi testé le processus inverse, c’est-à-dire moi qui peignais sur ses dessins. Le rendu était alors différent parce que, comme il y avait déjà sur la toile de l’encre de Chine, faite elle aussi d’eau, c’était plus dilué et ça donnait donc un autre rendu, intéressant lui aussi, comme sur le tableau « Louve ». »

Constance utilise l’encre de Chine sur les toiles. Et vous, quelles techniques utilisez-vous ?
« J’utilise beaucoup de pigments naturels mais aussi de l’acrylique. Parfois, de l’huile ou des pastels qui donnent un aspect un peu plus gras. Sur certains de mes dessins, j’utilise aussi de la bombe, j’aime varier. Parfois, je vernis pour bien fixer les couleurs sur la toile. »

Dans « Cat’s Eyes », vous interprétez avec Constance Labbé, deux (des trois) sœurs, filles d’un galeriste. Avec votre exposition « Entremêlées », vous unissez vos approches de l’art, le figuratif et l’abstraction. N’est-ce pas là un beau clin d’œil à la série qui a permis votre rencontre ?
« Tout à fait ! Et c’est ça qui est drôle. Sur Instagram, des gens nous ont écrit : « Ah mais cette fois-ci, vous ne les avez pas volés, les tableaux ! ». C’est drôle que notre rencontre émane de l’art et des tableaux mais ça n’a pas du tout été calculé. »

Avez-vous des projets ou envies en peinture ?
« J’aimerais travailler avec ma mère. J’avais d’ailleurs déjà commencé à faire des toiles pour des vêtements. J’ai fait une robe et aussi un pantalon avec des toiles peintes. J’ai envie d’approfondir ça. Mais je suis actuellement occupée à tourner une série et le rythme est très intense. Par ailleurs, avec Constance, nous avons hâte d’avoir des retours des visiteurs de notre expo. Il y en a déjà eu beaucoup, très positifs, lors du vernissage ! ».

Dans l’acting, avez-vous aussi des projets ?
« J’ai des projets qui vont se réaliser prochainement mais dont je ne peux pas encore parler. Je termine en avril le tournage de « Montmartre », une série d’époque qui se passe en 1890. J’y incarne un personnage aux antipodes de celui d’Alexia dans « Cat’s Eyes ». Je joue une jeune lavandière qui se retrouve dans une maison close. Elle va essayer de s’en échapper et trouver l’amour. Je ne peux pas en dire plus malheureusement (une série à découvrir prochainement sur TF1 NDLR.). Après « Cat’s Eyes », j’ai également tourné une série qui va sortir en juin sur Netflix. Elle s’intitule « Qui sème le vent » et a une belle distribution avec notamment Isabelle Adjani, Thibault de Montalembert et Louise Coldefy. J’y joue une avocate et j’ai hâte d’en voir le résultat. »
Vous avez des origines belges. Quels sont vos liens avec la Belgique ?
« Mon père est belge, de Charleroi, et toute ma famille paternelle est belge. Je les vois moins maintenant, sauf aux fêtes. Mais j’adore revenir en Belgique. J’y ai toujours plein d’amis, qui habitent plutôt à Bruxelles maintenant. J’aimerais aussi beaucoup exposer en Belgique. »







