Kyan Khojandi fête le retour de « Bref » : « Le public belge a su me faire confiance »

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe chez les fans : depuis des mois, Kyan Khojandi et Bruno « Navo » Muschio travaillaient en secret au retour de la série culte « Bref ». Dans « Bref 2 », on retrouve donc le héros, « Je », et ses amis (toujours campés par Baptiste Lecaplain, Béréngère Krief, entre autres), sa famille… et des nouveaux venus (dont Laura Felpin, Alexandre Astier, Jean-Paul Rouve ou encore le youtubeur Carlito dans un second rôle étonnant).
Le format évolue
Si les thèmes sont les mêmes, le format a évolué vers des épisodes de 30 à 40 minutes. Tout en conservant ce rythme effréné, si caractéristique, ce comique de situation et ces trouvailles scénaristiques et visuelles. Le pari était osé, il est relevé haut la main. On en félicite d’ailleurs le principal intéressé. « Ce sont mes premiers retours, ça me touche beaucoup », confie l’acteur, coscénariste et coréalisateur, avec qui on s’attable au Kings Comedy Club d’Ixelles, à quelques jours de la diffusion… « Je » a de nouveaux amis, donc de nouveaux soucis. On a en parlé, il s’est confié. On a aimé, ça l’a touché. On a tenté une vanne, il a ri. Bref, on a rencontré Kyan Khojandi…

Se donner rendez-vous dans un comedy club, ça sonne comme un retour aux sources…
Kyan Khojandi : C’est d’autant plus symbolique pour moi que la Belgique tient une place particulière dans ma vie : le public belge a su me faire confiance à mes débuts et ça a joué un rôle important dans ma carrière…
Vous revenez avec « Bref » dans un nouveau format, mais avec le même rythme et cette explosion incessante d’idées. Combien de mois ou d’années avez-vous passés sur ce projet ?
Il y a dix ans d’idées ! Les idées, ça ne vient pas comme ça. Une idée visuelle, ce n’est pas un truc qui vous arrive toutes les six semaines. C’est plutôt une ou deux fois par an. C’est pareil pour un bon gag. Par exemple, les anecdotes du personnage de Jean-Jacques (interprété par Jean-Paul Rouve), qui volent autour de lui sur des feuilles de papier, c’est une idée que j’ai eue en 2015. Celle de la guerre contre le cancer, en 2013… Il y a des tas d’idées comme ça qui ont créé une sorte de patrimoine, qui ont amené de la richesse, parce que « Bref », c’est un programme qui demande beaucoup, beaucoup d’idées ; et des idées qu’on garde parfois pour juste trois, quatre secondes à l’écran, alors qu’on aurait carrément pu les étirer sur un film entier.
Ce que vous n’avez pas fait ! À ce propos, à la fin de la première saison de « Bref », on avait été nombreux à penser que l’aventure se poursuivrait au cinéma…
On s’est posé la question, mais on s’est rendu compte qu’on avait plus l’occasion de faire un film que l’envie d’en faire un. Et ce n’est pas une bonne façon de faire les choses. Le plus important, c’est d’avoir une bonne histoire et de faire quelque chose qui nous ressemble. Ce n’est pas l’occasion qui doit créer l’histoire, c’est l’histoire qui doit créer l’occasion.
Malgré douze ans d’écart, il y a une réelle continuité entre la première saison et la seconde. Tout comme il y a une cohérence entre les personnages originels et les nouveaux. Comment avez-vous effectué le casting, même celui des invités qui apparaissent quelques secondes ?
Déjà, on a pris des gens que, de base, on admire et qui nous font rire. Et puis on a la chance – c’était déjà le cas avec le casting originel – de bosser avec des auteurs et des autrices, comme Laura Felpin qui détient un Molière de l’humour (pour son spectacle « Ça passe » en 2023, ndlr) et des stand-upeurs. C’est une vraie chance, car ce sont des gens qui comprennent tout de suite ce que l’on veut ; il n’y a pas besoin de tout leur expliquer. C’est hyper intéressant. En plus, ces gens-là proposent également pas mal de choses. On ne faisait souvent que deux prises, car on n’avait pas le temps, mais je disais quand même toujours : « Allez, on en fait une troisième en mode “Faites n’importe quoi, surprenez-moi, faites un truc fou !”» Et ça fonctionnait ! C’est comme ça qu’il y a par exemple une scène complètement improvisée avec Mister V, qui passait nous dire bonjour et qu’on a intégrée dans le script. En fait, on avait la chance de pouvoir travailler sur l’instant avec des gens qu’on aime et qui comprennent la comédie. C’est une qualité de fou ! Je suis ainsi extrêmement content du travail de Carlito. Il est très touchant et je lui ai découvert une qualité de grand acteur : il n’en a rien à foutre, il ne pense pas en termes de carrière, donc il se laisse complètement aller.
La série met en avant l’importance de communiquer, de se remettre en question. Ce que vous appliquez dans la vie également ?
Complètement. Je ne suis pas né parfait, j’ai eu un modèle d’éducation qui n’est pas le meilleur au monde. Je suis donc arrivé adulte avec des tas de choses à corriger. J’aspire à être une meilleure personne. Ce que je m’efforce de faire au fur et à mesure.
Qu’est-ce que, au fil des ans, Kyan Khojandi et le personnage de Je se sont-ils apporté mutuellement ?
J’ai apporté les anecdotes, les amis, le cancer… Quant au personnage, je le retrouve dans mes défauts. En fait, je dirais que parfois, c’est lui qui me rappelle à l’ordre. Quand je me rapproche trop de lui, quand je suis un peu plus malheureux, quand je suis un peu cyclique, un peu triste. Quand j’ai envie d’utiliser un mensonge… Hop !, le personnage apparaît et me dit : « Attention, ça, ça va être un mensonge. T’es prêt ? » C’est un peu comme une voix intérieure qui me dit de ne pas aller dans cette direction.
Ce ne serait pas aussi parfois un peu votre complice Bruno Muschio (alias Navo) qui vous envoie des messages via le script par exemple ?
(Il éclate de rire) Ah non, ça, non ! Entre lui et moi, c’est une histoire d’amour sans sexe. C’est la cohérence, l’honnêteté, la gentillesse, l’empathie, l’écoute de l’autre, la compréhension de ses problèmes aussi. On s’est beaucoup appris l’un de l’autre. C’est un frère !
La série est truffée de métaphores. Si vous deviez en choisir une pour décrire le sentiment que vous a procuré ce retour de « Bref », ces retrouvailles avec le personnage, quelle serait-elle ?
C’était comme une bonne brioche sucrée. Déjà parce que j’ai pris des kilos pour reprendre le rôle… Et cette brioche sucrée, j’en ai beaucoup mangé. C’est quand même une sensation sucrée dans la bouche, elle est agréable, mais on sent que ça ne va pas durer longtemps. On sait que derrière, il y aura des conséquences à assumer. Pour retrouver le personnage, je me suis laissé aller complètement, j’ai pris du poids, j’ai fait pousser mes cheveux. Je me suis voûté… Pendant quatre mois, je faisais des centaines de pas de côté, bien sûr, mais j’ai été souvent renfermé sur moi-même…
Un régime s’imposait donc une fois le tournage fini ?
(Rires) Oui, mais doucement, je ne veux pas non plus mettre mon corps à rude épreuve.
Et côté boulot, avez-vous de nouveaux projets, à part sans doute de nouveaux épisodes de « Hot Ones » ?
Pour l’instant, je suis en jachère, je me recharge. Mais il y a plein d’idées. J’ai des notes pour chaque année et 2025 est déjà bien remplie, on verra bien ce qu’il se passera…








