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Amour, désamour, jalousie, dignité, indignité… ce que raconte la biographie sur Alain Delon

Le livre « Les derniers jours du Samouraï », à paraître ce vendredi 23 mai, revient avec une précision quasi chirurgicale sur les derniers mois de l’acteur iconique retranché dans sa propriété de Douchy. Soir mag vous en livre les détails.
Par Bertrand Deckers
Temps de lecture: 3 min

Sous une couverture sobre mais marquante où le regard d’Alain Delon semble défier le lecteur, « Les derniers jours du Samouraï » nous offre un huis clos fait de solitudes, de secrets et de déchirements. Un livre noir bourré de dynamite !

Une enquête minutieuse

Ce livre ne se lit pas comme un roman. C’est une enquête de 352 pages ! Qui multiplie les témoignages, les intervenants. Et les révélations ! « Les dernières années du Samouraï méritaient une longue enquête tant elles ont déclenché chez les enfants Delon une guerre impitoyable et sans merci dont on ne peut encore deviner l’issue. Derrière les portes closes de La Brûlerie, le nom précis des lieux, se cachaient des intrigues, des rivalités anciennes, des enregistrements clandestins, des confrontations musclées sous protection de gardes du corps, des violences morales et même physiques. Un scénario qui aurait pu nourrir l’un des nombreux films ayant balisé l’incroyable carrière de la star », écrit, en prologue, Laurence Pieau, ancienne rédactrice en chef de « Closer », et l’une des autrices du livre, avec François Vignolle.

Pour rappel : c’est à Laurence Pieau que l’on doit, entre autres, les photos de Kate Middleton seins nus ; de François Hollande se rendant, en scooter, chez Julie Gayet, et les révélations, dans sa dernière biographie sur Céline Dion, des nombreuses infidélités de René Angelil. Fidèle à sa réputation de fin limier, Laurence Pieau multiplie aveux et confessions. Avec une plume froide mais efficace, elle plonge dans les coulisses d’une fin de règne marquée par l’ombre de l’héritage, les disputes entre enfants, et le silence lourd d’un mythe vivant, peu à peu happé par sa propre légende.

Delon, star isolée

D’emblée, elle plante le décor. Une star, ancienne icône, passe la totalité de ses journées amoindri, silencieux, dans un salon, en observateur de sa propre fin. Sa seule activité ? Scruter les écrans de caméras qui contrôlent les accès à sa propriété. Les acteurs qui l’entourent, dont ses trois enfants et sa dernière compagne, vont devenir des personnages d’un drame à la Ingmar Bergman.

L’entrée en matière est forte. Un appel. D’une autre légende, Brigitte Bardot. Elle raccroche au nez d’Anthony Delon, l’accusant de l’empêcher de parler à son père. L’ambiance s’installe. Lourde. Froide. De chapitre en chapitre, Douchy devient le théâtre d’une guerre larvée entre les membres d’une famille autrefois auréolée de mystère et de glamour.

Une guerre d’ego

Chacun va en prendre pour son grade. À commencer par la si charmeuse et charmante Anouchka, pourtant fille préférée du maître. Elle est le personnage le plus critiqué du livre. Son lien fusionnel avec son père est jugé « étouffant », « presque malsain ». Elle est soupçonnée de vouloir garder le contrôle exclusif sur les derniers instants. À la toute fin, elle aurait même restreint l’accès de certains proches à la chambre de l’acteur agonisant. Son père tout juste mort, on la voit jouer un rôle ambigu dans le projet d’un hommage national à la star, lui qui, pourtant, avait formellement refusé des funérailles nationales.

Les obsèques auront lieu à Douchy, en toute intimité, on le sait. Ce que l’on savait moins, en revanche, c’est que, d’une main dictatoriale, Anouchka écarte de nombreux amis et proches de cette cérémonie, dont Anne Parillaud. Quant à Anthony, que l’on a beaucoup vu dans les médias au moment du déclin de son père, il n’est pas épargné non plus. S’il est présenté comme digne, protecteur et présent, on le voit aussi capable de la pire violence verbale, particulièrement envers Hiromi Rollin. L’enquête nous dévoile aussi qu’en catimini, tel un vautour, il filme, à l’aide d’une petite caméra, les dernières heures de son père. De quoi nous laisser un rien perplexe et… nous glacer un peu le sang !

Anouchka Delon et Anthony Delon en 2018. Le sourire est encore de rigueur…
Anouchka Delon et Anthony Delon en 2018. Le sourire est encore de rigueur… - BelgaImage

Alain-Fabien, en marge

Seul Alain-Fabien, le benjamin, longtemps perçu comme l’« enfant terrible », bénéficie d’un regard plus empathique. L’enquête des deux auteurs nous montre un fils apaisé, ayant mis sa vie entre parenthèses pour s’occuper de son père durant sa dernière année. Il devient même sa « personne de confiance », rôle symbolique et affectif fort. Mais qui ne l’empêchera pas… de trahir sa sœur !

Alain-Fabien Delon.
Alain-Fabien Delon. - BelgaImage

Amour, désamour, jalousie, dignité, indignité… De page en page, la plume de plus en plus noire des deux auteurs explore la mécanique tragique d’une dynastie médiatique en ruine, et la métamorphose d’un homme qui, jadis, incarnait le panache à la française.

Le mystère Hiromi Rollin

Le livre consacre un chapitre entier à Hiromi Rollin, ancienne assistante-réalisatrice devenue la compagne discrète mais durable d’Alain Delon. Ces trente pages, nourries d’un long entretien, donne à entendre sa voix pour la première fois de façon approfondie, rétablissant des vérités et mettant en lumière une femme souvent caricaturée ou effacée. Hiromi se livre sur sa rencontre avec Delon, leur relation faite de tendresse et de discrétion, loin des projecteurs. Elle n’avait ni l’aura glamour des anciennes compagnes de l’acteur ni l’ambition de figurer dans la lumière. Elle s’est pourtant installée dans la durée, devenant la femme de l’ombre, une sorte de geisha moderne entièrement dévouée à Delon, jusqu’à vivre recluse.

Le 5 juillet 2023, elle est violemment expulsée de Douchy. L’opération est décrite comme « brutale » et « humiliante ». Elle était devenue encombrante. Les trois enfants s’en débarrassent. Avaient-ils si peur pour leur héritage ? L’enquête nous apprend que l’acteur laisse derrière lui un patrimoine immobilier et financier estimé à 50 millions d’euros – aussitôt grignoté par les droits de succession et un redressement fiscal en cours de négociation avec Bercy. Les auteurs confirment qu’Anouchka hérite de la moitié de la somme, tandis que ses frères se partagent le reste. On devine aisément que ce favoritisme ravive encore les rancœurs.

Guerre de succession

Et l’affaire ne s’arrête pas là ! Charles et Blanche, les enfants d’Ari Boulogne – fils présumé d’Alain Delon – entendent faire valoir leurs droits. Malgré le refus de Delon de se soumettre à un test ADN, ils espèrent que la justice les autorisera à réclamer leur part, bouleversant ainsi un peu plus encore l’équilibre fragile de la succession. Au-delà des chiffres, l’héritage Delon est un legs de douleur, de silences, de jalousies et de soif d’amour paternel. Chacun des « trois A » – Anthony, Anouchka, Alain-Fabien – tente d’imprimer sa marque dans l’ombre écrasante d’un père mythique, aussi fascinant qu’insaisissable. Ce qui devait être un testament s’apparente à un champ de bataille émotionnel.

Comme nous le promet son titre, le récit nous fait vivre jusqu’aux derniers jours le chemin de croix médical d’un patient qui est en train de perdre son combat contre un cancer. Dans sa chambre, cloué sur un lit médical, son corps percé de sondes, son esprit divague. Ses enfants comprennent que plus aucun traitement, aucune prière ne le sauveront. Ils ont rangé leur rancœur, mis de côté leurs querelles, pour accompagner papa, désormais sous soins palliatifs, dans son ultime voyage.

La toute fin approche. On sort de ce livre avec un questionnement : on parle souvent de « vérité à dire », mais on oublie qu’il y a aussi une vérité à taire, celle qui protège, qui réconcilie, qui répare. Ce carnet noir, à l’inverse, pourrait bien refermer, à jamais, la possibilité d’un pardon. Il y a quelque chose d’impitoyable à ainsi cristalliser la mémoire d’un homme sur ses derniers jours, sur ses failles, sur ses conflits. À Delon, le cinéma a offert la lumière. Ce livre, le plonge, assurément, dans le crépuscule. Pour l’éternité !

À lire : « Les derniers jours du Samouraï », par Laurence Pieau et François Vignolle, éditions Robert Laffont, 21 euros.

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