Marc Ysaye raconte les grands moments du rock : New York fin décembre 1980, le triste Noël de Paul McCartney

Dans les tout derniers jours de décembre 1980, moins de trois semaines après l’assassinat de John Lennon le 8 décembre devant l’immeuble Dakota à New York, Paul McCartney embarqua, incognito, pour un vol à destination de New York. Très peu de gens ont su cela.
Il arriva sans presse, sans sécurité, sans entourage, sans hommage officiel et, surtout, sans déclaration aux médias. Juste un homme en deuil d’un ami qui avait été autrefois la personne la plus proche et la plus importante de sa vie. Paul ne voulait pas être vu ni reconnu. Il portait un bonnet de laine enfoncé sur le front, des lunettes noires et resta discret tandis qu’il traversait Manhattan en direction de la 72e rue ouest.
Un anonyme parmi la foule
Lorsqu’il arriva au Dakota, Paul ne sonna pas et ne demanda pas à monter. Il resta debout de l’autre côté de la rue, parmi la foule d’anonymes, les mains dans les poches de son manteau, fixant l’arche où Lennon avait été abattu. Paul était incapable de parler. Il resta là pendant près d’une heure. Sans bouger. Pas un mot. Ses yeux étaient remplis de larmes, mais son visage restait figé. Paul confia plus tard à ses proches que sa visite sur les lieux n’avait pas pour but de faire son deuil en public ou d’envoyer un message au monde. « J’avais l’impression d’avoir perdu mon frère. J’avais besoin d’être près de lui d’une manière ou d’une autre. »

La dernière fois que Paul avait parlé à John, c’était plus tôt dans l’année, au téléphone. Ils avaient discuté de leur famille, de leurs enfants, mais pas des Beatles. Il n’avait été question ni de musique ni de nostalgie. Selon Yoko Ono, ils se parlaient plus régulièrement depuis 1979. « Ils recommençaient à rire ensemble », a-t-elle confié dans une interview accordée à « Rolling Stone » en 1981. Cela rendait la visite silencieuse de Paul au Dakota encore plus profonde. Il pleurait une amitié qui venait à peine de commencer à se réparer.
Ce qui rendit ce moment encore plus déchirant, ce fut ce qui se passa ensuite. Quelques jours après sa visite, Paul se rendit dans un petit café italien de Soho avec Linda McCartney. Une femme s’approche de leur table et leur pose des questions sur John. Paul acquiesce poliment, puis se détourne. Lorsque Linda lui demande plus tard pourquoi il n’avait rien dit, il répond : « Je ne savais pas quoi dire. Rien n’aurait pu suffire. »
Selon le photographe Bob Gruen, qui connaissait à la fois Lennon et McCartney, Paul était anéanti. Il avait le sentiment d’avoir raté la chance de renouer véritablement avec John, non pas en tant que membre d’un groupe, mais en tant qu’ami, en tant que frère.
Paul affichait un visage courageux devant les caméras, mais en privé, il était brisé. La mort de John l’avait blessé à un endroit que personne ne pouvait voir. Ringo Starr a également remarqué ce changement. « Paul est devenu plus introverti, plus calme, c’était comme si quelque chose en lui avait cessé de chanter », a déclaré Ringo à la BBC en 1995. Paul fut accusé par les médias de froideur par rapport à la mort de John, ce qui lui fit énormément de mal. Paul n’est jamais retourné au Dakota. Il a choisi de se souvenir de John à travers la musique plutôt que de revisiter le lieu de la tragédie. John et lui se disputaient bien sûr. Il dira : « Au fond, nous nous aimions. Nous nous sommes toujours aimés. »
Les rues de New York ne savaient pas qu’un adieu silencieux était en train de se jouer ce jour-là, un adieu plus éloquent que n’importe quelle chanson, sauf peut-être le magnifique « Here Today » dont je vous parlerai la semaine prochaine.









