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« Aux yeux du monde, je suis un meurtrier » : Safine Hamadi réagit à la mort de Jean Pormanove

L’homme de 46 ans est décédé en plein direct. Le concept des vidéos qu’il tournait avec ses amis interroge.
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Sur l’écran de son téléphone, les derniers instants de Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven. « Il a coupé la caméra, voilà ». « J’ai même son dernier souffle, il est parti, il a eu un râle. Il a tourné sa tête du côté de la caméra, décrit sa mère, Joëlle Graven, dans l’émission « Sept à huit », rapporte La voix du Nord. J’aurais préféré ne pas le voir, mais maintenant je ne peux pas l’enlever de mon téléphone. […] Si je l’enlève de mon téléphone, je vais enlever mon fils. Je ne peux pas le faire. »

Le 18 août dernier, son fils est mort à 46 ans après douze jours de diffusion en direct sur la plateforme Kick. Pendant de nombreux mois, le quadragénaire subissait des humiliations et la violence de ses deux partenaires, connus sous les pseudos NarutoVie et Safine. Par son témoignage, sa mère souhaite « rendre hommage » au fils « généreux qu’[elle] ne pourra plus serrer dans ses bras ».

Une personne « plutôt influençable »

Raphaël Graven a grandi dans un quartier populaire de Metz, au sein d’une fratrie de six enfants éduqués par un père postier et une mère au foyer, retrace l’émission. En difficulté scolaire, il s’engage dans l’armée à 19 ans, et est affecté aux espaces verts. Il apparaît déjà comme une personne « vulnérable, plutôt influençable » et « qui ne se plaignait jamais », témoigne Nicolas, militaire dans le même régiment.

Après la fin de son contrat, dix ans plus tard, Raphaël Graven peine à s’insérer professionnellement. Il s’achète un ordinateur avec sa première paie, puis se met à « jouer des heures et des heures », se remémore sa mère. Sa passion l’amène à se filmer en direct dès 2020. Owen Cezandonetti, connu comme Narutovie sur les réseaux sociaux, le repère, et le convainc de s’installer à Nice pour travailler avec lui.

De « faux » étranglements

« Chacun avait son rôle, explique dans l’émission de TF1 Gwen, le frère d’Owen. JP (Jean Pormanove), c’était le gars qui devait s’énerver pour créer justement des scènes rocambolesques. Safine était là pour venir l’embêter, et le faire sortir de ses gonds. Owen avait un peu le rôle de dictateur provocateur qui faisait que les vidéos marchaient car sur les réseaux les gens s’indignaient… plus on suscitait de la réaction des gens, plus notre contenu marchait, plus on avait de la visibilité. »

Les étranglements n’étaient pas « vrais », assure-t-il : « Le but recherché, qu’il donne l’apparence de souffrir sur le truc, qu’il crie extrêmement fort, qu’il surjoue un peu. Après, c’est vrai que quand on vous attrape, on vous jette de l’eau… […]c’était ce qu’on recherchait ce côté trash, ce côté borderline, c’était notre fond de commerce. »

Et Raphaël Graven, rémunéré 6000 euros par mois, « était d’accord. Il aurait dit non, il ne le faisait pas. » Une posture que nuance Nicolas, « Je pense que Raphaël était heureux d’être dans un groupe et avait la sensation d’avoir des amis. Je pense qu’il n’a jamais su réellement ce que c’était d’avoir des amis. » Lui ressentait de « la colère » en voyant les vidéos, « je disais à Raphaël ‘putain, sors de là’, et j’avais de temps en temps des réponses à ces messages qui me disaient ‘laisse-le tranquille’. »

Peu avant sa mort, sa mère l’avait eu au téléphone, « il m’a dit ‘ça va maman, ne t’inquiète pas’. Il m’a rassuré. Ils ne se sentaient pas en danger ». Il lui demandait souvent d’appeler la police, « c’était pour le live ».

« Je regrette ne pas avoir été un vrai ami »

Sa mort, Safine Hamadi ne l’a pas vécue en direct. Il n’était pas dans le « lokal » ce 18 août. « J’avais reçu des messages d’abonnés qui disaient qu’il s’était passé quelque chose, raconte-t-il sur RTL. J’ai vu que le live était coupé. J’ai appelé, appelé. […] À un moment, Owen m’appelle, en pleurs. C’est là que j’ai compris que JP était mort ». « On n’aurait jamais dû aller aussi loin », dit-il.

Lui « regrette de ne pas avoir été un vrai ami ». « Je l’ai pas poussé, forcé à aller consulter, à aller voir des médecins », enchaîne-t-il, affirmant que le groupe ignorait ses problèmes de santé.

Comme Gwen, Safine Hamadi met en avant le consentement de Raphaël Graven aux violences, « jamais je ne me serais permis de faire du mal gratuit à JP ». « On ne lui faisait pas vraiment mal, c’était plus dans le jeu. Nous, ce qu’on voulait, c’est que ce soit spectaculaire, poursuit-il. Pour que les gens reprennent les vidéos, pour qu’ils parlent de nous, pour faire plus de buzz. Dans le monde des réseaux, c’est comme ça ».

« Impossible de tout simuler, mais tout était consenti », souligne-t-il. Des actes qui n’étaient pas humiliants, selon lui, « parce qu’on est tous d’accord de faire ça ». Il estime d’ailleurs que Raphaël Graven était « le plus libre » de l’équipe. « Il pouvait partir quand il voulait. Il pouvait ne pas venir. Il avait le droit de dire non ». Des absences qui auraient pu peser sur sa paie. Comme la sienne, « j’avais mon salaire, j’étais simplement acteur. Je gagnais 6000 euros. Et si j’étais absent, je perdais de l’argent ». « Tous ceux qui étaient absents perdaient de l’argent. Owen gérait tout ça. »

Safine Hamadi avait conscience que ces violences et humiliations étaient critiquées. Les réactions suscitées par la publication d’un article de Mediapart, puis la garde à vue qui en avait découlée l’avaient poussé à « prendre [ses] distances ». « J’y allais de moins en moins. J’étais toujours obligé d’y aller car c’est avec ça que je gagne ma vie. Donc j’y allais quand même dès que j’avais envie. J’avais jamais envie. J’y allais parce que je devais y aller ». Raphaël Graven lui aurait d’ailleurs dit « de rester. D’entre nous, c’était lui le plus fort mentalement et de très loin. »

La peur et la reconstruction

Le jour de la mort du streamer, Safine Hamadi était absent du lokal depuis « trois-quatre jours ». Il n’estime pas avoir violenté celui qu’il décrit comme un ami. « On ne le voit pas du même œil. JP avait 46 ans. Dans sa tête, c’était un jeune comme nous. […] Jamais personne n’a voulu être son ami. On était les seuls […] on se voyait juste comme des amis qui rigolent entre eux. Des gens comme nous, y’en a plein. Sauf que nous, c’était filmé. »

Depuis la médiatisation du décès de Raphaël Graven, Safine Hamadi a « peur pour [sa] famille. » Il peine aussi à se projeter dans l’avenir. « Aux yeux du monde entier je suis un meurtrier. Je sors dehors, des gens me regardent avec des yeux comme si j’étais la pire des merdes ». Et d’assurer, « c’est pas moi qui ai tué JP. Et aucun de nous ne l’a tué. »

Selon l’autopsie de Raphaël Graven, sa mort n’implique pas l’intervention d’un tiers. Des analyses complémentaires – toxicologiques et anatomopathologiques – ont été ordonnées pour préciser les causes de son décès, a indiqué le procureur de la République de Nice, dans un communiqué le 21 août dernier. L’enquête pour violences à son encontre est toujours en cours.

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