Accueil Actu Soirmag

La N4 bloquée ce dimanche pour la bonne cause : « C’est un hommage aux victimes »

Le rond-point des 3 clés sera bloqué ce dimanche à 11h pour 206 secondes, un chiffre choisi pour rendre hommage aux 206 victimes de la route en 2024.
Entretien - Temps de lecture: 5 min

Ce dimanche 16 novembre, le rond-point des 3 clés à Gembloux, reliant la N4 et la N29, sera bloqué aux alentours de 11h. À l’occasion de la Journée mondiale du souvenir des victimes des accidents de la route, les membres de l’ASBL Parents d’Enfants Victimes de la Route (PEVR) se réunissent pour cette action qui durera 206 secondes, en hommage aux 206 victimes de la route en 2024. L’action est menée en collaboration avec la Ville de Gembloux, l’Agence wallonne pour la sécurité routière et l’Institut Vias. La police locale et fédérale sera aussi sur place.

Alain Moreau et son épouse Michelle ont perdu leur fils le 2 novembre 2025. Olivier avait 13 ans lorsqu’il a été renversé par un chauffard ivre alors qu’il était à vélo. Ses parents ont rejoint l’association PEVR après le drame et sont désormais actifs pour sensibiliser aux dangers de la route. Ils racontent.

Quel message voulez-vous faire passer à travers cette action ?

Alain Moreau : C’est avant tout un hommage aux victimes. L’année passée, il y a eu 206 victimes et derrière chacune d’entre elles, il y a des drames, il y a des proches qui sont touchés, il y a des vies qui sont bouleversées. Et on pense à ces gens-là au moment où ça se passe. Puis le temps passe et on a l’impression que les choses sont redevenues normales, alors que pour les personnes qui restent, c’est un profond traumatisme. Donc c’est important d’avoir une journée pour se mettre en avant et reconnaître qu’on a vécu un drame. On est ensemble, on est solidaires, et on a besoin de l’aide de tout notre entourage.

Que vous manque-t-il encore pour accompagner au mieux les personnes qui vivent un tel drame ?

Michelle Moreau : Je pense qu’un des choses primordiales à l’heure actuelle et que nous avons très difficile de faire au niveau de l’association, c’est de la visibilité. Parce qu’évidemment les services de police et les services d’aide aux victimes distribuent la brochure mais il faudrait informer les gens qui peuvent être aidés. Cette association aura 30 ans cette année. Elle est connue, mais nous ne démarchons pas. On en parle un moment, si vous n’êtes pas concerné, vous n’enregistrez pas cette information. C’est peut-être la seule association en Belgique dont on n’a pas envie de faire partie. On vit des choses très dures et je pense qu’il y a tellement de personnes qui auront encore besoin d’être aidées que notre souhait le plus profond est qu’on donne les coordonnées de l’association en disant ce qu’elle fait, de manière à aider toutes les personnes autour de nous. Le but de l’association n’est pas de pleurer ensemble mais de montrer qu’on peut se relever.

Que faut-il mettre en place pour que ce chiffre encore diminuer le nombre de victimes de la route ?

A.M.: On doit insister sur la prévention. La sensibilisation et la prévention, c’est fondamental, surtout chez les jeunes, parce que ce sont eux qui vont bientôt circuler sur les routes et à partir du moment où on prend des bonnes habitudes dès le départ, c’est gagné.

M.M.: Il faut aussi donner les moyens de faire de la prévention.

Vous vous rendez toujours dans les écoles pour sensibiliser les jeunes ?

A.M.: Oui. Nous venons d’avoir ici, à Gembloux, les journées sécurité qui ont eu lieu la semaine passée. Donc, il y a toujours tous les rhétos de Gembloux qui reçoivent une demi-journée d’informations. Donc, avec la cellule d’éducation de la police qui est auprès du gouverneur, il y a l’Agence Wallonne pour la Sécurité routière. Et il y a toujours un témoignage de parents d’association pour illustrer, pour montrer ce que c’est que la réalité d’un accident. Sur cinq jours, on a eu à peu près 100 jeunes par demi-journée. Il y a aussi les rhétos d’Éghezée. Les professeurs qui participent pour la première fois trouvent que c’est très parlant et que ça mène à la réflexion.

M.M.: Ils font un travail avec les élèves avant et après la demi-journée d’informations. Il y a un atelier alcools, drogues et boissons énergisantes, un atelier simulateur de conduite et un atelier sur la distraction au volant. Ils ont aussi un témoignage du parquet sur les peines encourues et le témoignage des familles de la victime. Donc, au départ, c’est une journée qui peut être amusante avec le simulateur notamment, mais elle devient très bousculante quand on écoute les témoignages et à la réalité des faits.

Cela fait 20 ans que votre fils est décédé cette année. Je peux vous demander comment vous allez aujourd’hui ?

M.M.: Ce n’est pas une question facile parce qu’il est clair qu’on vit tout à fait normalement si on regarde de l’extérieur. On a accompagné des familles en deuil tous les deux. On leur montre qu’on peut revivre, on peut rire, s’amuser. Mais ça reste toujours présent dans notre tête. On n’est plus les mêmes. C’est inscrit dans nos tripes. On est grands-parents, c’est la joie mais il manque quelqu’un. Il faut apprivoiser l’absence d’un enfant, ce n’est pas dans l’ordre des choses. D’ailleurs, il n’y a pas de mots pour parler de parents qui ont perdu un enfant. On a « veuf », on a « orphelin », mais aucun terme ne décrit ce que l’on vit.

A.M.: Le mois de novembre est important pour nous. Le 2, c’est le décès d’Olivier, le 30 c’est son anniversaire. Ça reste malgré tout une période difficile. On a beau faire ce que l’on veut, c’est imprimé dans le corps, dans nos esprits.

En 2025, on dénombre déjà 209 personnes tuées par un accident de la route lors du premier semestre, selon le dernier baromètre de la sécurité routière de l’institut Vias. C’est une augmentation de 4 % par rapport à l’année dernière pour la même période.

Retrouvez plus d’actualités sur www.soirmag.be et sur Facebook.

L'actu en vidéo

 
Sur le même sujet

Aussi en Société

Voir plus d'articles

À la Une