Le cosplay, quand incarner son héros devient un art : « Avant, on avait l’impression d’être seuls dans notre coin »

La Made in Asia est le repère des amateurs de culture asiatique, des jeux-vidéos et du cosplay. Créé en 2008, l’événement est devenu un rendez-vous pop culture incontournable. La preuve : la convention se tient désormais deux fois par an à Brussels Expo, au Heysel. Chaque édition attire des dizaines de milliers de visiteurs. Rien que la dernière en date, organisée du 27 février au 1er mars, a rassemblé 60 162 personnes !
Parmi les univers mis à l’honneur, le cosplay occupe une place centrale. Loin du simple déguisement, cette pratique consiste à incarner un personnage, parfois jusque dans ses attitudes et sa personnalité.
Une forme d’extension du théâtre
Tout au long du week-end, le festival propose diverses activités dédiées aux cosplayeurs. Ils peuvent monter sur scène à plusieurs moments de la journée et participer à des concours. Mais être cosplayeur ne signifie pas forcément aimer être sous les projecteurs. C’est le cas de Joyce. Plutôt que de déambuler dans les palais de Brussels Expo, elle tient depuis trois ans un stand avec son groupe, « Odyssée ».
Leur espace prend la forme d’une petite exposition, décorée d’éléments faits main. L’univers de la cosplayeuse s’inspire de la série animée « Hazbin Hotel », dont est issu Rosie, le personnage qu’elle incarne. Peau blanchie, lentilles et grand chapeau : la transformation est complète. « J’essaie de trouver des personnages que je suis sûre de pouvoir incarner, qui collent à mon caractère et qui ne me mettraient pas mal à l’aise, mais aussi qui me vont physiquement », explique-t-elle.
Ce qui lui plaît le plus dans le cosplay reste l’interprétation : « Le fait de me mettre dans la peau d’un personnage que j’aime bien ». Elle voit le cosplay comme une extension du théâtre.
Une véritable carrière

Tous les cosplayeurs ne recherchent cependant pas la même chose. Piichame et Chandary, elles, privilégient surtout l’aspect visuel du cosplay. Maquillage, perruques et détails du costume... Tout est pensé pour ressembler le plus fidèlement possible aux personnages qu’elles incarnent. Ici, elles sont rentrées dans la peau de personnages du jeu « Honkai: Star Rail ». Présentes pour la première fois à la Made in Asia, elles ont été invitées par le festival pour faire découvrir leur travail et échanger avec les visiteurs. À terme, elles espèrent pouvoir vivre du cosplay à temps plein.
Les deux françaises jouissent d’une communauté très active sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, Piichame possède plus de 64 600 abonnés, tandis que « Chandary » est suivie par plus de 39 400 personnes. Le cosplay les a d’ailleurs déjà emmenées aux quatre coins du monde : Kazakhstan, Chine, Finlande, Grèce, Italie ou encore Allemagne, avant cette étape en Belgique.
Selon elles, la popularité du cosplay a explosé ces dernières années, notamment grâce aux réseaux sociaux. « Il y a eu un énorme boom avec TikTok. Avant, on avait un peu l’impression d’être seules dans notre coin. Aujourd’hui, partager son travail est devenu beaucoup plus simple », observe Piichame.
Au départ, elles fabriquaient elles-mêmes leurs costumes. Mais avec le temps, elles ont réalisé qu’il était parfois moins coûteux d’en acheter. Les matériaux et le temps de fabrication rendaient le processus peu rentable.
Une façon d’exprimer sa créativité

Dans les allées de Brussels Expo, de nombreux visiteurs viennent eux aussi vivre cette passion le temps d’un week-end. Fabian, 24 ans, fait partie des habitués. Deux fois par an, il enfile un costume inspiré d’un personnage qu’il apprécie. Cette fois-ci, il a choisi Joker, issu du jeu vidéo « Persona 5 ».
S’il revient à chaque édition, c’est surtout pour retrouver ce sentiment d’appartenance qu’il ne ressent pas ailleurs. « Ici, on peut montrer ses passions sans avoir l’impression de sortir du lot », explique-t-il. Au détour d’une allée, un visiteur l’arrête d’ailleurs pour prendre une photo avec lui, ayant reconnu son personnage.
À ses côtés, sa sœur Bianca, 18 ans, participe elle aussi à l’expérience, accompagnée de leur amie Sophie. Elle incarne Alicia, un personnage du jeu vidéo « Clair Obscur : Expédition 33 ». Pour elle, le cosplay est avant tout un loisir créatif et une occasion de rencontrer d’autres passionnés.
Comme beaucoup de cosplayeurs amateurs, ils composent leurs costumes avec les moyens du bord. Fabian a acheté son costume et sa perruque sur internet pour une centaine d’euros au total, tandis que son masque a été imprimé en 3D puis peint. Bianca, de son côté, a improvisé une partie de sa tenue avec des vêtements qu’elle possédait déjà. Une manière de faire qui représente bien l’esprit du cosplay, où la débrouille et la créativité comptent parfois autant que le résultat final.
Car derrière les costumes, beaucoup évoquent aussi une question de confiance en soi. Fabian reconnaît qu’il hésitait au début, par peur du regard des autres. Mais l’expérience des conventions l’a rapidement rassuré. Selon lui, il ne faut pas trop réfléchir avant de se lancer : « Pouvoir montrer ce qu’on aime et partager ça avec d’autres personnes, c’est vraiment gratifiant ».
Que ce soit Joyce, Piichame, Chandary, Fabian, Bianca ou Sophie, le maître mot reste le même : s’amuser et partager une passion commune.
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