« Cette vente, ce n’est pas un adieu »

Pourquoi vous séparer de ces souvenirs ? Et pourquoi aujourd’hui ?
Michèle Mercier : Parce que j’ai vécu très longtemps entourée de ces souvenirs… et qu’à force, ils finissent presque par vous empêcher d’avancer. La vie devient difficile, je l’avoue. Les rentrées d’argent, quasiment inexistantes. Ces objets font partie d’un passé qui est révolu désormais. Ce ne sont pas seulement des costumes ou des bijoux, ce sont des fragments de ma vie. Mais elle est derrière moi. J’ai été immensément heureuse grâce à Angélique, mais j’ai aussi beaucoup souffert de ce rôle, qui m’a enfermée pendant des années. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de ces objets pour me rappeler ce que j’ai vécu. Quand je regarde ces boucles d’oreilles, elles me rappellent que j’aurais pu être impératrice d’Iran. Mais ça sert à quoi de ressasser tout ça ?
Avez-vous gardé un dernier objet, rien que pour vous ?
Je me sépare de tout ce qui a un peu de valeur marchande, mais on ne se sépare jamais totalement de ce que l’on a été. Il y a des choses que l’on garde, presque en silence. Mais ce que je garde n’est pas lié à Angélique, justement. C’est quelque chose de plus intime, qui me rappelle la jeune femme que j’ai été. Angélique a été une aventure extraordinaire, mais elle ne résume pas toute ma vie. Ce que je garde, c’est peut-être ce qu’il reste de moi, en dehors d’elle.
Malgré le temps qui passe, quel souvenir de tournage reste le plus fort ?
La scène de la statue, évidemment, tournée dans le premier volet. Geoffrey de Peyrac, comte de Toulouse, trouve une statue de marbre. Il la découvre de fragments de boue qui la protègent depuis plus de mille ans. Ses gestes sont ceux qu’il poserait sur le corps d’une femme. Ce fut une scène très particulière, écrite par Roger Vadim – et on y sent cette sensualité libre, presque audacieuse. À l’origine, c’était Brigitte Bardot qui devait incarner Angélique… et cette scène en garde quelque chose. Sur le plateau, tout était très silencieux. Robert Hossein parlait doucement… et moi, je l’écoutais. C’est à ce moment-là que nous avons compris, tous les deux, qu’il se passait quelque chose. Que le film allait marquer les esprits. Je ne savais pas encore qu’il allait bouleverser ma vie.
Avec cette vente, vous rapprochez-vous un peu plus encore d’Angélique… ou, au contraire, la page est-elle enfin tournée ?
Pendant longtemps, j’ai eu du mal à l’accepter parce que j’avais le sentiment qu’on m’avait enfermée dans cette image. J’ai souvent dit : « Je ne suis pas Angélique ! », et c’était vrai. Mais aujourd’hui, avec le temps, je crois que les choses se sont apaisées. Cette vente, ce n’est pas un adieu, ce n’est pas une rupture. C’est une manière élégante de la mettre à distance… et peut-être, enfin, de faire la paix.





