Le roi Philippe, pèlerin en son pays

Les mardi 21 et mercredi 22 avril, le Roi préside une mission économique belge… en Belgique ! L’événement est insolite. C’est même une première dans l’histoire de la monarchie. Cela valait donc la peine de s’y intéresser. Si le premier rôle du Souverain est celui de chef de l’État, incarnant la Belgique aussi bien à l’étranger que dans notre pays, Philippe a toujours conçu son rôle comme celui d’un rassembleur. Alors Prince héritier, il a créé un Fonds ayant pour objet de permettre aux journalistes du Nord comme du Sud du pays de nouer des contacts et de travailler au-delà de la frontière linguistique.
C’est pareil en matière d’entreprise, Philippe se veut un entremetteur dans le sens noble (doublement pour le coup) du terme. Les missions économiques, le Roi c’est son dada. Philippe de Belgique en a fait pendant vingt ans partout dans le monde en tant que prince héritier. Devenu Roi, il a confié le soin à sa sœur la princesse Astrid de le représenter pendant quelques années à la tête de ces ambassades de l’entrepreneuriat belge à l’étranger. Et dans quelques semaines, ce sera au tour de son épouse, la reine Mathilde, de reprendre le job de présider des missions économiques (la prochaine est en Turquie en mai), en attendant l’arrivée de la princesse Elisabeth aux affaires, sans doute en 2028.
Le Roi dans le bus !

Mais en plus de trente ans de relation avec les entreprises du pays, qui cartonnent souvent à l’étranger, et même si la Wallonie est le premier marché de la Flandre et vice versa, le Roi s’est rendu compte qu’entre Flamands et Wallons, on ne connaissait pas bien ou pas du tout. Il a donc pris l’initiative originale d’organiser une visite inter-régionale belge, un grand rallye avec 40 grands patrons d’entreprises du Nord et du Sud du pays, embarqués pendant deux jours dans une sorte de team building, tout le monde à toutes les visites, tout le monde dans le même bus, le Roi y compris. Et tout le monde loge dans le même hôtel. Le Roi également ! Mais quel hôtel ! Celui des Diables Rouges et des Red Flames, attenant au Proximus Basecamp, le centre d’entraînement de l’équipe nationale belge de football, situé à Tubize. Bref, la maison des Diables.
Au menu de ces deux jours, des visites et encore des visites. La première journée s’est déroulée en Wallonie, à Louvain-la-Neuve, chez Odoo, la licorne wallonne du digital valorisée à 8,5 milliards de dollars aujourd’hui, dix milliards de dollars d’ici la fin de l’année. Une entreprise basée à Louvain-la-Neuve et en plein boom. Il y a vingt ans, Fabien Pinckaers créait son entreprise tout seul. Aujourd’hui, sa boîte compte 7.400 employés en direct et 20 millions d’utilisateurs dans le monde actuellement. Fabien Pinckaers compte engager 3.000 nouveaux collaborateurs cette année, et 5.000 l’année prochaine. Une réussite « à la Bezos » d’Amazon qui a de quoi ébahir les patrons flamands présents.

Les fleurons wallons
Deuxième arrêt chez IBA qui construit des accélérateurs de particules destinés à la protonthérapie, dans le traitement de cancers. Ensuite, la délégation belgo-belge fait étape à Frameries près de Charleroi sur un site de recyclage des terres polluées de l’entreprise Deme Environnement.
Pour cette journée d’excursion en Wallonie, on ne pouvait manquer de s’arrêter aussi à la Sonaca de Gosselies, fleuron de l’aéronautique wallonne. L’entreprise, détenue à 100 % par les pouvoirs publics, est le 3e fabricant de carrosserie d’avion au monde, prenant en charge la totalité des pièces de fuselage d’un avion, leader mondial dans la production des bords d’attaque ou slats (elle en produit 10.000 par an pour tous les constructeurs d’avion), mais si l’entreprise est l’un des plus importants acteurs de l’aéronautique, elle est aussi active dans la défense (et compte dans ses clients notamment l’US Air Force et la Navy) mais aussi le spatial (le vaisseau Orion de la mission Artemis II comportait un disque de protection de 4 m essentiel à la survie de son équipage). La Sonaca, une perle qui, avec la Sabca et d’autres entreprises encore, fait de la Wallonie une région qui n’a rien à envier à Toulouse ou Seattle dans le domaine de la construction aéronautique.
Un passage chez les Diables

La journée se termine donc au centre d’entraînement des Diables Rouges et des Red Flames, à Tubize, où la délégation fait étape pour la nuit. Mais après une visite des infrastructures et du mythique vestiaire des Diables, un dîner réunit les entrepreneurs, en présence de Jan Vertonghen, l’ancien Diable, le plus capé de notre histoire, actuellement en formation pour devenir entraîneur. De quoi émouvoir la fibre footballistique qui sommeille ou brûle en chacun ou presque des grands patrons présents.
« Quelle énorme plus-value il y a à encore mieux travailler ensemble dans notre pays, en bâtissant sur les forces et les expertises de chacun. C’est justement le but de ces deux jours : apprendre des meilleures pratiques et bâtir là-dessus pour progresser ensemble. » Très à l’aise et visiblement heureux d’être là et de voir que son initiative fait mouche, le Roi délivre ce petit discours, le tout sans trop de protocole, Philippe a insisté. Il est ici pour ouvrir des portes et mettre les gens ensemble. Pas de politiques présents, qui compliquent toujours tout, on rend le tout informel, mais efficace. Comme dans le monde de l’entreprise finalement.







