Eurovision : l’un des favoris assure qu’il restera « fidèle à lui-même » malgré les critiques

Considéré comme l’un des favoris de l’Eurovision, le Danois Søren Torpegaard Lund a suscité une vague de réactions homophobes dans son pays réputé progressiste, avec un titre électro-pop interprété en leggings en cuir et haut résille. Lui assure simplement à l’AFP vouloir « rester fidèle à lui-même ».
Enfant à part, Søren Torpegaard Lund a toujours vécu au rythme de l’Eurovision et la victoire de la drag queen autrichienne Conchita Wurst en 2014 à Copenhague l’a particulièrement touché.
« Un de mes plus grands souvenirs, c’est quand Conchita Wurst a gagné (…) Ça m’a énormément marqué dans mon adolescence en tant que jeune queer, pour rester fort, découvrir qui j’étais et l’affirmer ouvertement. C’était vraiment un moment très cool », dit-il.
C’est justement dans le pays de son héroïne, à Vienne, que l’artiste de 27 ans représentera le Danemark à l’Eurovision avec « Før vi går hjem » (« Avant de rentrer »), un titre aux accents disco. Et, contrairement aux années précédentes, il a des chances de gagner car le pays scandinave, déjà vainqueur à trois reprises du concours septuagénaire (en 1963, 2000 et 2013), est l’un des favoris des parieurs.
Ode à l’univers des boîtes de nuit, sa chanson évoque l’attrait paradoxal que représente une relation amoureuse toxique. « Ça raconte un peu l’histoire de grandir avec l’amour et la tentation, et d’y céder, parce que c’est comme ça qu’on apprend, et que l’on devient des êtres humains adultes », détaille-t-il.
Sur scène, l’artiste va s’« efforcer de rester fidèle à (lui-même), parce que certaines personnes au Danemark ont essayé d’édulcorer mon numéro, et il y a eu une sorte de retour de bâton homophobe de la part de Danois », déplore-t-il.
En dépit des insultes homophobes proférées sur les réseaux sociaux, Søren veut croire en une société inclusive. « Je déteste voir que ça arrive encore », soupire-t-il. « Mais j’ai aussi adoré pouvoir répondre… en mode ‘tu ne peux pas me toucher’ (…). On peut être là. Tu peux être là. Tout le monde, tout le monde peut être là en même temps ».
Artiste-né
Originaire d’une petite ville du milieu du pays, Søren se tourne très tôt vers la comédie musicale, le piano et le chant.
Il en fait son métier après un passage à l’école danoise des arts de la scène et interprète notamment Tony dans West Side Story. « Je n’aurais rien pu faire d’autre donc j’ai juste choisi ce chemin », explique l’artiste impassible.
En février, il remporte la sélection danoise à l’Eurovision et pour le quotidien Politiken, c’était « le bon choix ». C’est « un artiste à l’aise sur scène, extraverti, avec une chorégraphie déjà prête qui pourrait s’intégrer sans problème à l’Eurovision Song Contest », a écrit le journal de référence.
Son autre défi sera de redonner le goût de l’Eurovision à un pays qui en a perdu l’attrait. « Je ne savais pas que c’était considéré un peu ‘cringe’ (embarrassant) », reconnaît le jeune homme. « Ça s’est un peu cassé la figure ces dix dernières années, mais j’ai l’impression que ça fait clairement son comeback », assure-t-il.
« L’industrie musicale se rend compte que c’est vraiment très cool pour des artistes déjà établis d’avoir une plateforme pour montrer leur musique, faire un p* d’énorme show et juste y aller à fond ». Si son attention est focalisée sur l’expérience musicale, il assure ne pas ignorer les crispations autour du concours.
Cinq radiodiffuseurs européens, dont l’Espagne et l’Irlande, boycottent l’événement pour protester contre la participation d’Israël et plus d’un millier d’artistes appellent à faire de même.
Mais lui veut fédérer. « En temps de crise, nous, les êtres humains, avons toujours eu tendance à nous rassembler pour essayer de créer de l’espoir », assume-t-il.
Son acte de rébellion ? Avoir refusé de traduire sa chanson en anglais comme il est de coutume pour les langues peu connues, mais aussi avoir la fierté de représenter l’ensemble du royaume du Danemark – îles Féroé et Groenland compris – à l’heure où Donald Trump menace l’intégrité territoriale de l’île arctique. « Je suis fier de représenter des pays qui doivent se battre pour leurs propres droits, leur propre liberté. »
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