Trois éclipses qui ont marqué l’Histoire
Avant que des instruments artificiels ne reproduisent leurs conditions (le coronographe), les éclipses étaient le seul moyen d’observer certains phénomènes solaires. En 1868, l’une d’elles permet de découvrir l’hélium, débusqué dans le ciel avant d’être trouvé sur Terre. Yaël Nazé raconte trois autres épisodes où l’éclipse a changé le cours des choses.
1. La bataille interrompue par la « nuit »
En -585 av. J.-C., en pleine bataille entre Mèdes et Lydiens sur les rives du fleuve Halys (Turquie actuelle), le ciel plonge dans la nuit : une éclipse totale. Terrifiés, les guerriers déposent les armes et négocient la paix, respectant ce signe venu des dieux, pensent-ils… Hérodote, qui raconte l’épisode, s’en amuse : les Ioniens, eux, savaient pour cette éclipse, prévenus par les calculs précis de Thalès. Ils n’auraient pas eu peur, eux, et, s’ils avaient été partie prenante au conflit, en auraient profité pour massacrer leurs ennemis. « C’est l’essence même de la science face à la superstition, note Yaël Nazé. Sauf qu’en réalité, on n’est pas sûr que Thalès ait pu la prédire aussi précisément. »
2. Admiré par l’empereur chinois
Un accent belge, cette fois. « Quand les jésuites arrivent en Chine, ils comprennent que les Chinois accordent beaucoup d’importance à l’astronomie, raconte Yaël Nazé. Ils y envoient donc des astronomes, pour montrer que l’astronomie occidentale est meilleure que la chinoise. » Parmi eux, le Belge Ferdinand Verbiest, emprisonné après des intrigues de cour, échappe à la peine capitale grâce à la justesse de ses calculs astronomiques. Il gagne ensuite des concours de prédiction, éclipses comprises, opposant Chinois et Européens, impressionnant jusqu’à l’empereur. Il devient l’un des hommes les plus influents de la cour impériale et établit une « charte des éclipses lunaires et solaires ».
3. La revanche d’Einstein
Le 29 mai 1919, une éclipse totale – surnommée l’« éclipse de la relativité générale » – traverse le Brésil et l’Afrique de l’Est. On y observe, non le Soleil, mais les étoiles à ses côtés, invisibles d’ordinaire. Einstein prédisait que leur lumière serait déviée par la masse du Soleil – deux fois plus que selon Newton. Arthur Eddington monte deux expéditions pour la mesurer. Résultat : 1,98 seconde d’arc au Brésil, 1,61 à Sao Tomé-et-Principe, contre 1,74 prédite par le physicien. La théorie de la relativité générale tient, voilà Einstein célèbre.





